LES ANCIENS ET LES MODERNES
Ai b : Des revenants , ou chansons , chansons.
Bardus des modernes se raille;
Paul contre les anciens féraitle ;
Chacun les siens.
Laissons ces doctes balivernes Et faisons la part des modernes Et des anciens.
J’estime fort Virgile, Horace;
J’aime assez le clinquant du Tasse,
Et j’en conviens ;
Nous n’avons pas encor d'Homère :
Mais je cherche en vain un Voltaire Chez les anciens.
Des sots la nombreuse famille Plus que jamais, dit-on, fourmille;
Je vous soutiens
Qu’en tout temps elle fut immense,
Et qu’elle avait plus de puissance Chez les anciens.
Tandis qu’aux leçons du Portique Accourait la foule civique Des Athéniens.
Dans une prison contiguë,
Socrate buvait la ciguë Chez les anciens.
Chez nous l'amant trompe sa belle, Et souvent l’épouse infidèle Rompt scs liens :
J’aime mieux ces tours réciproques Que les amitiés équivoques De nos anciens.
Parmi nous les docteurs disputent, Parmi nous les pédants discutent De graves riens :
Parmi nous si le bien est rare ,
Le ciel n’en fut pas moins avare Pour les anciens.
Quand je vois cent mets délectables Couvrir et parfumer nos tables,
Je me souviens
Que les demi-dioux de la terre Faisaient assez mauvaise chère Chez les anciens.
Quoiqu’en un salon riche et vaste Lucullus dînât avec faste,
Moi je maintiens
Que l'art où l’on excelle en France , La cuisine! était dans l’enfance Chez les anciens.
Pour notre salut, mes confrères.
Conservons la foi de nos pères,
En bons chrétiens;
Mais à table, au lit, au théâtre,
Qu’il soit permis d être idolâtre Des dieux anciens.
J'aime à voir la jeune déesse Versant le nectar et l'ivresse Aux Olympiens;
Mais je ne puis, quoi qu’on m’allègue.
Pardonner son petit collègue Aux dieux anciens.
Thèbes, Carthage, Rome, Athènes, Ont produit de grands capitaines, Quoique païens :
A tant de héros qu’on renomme J’en oppose un qui vaut en somme Tous les anciens.
Des prôneurs outrés de l'antique Un mot renferme la tactique Et les moyens;
On sait que de tout temps l’envie Préfère aux grands hommes en vie Les morts anciens.