‹ Œuvres complètes d'Étienne Jouy ... avec des éclaircissements et des notes. Tome 1 27 Poésies légèresChapitre 39 sur 136 · LA NATURE · texte numérisé non relu

LA NATURE

Am : Femmes voulez-vous éprouver.

Ile quoi! toujours mêmes sujets!

Toujours l’amour et les bouteilles;

Je vise à de plus grands objets,

Mes amis, ouvrez vos oreilles:

Comme le chantre des Ro'mains , Disciple du sage Kpicurc,

Sans aller par quatre chemins.

Je vais vous chanter la nature.

A tout ce qu’on voit ici-bas Ce mot admirable s’applique;

Avec ce mot, qu’on n’entend pas.

Tout le reste aisément s’explique :

Vanter ses charmes triomphants, D’un bon cœur est la preuve sûre ;

On peut négliger ses enfants.

Mais il faut aimer la nature.

Je demande modestement A certain raisonneur moderne De m’expliquer un peu comment Ce vaste univers se gouverne;

Le fait, me dit-il, est prouvé;

Ce n’est plus une conjecture;

Ce grand secret, je l’ai trouvé,

C’est le secret de.... la nature.

Reprochez à Valsain ses mœurs,

A Lise ses tendres faiblesses,

Au petit Préval ses hauteurs,

Au grand Dorville ses bassesses; Chacun, malgré son goût distinct, Va vous répondre, je vous jure, Tout animal a son instinct.

Et j’obéis à la nature.

Dorimond prétend que le fils Dont sa femme le rendit père A tous les défauts réunis,

Qu’il est méchant, fourbe, colère; o Contre vous il défend ses droits.

Dit-elle il l’époux qui murmure ;

« Monsieur, je vous l’ai dit cent fois, « C’est un enfant de la nature.

La nature dans nos romans Brille de parures postiches.

Et de cent poërnes charmants Elle remplit les hémistiches :

Au moyen du Cosmorama,

On nous la montre en miniature ,

Et l’on prépare un opéra Où l’on fait danser la nature.

On ne voit plus ses favoris Pour les champs déserter la ville ;

On vient l'adorer à Paris,

Et son temple est au vaudeville.

Tel auteur qu'attend le sifflet Se voit applaudi sans mesure,

Quand, à la fin de son couplet,

Il peut amener la nature.

Dans tous leurs écrits nos auteurs Font l’éloge de la nature;

Dans leurs visites nos docteurs Font le procès à la nature.

Nos femmes, pour l’habit, les mœurs, Se rapprochent de la nature,

Mais en revanche nos acteurs S’éloignent bien de la nature.

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