LA NATURE
Am : Femmes voulez-vous éprouver.
Ile quoi! toujours mêmes sujets!
Toujours l’amour et les bouteilles;
Je vise à de plus grands objets,
Mes amis, ouvrez vos oreilles:
Comme le chantre des Ro'mains , Disciple du sage Kpicurc,
Sans aller par quatre chemins.
Je vais vous chanter la nature.
A tout ce qu’on voit ici-bas Ce mot admirable s’applique;
Avec ce mot, qu’on n’entend pas.
Tout le reste aisément s’explique :
Vanter ses charmes triomphants, D’un bon cœur est la preuve sûre ;
On peut négliger ses enfants.
Mais il faut aimer la nature.
Je demande modestement A certain raisonneur moderne De m’expliquer un peu comment Ce vaste univers se gouverne;
Le fait, me dit-il, est prouvé;
Ce n’est plus une conjecture;
Ce grand secret, je l’ai trouvé,
C’est le secret de.... la nature.
Reprochez à Valsain ses mœurs,
A Lise ses tendres faiblesses,
Au petit Préval ses hauteurs,
Au grand Dorville ses bassesses; Chacun, malgré son goût distinct, Va vous répondre, je vous jure, Tout animal a son instinct.
Et j’obéis à la nature.
Dorimond prétend que le fils Dont sa femme le rendit père A tous les défauts réunis,
Qu’il est méchant, fourbe, colère; o Contre vous il défend ses droits.
Dit-elle il l’époux qui murmure ;
« Monsieur, je vous l’ai dit cent fois, « C’est un enfant de la nature.
La nature dans nos romans Brille de parures postiches.
Et de cent poërnes charmants Elle remplit les hémistiches :
Au moyen du Cosmorama,
On nous la montre en miniature ,
Et l’on prépare un opéra Où l’on fait danser la nature.
On ne voit plus ses favoris Pour les champs déserter la ville ;
On vient l'adorer à Paris,
Et son temple est au vaudeville.
Tel auteur qu'attend le sifflet Se voit applaudi sans mesure,
Quand, à la fin de son couplet,
Il peut amener la nature.
Dans tous leurs écrits nos auteurs Font l’éloge de la nature;
Dans leurs visites nos docteurs Font le procès à la nature.
Nos femmes, pour l’habit, les mœurs, Se rapprochent de la nature,
Mais en revanche nos acteurs S’éloignent bien de la nature.