LA CHANSON RELIGIEUSE
De tout temps l’exaltation religieuse a produit des ( liants, et les hymnes se sont élevées vers le eiel avec la fumée des premiers sacrifices. Sans parler des hymnes d'Orphée, des fHrans ou cantiques sacrés des Grecs, de ceux des adorateurs du soleil, dont on retrouve quelques vestiges dans les fragments du Zcndavcsla; sans nous occuper de ces chants hébraïques, connus sous le nom de psaumes et de prophéties, passons à cet usage populaire des chants inspirés par la religion chrétienne, par cette religion qu'on peut appeler la foi du pauvre et la consolation de tous, puisqu’elle établissait sur la terre l’égalité morale. De là, ce dessein d’exprimer sous le chaume des sentiments religieux, qui n’avaient encore eu d’échos que sous les voûtes de marbre. Les villageois chantaient, à leurs veillées, cette étable honorée d’un berceau divin ; et les superstitions se mêlant aux dogmes, on traduisit bientôt en paroles cadencées toutes les rêveries des imaginations faibles et ardentes.
Sans élévation comme sans grâce, ces chansons, appelées cantiques et noêls , sont curieuses, comme monuments de l’esprit humain ; elles n’offrent néanmoins aucuns matériaux pour 1’hisloirc littéraire de la chanson. Pour trouver quelques traces d’une liante pensée, revêtue d’une expression heureuse, il faudrait sortir des bornes de notre sujet, et citer quelques uns des cantiques latins de l’ancienne Église. Mais, à moins de tout confondre, on ne peut ranger dans la classe des chansons le Stabat mater, le foxitla rvyU, et plusieurs autres hymnes, qui portent, dans leur gothique latinité, quelque chose de la farouche énergie, et du saint enthousiasme de ces temps de barbarie et de superstition.
Les exemples ridicules seraient plus faciles à citer. La plus connue, comme la plus burlesque des vieilles chansons religieuses, est celle que le peuple adressait à l’âne, que l’on fêtait autrefois comme l'animal choisi par Dieu mémo pour porter son fils à Jérusalem.
Fli , sire âne ! eh ! chantez !
Belle bouche rechignez.
Vous aurez du foin assez ,
Et de l’avoine à planrcz *.
.Nous verrons bientôt comment la malignité satirique, s’emparant du rliytlnne des anciens cantiques, transforma en épigrammes licencieuses la niaiserie des vieux noels.
Il existe une chanson religieuse peu connue et qui mérite de l’être; c’est une espèce d’hymne que les protestants eu armes chantaient au feu «le leurs bivouacs. Quand ces hommes poursuivis avec tant de fureur, et qui se défendaient avec tant de courage, veillaient la nuit dans leur camp, ils redisaicut en chœur les paroles suivantes, pour se défendre du sommeil :
«Grand Dieu! la nuit sortit de tes mains puissantes « pour donner le repos à l’homme, et le jour pour le con- « vier au travail, il est nuit; nous veillons pour le repos « de nos frères !
«Tu as choisi tes enfants; 11e souffre pas, ô Seigneur! « que leurs paupières se ferment, et qu’ils succombent au « sommeil. Donne-nous encore la fermeté et la vigilance, « après nous avoir fait supporter tant de maux.
« Dans ce camp ton œil veille, ô Seigneur! fais que sous « l'ombre profonde aucune pensée lâche ou profane ne se « glisse dans nos cœurs. Eclaire notre ame de tes clartés , « et guidc-nous dans les ténèbres de la nuit comme dans « les ténèbres du monde !
1 Fn grande quantité.
« Nous te prions pour ceux qui nous persécutent; pour u le roi , dont la jeunesse est entourée d’ennemis; pour la «reine, et pour les hommes honnêtes de son conseil 1 . « Inspire aux grands l'humanité pour les petits; que tous « ils t’implorent, te craignent, et espèrent en toi seul ; car tu « es le juge des hommes, et le seul roi îles rois ! »
L’histoire offre peu de traditions d’une aussi sublime simplicité.