‹ Œuvres complètes d'Étienne Jouy ... avec des éclaircissements et des notes. Tome 1 27 Poésies légèresChapitre 45 sur 136 · LA FRANCHE COQUETTE · texte numérisé non relu

LA FRANCHE COQUETTE

Air: Mon honneur dit que je semis coupable.

Vous m'imposez un cruel sacrifice En exigeant de la sincérité;

Mais j’y consens aujourd’hui par caprice.

Je veux, Léon, dire la vérité :

Depuis trois mois on croit que je vous aime, Je vous le prouve, et, sans autre raison, Depuis trois mois vous le croyez vous-même ; Depuis trois mois je inens, mon cher Léon.

11 vous souvient du souper où Glycère Me disputait le prix de la beauté;

Vous vous aimiez d’un amour bien sincère.

Mais un regard vous place ù mon côté:

Certain Médor était assis de l’autre;

11 eut sa part d'un muet entretien ;

Car si mon pied interrogeait le vôtre ,

De mon genou je répondais au sien.

Mon triste époux, que l’exemple encourage , Croit à son tour qu’il peut être inconstant ;

Je dois punir un projet qui m’outrage,

Vous arrivez dans cet heureux instant.

De vos succès voilà tout le mystère ;

N’y cherchez point un motif étranger:

En vous prenant je désolais Glycère,

Et d’un mari j’avais à tne venger.

— Eh quoi, Zulmis! cette lettre si tendre?....

— N’est qu’un extrait d’un ouvrage récent.

— Mais ce poison qu'un jour vous vouliez prendre?...

— Autant que vous il était innocent.

— A mon départ vos mortelles alarmes ?....

— On s’embellit à se désespérer.

— Vos maux de nerfs?.... — Bagatelle. — ^Vos larmes?

— En s’exerçant on apprend à pleurer.

Ne cherchez pas d'excuse ù ma faiblesse;

Je dois ici vous parler sans détour;

Jamais mon cœur n’a connu la tendresse :

Mes sens glacés n’ont pas besoin d’amour.

— Vous oubliez ces tendres tête-à-téte Où de plaisir vous mouriez dans mes bras?

— La vanité n’a qu'un prétexte honnête Pour révéler les plus secrets appas.

— De mon courroux ma fierté me rend maitre.

Et je rougis de ma honteuse erreur;

J’apprends de vous enfin à vous connaître.

Je lis au fond de ce perfide cœur.

— Vous me croyez aussi par trop sincère :

Méditez bien, Léon, ce dernier trait;

Mon aveu même est peut-être un mystère,

Et ma franchise est encor mon secret.

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