VOILA LE DIABLE A CONFESSER
Dans ce inonde l’on ne fait guère Que des projets suivant son goût;
Le plaisir même est une affaire Dont on vient rarement à bout :
On entreprend avec délice.
Mais ce n’est tout de commencer;
Il faut encor que l’on finisse.
Voilà le diable à confesser.
Laure , qu’on cite pour modèle De sagesse et de sentiment,
Va serrer la chaîne éternelle Qui doit l’unir à son amant.
La belle se donne pour neuve;
Laure, c’est trop vous avancer:
L’instant vient d’en fournir la preuve , Voilà le diable à confesser.
D'un certain trésor qu’on s’arrache Le vieil Orgon est entiché;
D’une jeune beauté sans tache Avec l’hymen il fait marché.
Des fillettes il tient la perle;
Mais ce qui doit l’embarrasser,
C’est qu’il faut dénicher le merle , Voilà le diable à confesser.
Le gros Mondor charge sa table Des mets les plus délicieux,
Et les flots d'un vin délectable Y charment le goût et les yeux Notre homme aime la bonne chère, Il a de l'or à dépenser;
Mais, hélas! il faut qu'on digère, Voilà le diable à confesser.
Demain c’est la fête d'Annande; Elle exige un couplet galant;
Mais pour les choses de commande Je n’ai pas le moindre talent.
Ce maudit couplet m'embarrasse.
Et je voudrais m’en dispenser;
La dame veut qu’on le lui fasse, Voilà le diable à confesser.
Après une joyeuse vie,
Un beau malin on dit bonsoir;
Et, qu’on en ait on non l'envie, Monsieur le curé vient vous voir.
« A vos péchés, mon très cher frère, « Dans ce moment il faut penser;
« Dites-moi tout. » Hélas! mon père.
Voilà le diable à confesser.