L'INCONSTANCE JUSTIFIÉE
Air...
J'étais né pour être fidèle,
Et cependant, jouet du sort,
J'ai mainte fois changé de belle,
Mes amis, voyez si j'ai tort;
Vieille fille expérimentée A quatorze ans me mit en jeu ;
Elle ine prit sans mon aveu.
Je l’ai quittée.
Comme un Saint-Preux j’aimais Julie, C’était la rose en sa fraîcheur;
Air ingénu, grâce embellie Du prestige de la pudeur;
Mais cette novice empruntée Me causa d’étranges regrets....
Que Dieu vous garde d’une Agnès,
Je l’ai quittée.
Après quelque temps de retraite,
Bien guéri d’une folle erreur,
Près d’une dévote discrète Je remplaçai sou directeur. ^
Toujours d’un saint zèle emportée, Dans son immuable ferveur,
Elle exigeait trop de mon cœur,
Je l’ai quittée.
Essoufflé du rôle sublime Que j’avais joué quatre mois.
Pour mettre mon cœur au régime, D’une coquette je fis choix.
Je connaissais bien la portée Des goûts de ma divinité;
Une heure avant d’être quitté Je l’ai quittée.
Pour plaire à la muse Arabelle Je me réclamai d’Apollon,
Et de cette Sapho nouvelle J’eus l’honneur d’être le Phaon.
Pour son esprit elle est vantée, Elle a mille talents divers :
Il fallait écouter ses vers,
Je l’ai quittée.
Du moins auprès de Juliette On ne craignait pas l'entretien ; Ellle était constamment muette,
Et pourtant ne vous cachait rien.
La nature l’avait dotée D’un bon cœur, d’un joli minois; Mais comme on cause quelquefois, Je l’ai quittée.
POLIES LÉGÈRES
La noble Isaure eut mon hommage Mais trop Hère de ses aïeux.
Elle en avait à-peu-près l’âge :
Moi je ne suis pas glorieux ;
De mon amante patentée J’ai rompu les illustres nœuds; Pour l’objet de mes derniers vœux, Je l'ai quittée.