‹ Œuvres complètes d'Étienne Jouy ... avec des éclaircissements et des notes. Tome 1 27 Poésies légèresChapitre 56 sur 136 · LES NOUVEAUX SORCIERS · texte numérisé non relu

LES NOUVEAUX SORCIERS

VAUDEVILLE

Air : C’est un sorcier.

Aux sorciers on ne croit plus guère.

Mais c’est en vain qu’on m’a prêché; De ce vieux préjugé vulgaire Je reste toujours entiché.

De moi vous vous moque/, d’avance ; D’avance aussi je l’ai prévu.

J’en ai vu.... ce qui s’appelle vu;

Et je citerai, même en France, Puisqu’on ose m’en défier,

Plus d’un sorcier.

Ce Dorimond, qui de Limoge,

Par le coche , vint à Paris ,

Dans un palais aujourd'hui loge, Gorgé d'argent et de mépris.

A sa fortune tout conspire :

Il est sans honneur, sans esprit;

Il obtient des honneurs, du crédit.

Comme vous, au lieu d'en médire , Ne vaut-il pas mieux s’écrier:

C’est un sorcier!

Laid, petit, roux, plat, fat et bête,

Et sans un sou de revenu,

Meleour, dit-on, en tête-à-tête,

Près des belles est bien venu.

Vous croyez expliquer la chose Avec un souris libertin ;

Mais non, rien.... presque rien.... c’est certain. Or il n’est point d’effet sans cause ;

Donc j’ai le droit de publier Qu’il est sorcier.

Danion, dont la muse engourdie Pour modèle a choisi Kotzbou, Nous a baillé pour comédie Un long drame à dormir de bout:

De son ouvrage somnifère Vous avez prévu le destin ;

11 ne peut aller jusqu’à la Kn.

Mes amis, loges et parterre Sont remplis un an tout entier.

C’est un sorcier!

Germeuil, appesanti par l’âge.

Le dos voûté, les cheveux blancs, S’avise d’entrer en ménage Avec un tendron de seize ans.

On gémit sur la pauvre fille,

Qu’on s’obstine à nommer ainsi;

Mais tout peut s’arranger, Dieu merci: Le bon Germeuil voit sa famille

Tous les ans se multiplier.

C'est un sorcier!

Ce gros abbé, d'esprit si mince,

Qu’on ne vit jamais au saint lieu,

A qui l’on prétend qu’un grand prince Donnait deux ans pour croire en Dieu; Dans sa conduite disparate,

Mais à son but très conséquent,

De préjugés s’en va trafiquant ;

D’une calotte d'écarlate On affuble mon grenadier:

C’est un sorcier!

Armé d’une vieille assurance,

D’un débit lourd, d’un geste faux, Mérival, sans intelligence.

Se croit un acteur sans défauts :

A contre-sens il se démène;

Alonge ou raccourcit les vers, Toujours prend scs rôles de travers; Autant qu’un Molé, sur la scène, On applaudit ce grimacier.

C’est un sorcier!

Et ce docteur que l’on renomme, Qui du monde verra la fin;

Et Forlis, qu’on dit si bon homme, Et dont le père est mort de faim ; Et ces barbouilleurs de gazettes,

i4a POÉSIES LÉGÈRES.

Qu’enrichissent leurs plats écrits;

Et tant d'imbéciles beaux esprits;

Des Crésus qui n’ont que des dettes, Des malotrus à vingt quartiers;

Que de sorciers ! ! !

Page 1