‹ Œuvres complètes d'Étienne Jouy ... avec des éclaircissements et des notes. Tome 1 27 Poésies légèresChapitre 55 sur 136 · L’OMBRE DE MARGUERITE · texte numérisé non relu

L’OMBRE DE MARGUERITE

ROMANCE

Dans la nuit, à l'heure effrayante Où l'airain frémit douze fois,

Des spectres la famille errante Sort des tombeaux à cette voix.

Edmond, que le remords agite,

Cherche le sommeil qui le fuit;

L'ombre pâle de Marguerite Vient s’asseoir au pied de son lit.

Regarde, Edmond, c’est moi, dit-elle.

Moi qui t’aimai, que tu trompas,

Moi dont la tendresse fidèle Vit encor après le trépas.

J’eti ai cru ta fausse promesse,

Je t'ai fait maître de mon sort;

Hélas! pour prix de ma tendresse Fallait-il me donner la mort?

Jadis de la rose naissante J’avais l'éclat et la fraîcheur;

Pourquoi sur sa tige brillante Ton souffle a-t-il séché la fleur?

Mes yeux brillaient de tant de charmes.

Ingrat , alors que tu m’aimais!

Pourquoi donc les noyer de larmes?

Pourquoi les fermer à jamais?

Hier dans un palais superbe, Aujourd'hui dans un noir cercueil; Mon asile est caché sous l'herbe,

Et ma parure est un linceul :

De mon ardeur tendre victime,

Je crus être aimée à mon tour:

Qui me punit d'un pareil crime?

L'objet même de mon amour.

De ton inconstance cruelle Le jour fut à tous deux fatal;

Quand ton cœur devint infidèle, Edmond, il se connaissait mal :

Tu m’abandonnes, je succombe; Mais, enchaînés par le destin ,

Le remords vient d’ouvrir ma tombe; Tu dois y descendre demain.

J’entends le coq, sa voix encore Pour nous est un signal d’effroi;

Je ne dois plus revoir l’aurore,

Et c’est la dernière pour toi!

Adieu. Celle qui te fut chère Te plaint, te pardonne, et t’attend....

L’ombre, à ces mots, perce la terre, Et disparaît au même instant.

Edmond immobile, en silence,

A vu ce prodige effrayant;

De sou lit soudain il s'élance Défiguré, pâle et tremblant :

Il court, il cherche Marguerite,

Sa voix s’échappe en cris aigus;

Sur sa tombe il se précipite :

On le relève, il n’était plus!

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