LE DÉSESPOIR
ROMANCE
Du poids de mon existence Qui daignera m’affranchir,
Qui me rendra l’innocence Qu’un traître a su me ravir?
De ma honteuse faiblesse Qui me voilera l’horreur?
Hélas! un moment d'ivresse M'a donc coûté le bonheur.
Sans pouvoir quitter la vie C’est assez long-temps mourir; Sous la tombe ensevelie.
Je vais cesser de souffrir.
Ilélas! c’est trop peu d’un crime Pour expier mon erreur;
C'est une double victime Qu’exige de moi l’honneur.
Et toi, monstre sanguinaire Dont le fruit germe en mon sein !
D’une parricide mère Tu n'arrêtes pas la main !
Va, du moins ma mort expie Le crime que je commets,
Et ce sacrifice impie Devient un de tes forfaits.
Mais quelle voix lamentable S’élève au fond de mon cœur?
Arrête, mère coupable!
Vois l’excès de ta fureur :
C’est toi qui lui donuas l'être ; Seras-tu inère et bourreau,
Et le sein qui l'a vu naître Deviendra-t-il son tombeau ?
Ali! non.... c’en est fait, j’abjure L’honneur et ses droits affreux; Tout entière à la nature ,
Je rends mon cœur à ses vœux.
Des préjugés de la terre Bravant l’éternel écueil ,
Nom sacré, doux nom de mère ,
Je te porte avec orgueil.
Tu vivras, objet funeste D’horreur, d’amour et d'effroi;
A ce jour que je déteste Je me condamne pour toi :
Puisse ton heureuse’enfance Rendre à mon cœur abattu ,
Au défaut de l’innocence,
Le calme de la vertu.