‹ Œuvres complètes d'Étienne Jouy ... avec des éclaircissements et des notes. Tome 1 27 Poésies légèresChapitre 70 sur 136 · L’AMOUR EN APPRENTISSAGE · texte numérisé non relu

L’AMOUR EN APPRENTISSAGE

VAUDEVILLE

Air; Bien rarement on voit ensemble.

De Vénus bravant les menaces,

L'Amour, enfin devenu grand,

S’avisait d’en conter aux Grâces En dépit des liens du sang :

Minerve conseille à sa mère,

Afin d'éviter un éclat,

De lui faire prendre un état,

Et de le bannir de Cvtlière.

Il tenait beaucoup de son père;

Comme lui brave et libertin,

On crut que dans le militaire Il pourrait faire son chemin.

Dans son métier Mars veut l’instruire,

Tous deux marchent au champ d’honneur:

Mais par une contraire ardeur L’un veut créer, l’autre détruire.

Du triste métier de la guerre ;

Un des fléaux du genre humain,

L Amour n’avait qu’un pas à faire,

Il est devenu médecin ;

Mltsi LS LÉGÈRES. ,

Mais pour certaines maladies On l'aurait voulu moins savant;

A scs malades, bien souvent,

Au lieu d'une, il rendait deux vies.

L’Amour pour faire le négoce S’associe avec le Désir,

Et follement prête à la grosse Ses fonds au prodigue Plaisir.

Le débiteur dans sa déroute Ne tarda pas à l’embarquer;

Quand le Plaisir vint à manquer.

Le pauvre Autour fit banqueroute.

Connu de tout temps pour faussaire , Fripon et sur-tout chicaneur,

11 voulut se faire notaire;

Passe encore pour procureur :

Dans scs actes , contre l’usage,

Du mystère il faisait grand cas,

Aussi ne l’eniployait-ou pas Pour les contrats de mariage.

Las de la robe, il se déguise.

Compose son ton, son maintien:

Sous l'habit d’un homme d'église II va jouer l'homme de bien.

Sur frère Amour chacun se fonde Pour gagner le ciel tristement :

Et le fait est que très gaiement Saint Cupidon damnait son monde.

Il quitte le saint ministère,

I)e moine se fait laboureur:

Il vaut mieux féconder la terre Que de la tromper sans pudeur.

Il réforma l’agriculture En attachant dans scs travaux A la récolte tous les maux,

Tous les plaisirs à la culture.

Lui qui n'a dans toute sa vie Connu que l'heure du berger,

Prit un beau jour en fantaisie De s établir maître horloger;

Le temps quand l’Amour le suppute Pi'u plus de régies, plus de lois;

D’une minute il fait un mois,

D’un mois refait une minute.

Bientôt après il eut envie D’exercer un double métier,

D'être par la même industrie Et cordonnier et chapelier ;

De son procédé la bonne ame Sut tirer un si bon parti,

Qu'il coiffait toujours le mari Chaque fois qu’il chaussait la femme.

Dans l'espoir de forger des chaînes A notre pauvre genre humain.

Il exerça quelques semaines La profession de Vulcain ;

it.

Des serrures qu'IIymen achète Il vendait les clefs aux epoux ,

Et glissait les passe-partout Gratis aux amants en cachette.

Entraîné par ses goûts volages, Notre jeune et charmant vaurien Commença vingt apprentissages,

Et ne put sc fixer à rien :

Ma foi , Minerve aura beau faire,

En lui-même dit-il un jour,

Je reprends mon métier d'amour, Et vais l'exercer à Cythère.

Il part et revient chez sa mère;

Il est sans état, sans métier;

Vénus lui demande en colère,

A quoi peut-on vous employer?

Maman, dit-il, tu m'embarrasses....

Mes sœurs, répondez sans détour....

El la réponse de l'Amour Se lisait sur le front des Grâces.

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