L’AMOUR EN APPRENTISSAGE
VAUDEVILLE
Air; Bien rarement on voit ensemble.
De Vénus bravant les menaces,
L'Amour, enfin devenu grand,
S’avisait d’en conter aux Grâces En dépit des liens du sang :
Minerve conseille à sa mère,
Afin d'éviter un éclat,
De lui faire prendre un état,
Et de le bannir de Cvtlière.
Il tenait beaucoup de son père;
Comme lui brave et libertin,
On crut que dans le militaire Il pourrait faire son chemin.
Dans son métier Mars veut l’instruire,
Tous deux marchent au champ d’honneur:
Mais par une contraire ardeur L’un veut créer, l’autre détruire.
Du triste métier de la guerre ;
Un des fléaux du genre humain,
L Amour n’avait qu’un pas à faire,
Il est devenu médecin ;
Mltsi LS LÉGÈRES. ,
Mais pour certaines maladies On l'aurait voulu moins savant;
A scs malades, bien souvent,
Au lieu d'une, il rendait deux vies.
L’Amour pour faire le négoce S’associe avec le Désir,
Et follement prête à la grosse Ses fonds au prodigue Plaisir.
Le débiteur dans sa déroute Ne tarda pas à l’embarquer;
Quand le Plaisir vint à manquer.
Le pauvre Autour fit banqueroute.
Connu de tout temps pour faussaire , Fripon et sur-tout chicaneur,
11 voulut se faire notaire;
Passe encore pour procureur :
Dans scs actes , contre l’usage,
Du mystère il faisait grand cas,
Aussi ne l’eniployait-ou pas Pour les contrats de mariage.
Las de la robe, il se déguise.
Compose son ton, son maintien:
Sous l'habit d’un homme d'église II va jouer l'homme de bien.
Sur frère Amour chacun se fonde Pour gagner le ciel tristement :
Et le fait est que très gaiement Saint Cupidon damnait son monde.
Il quitte le saint ministère,
I)e moine se fait laboureur:
Il vaut mieux féconder la terre Que de la tromper sans pudeur.
Il réforma l’agriculture En attachant dans scs travaux A la récolte tous les maux,
Tous les plaisirs à la culture.
Lui qui n'a dans toute sa vie Connu que l'heure du berger,
Prit un beau jour en fantaisie De s établir maître horloger;
Le temps quand l’Amour le suppute Pi'u plus de régies, plus de lois;
D’une minute il fait un mois,
D’un mois refait une minute.
Bientôt après il eut envie D’exercer un double métier,
D'être par la même industrie Et cordonnier et chapelier ;
De son procédé la bonne ame Sut tirer un si bon parti,
Qu'il coiffait toujours le mari Chaque fois qu’il chaussait la femme.
Dans l'espoir de forger des chaînes A notre pauvre genre humain.
Il exerça quelques semaines La profession de Vulcain ;
it.
Des serrures qu'IIymen achète Il vendait les clefs aux epoux ,
Et glissait les passe-partout Gratis aux amants en cachette.
Entraîné par ses goûts volages, Notre jeune et charmant vaurien Commença vingt apprentissages,
Et ne put sc fixer à rien :
Ma foi , Minerve aura beau faire,
En lui-même dit-il un jour,
Je reprends mon métier d'amour, Et vais l'exercer à Cythère.
Il part et revient chez sa mère;
Il est sans état, sans métier;
Vénus lui demande en colère,
A quoi peut-on vous employer?
Maman, dit-il, tu m'embarrasses....
Mes sœurs, répondez sans détour....
El la réponse de l'Amour Se lisait sur le front des Grâces.