LES TROIS ROSES
STANCES
D’Aphrodite à Paphos on célébrait la fête;
Tous les dieux étaient accourus ,
Et des plus belles fleurs chacun s'est mis en quête Pour faire un bouquet à Vénus.
Daus ce jour solennel l’amante de Zéphire Leur prodigue à tous ses faveurs;
Mais Flore et ses jardins auront peine à suffire A la foule des demandeurs.
Les fils de la maison se font parfois attendre;
Le Plaisir, l’Hymen, et l’Amour,
Arrivent les derniers; comment vont-ils s’y prendre? Plus une fleur dans ce séjour.
« Rien pour qui vient trop tard, leur dit en riant Flore; « On a dépeuplé ces cantons,
aa4 POÉSIES LÉGÈRES.
« Et je vous tiens heureux si vous trouvez encore « Par-ci, par-là quelques boutons.
s — C’est tout ce qu’il me faut, reprit le plus volage ;
« Si vous secondez mon ardeur,
« De ce joli rosier dans un instant je gage n Transformer le bouton en fleur. »
La déesse gaiement à cette expérience Admet le Plaisir et l’Amour,
Et consent à la lin par pure complaisance Qu’llymen la caresse à son tour.
Tous trois ont réussi dans leurs métamorphoses,
Les boutons sont devenus fleurs;
Seulement il advint que les trois jeunes roses Se trouvèrent de trois couleurs.
La fille du Plaisir de pourpre se couronne Comme le matin d’un beau jour ;
L’Hymen vit à regret que la sienne était jaune; Blanche était celle de l'Amour.
Munis de leur bouquet, ils vont trouver leur mère,
Et dans un petit compliment En forme d'impromptu, chacun à sa manière Fait valoir son petit présent.
« Cette rose, maman, au Plaisir doit son être;
Elle en doit avoir le destin :
u Pour briller un moment, un moment la voit naître; n Elle ira mourir sur ton sein.
— Miracle, dit l'Hymen, sans l’aide de mon frère « J'ai produit la fleur que voici....
— L'habile homme ! interrompt l'Amour avec colè
« Sa rose est couleur de souci.
— Je crois, poursuivit-il, mon bouquet préférable «Symbole heureux de la candeur.
Ma jeune rose est blanche, et son éclat durable « Survit long-temps à sa fraîcheur.
— J’accepte vos présents, répondit Cythérée :
« Et, pour m’acquitter à mon tour,
De la main de chacun je veux être parée « De la fleur qui lui doit le jour.
Que la rose au teint blême ajoute à ma parure « Le contraste de sa couleur;
Fixez la fleur vermeille au nœud de ma ceinture,
« Et la blanche contre mon cœur. »
POÉSIES LKT.KfU.V
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