EN DEUX ACTES
REPRÉSENTÉ POUR LA PREMIÈRE FOIS SUR LE THÉÂTRE DE L’ACADÉMIE DE MUSIQUE, LE 23 AOUT 1 8 I 4 ■
Après vingt ans d’un triomphe perpétuel et d’une gloire sans rivale dans l’histoire des nations, la fortune s’était fatiguée avant la victoire, et la France, attaquée par l’Europe entière, se trouvait envahie sans avoir été vaincue. Napoléon avait abdiqué la couronne impériale, et l’ancienne famille de nos rois était remontée sur le trône de Henri IV.
La première impression que ce grand événement dut produire sur des cœurs français, fut sans doute celui d’un regret héroïque pour la perle de tant de trophées cl de tant de conquêtes, dont il fallut acheter une paix désastreuse : mais les plus généreux défenseurs de l’honneur national étaient aussi les amis les plus ardents d’une sage liberté politique, qui leur avait été solennellement promise sous le régne d'un monarque constitutionnel, en dédommagement d’une gloire militaire éclipsée.
Personne ne s’était associé plus franchement que moi à ces nobles espérances; une femme aussi célèbre alors par son esprit qu’elle l'avait été par sa beauté et par sa position dans le monde, m’invita à célébrer cet événement sur le théâtre de l’Opéra . un rapprochement historique s’offrit â mon esprit.
Vers l'année 712, les Maures, sous la conduite de Tarif
Abcnzarca, remportèrent une victoire signalée sur les Vi sigots, dans les plaines de Xérès: Rodrigues, leur roi, y périt victime de la trahison du coinlc Julien, qui avait appelé les Sarrazins en Espagne.
Après cette défaite, qui mit l’Espagne entière au pouvoir des Maures, don Pélage, frère de Rodrigues, accompagné île sa nièce Ermizende, que j'ai nommée Favila , et de quelques amis fidèles, se réfugia dans les montagnes inaccessibles des Asturies, où ileutpourasile une grotte souterraine, consacrée depuis sous le nom d’abbaye de Covadonga.
Pélage, enseveli pendant quatorze ans au milieu des rochers, sans autres consolations que les tendres soins de sa nièce et le dévouement îles montagnards, y nourrit le projet d’affranchir son pays, et de relever un trône où l’appelaient sa naissance et les vœux d’un peuple impatient du joug de l’étranger.
A la voix d’Alphonse, duc de Biscaye, à qui Pélage avait fait épouser sa nièce, les Galiciens, les Navarrois et les Gan labres unirent leurs armes en faveur du frère de Rodrigues, et le ramenèrent eu triomphe dans la capitale de ses états.
Pélage est considéré dans l’histoire comme un prince digne, par ses vertus, son courage et son patriotisme, du glorieux titre de restaurateur de la monarchie espagnole que les historiens de cette nation s’accordent à lui donner.
Je me suis borné à retracer sur la scène des caractères
et des faits historiques auxquels des circonstances analogues me semblaient devoir ajouter un haut degré d’intérêt : l’avenir est chargé de justifier ce parallèle.
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