‹ Œuvres complètes d'Étienne Jouy ... avec des éclaircissements et des notes. Tome 1 27 Theatre. Tome 2. Opéra. Tome 1 (volume 2)Chapitre 246 sur 296 · EN CINQ ACTES · texte numérisé non relu

EN CINQ ACTES

Personne ne conteste à M. de Châteaubriand, une imagination féconde et un coloris d’un grand effet. II est ne avec une ame poe'lique ; son coup d’œil est vaste et il possède quelque chose de cette magniloquenee , que Tertullien attribue aux paroles de la Bible. Heureux, si une plus grande maturité de latent lui eut permis de chercher dans ses méditation^ le moyen d’accomplir cette alliance délicate entre le génie et le goût, qui seule constitue l’immortalité littéraire, et place l’écrivain au nombre des modèles.

La postérité ne dédaignera pas toutefois des œuvres empreintes d’une originalité très remarquable, et qui ne peuvent, dans leurs défauts même, avoir pour auteur qu’un homme doué d’une haute intelligence. Ce qui fera vivre M. de Châteaubriand , ce ne seront ni les vieilles théories qu’il a cru rajeunir, ni les systèmes bizarres qu’il a soutenus, ni les doctrines étranges qu’il a voulu animer d’un souffle poétique: ce seront d’éclalants tableaux, quelques pages où il s’est montré grand peintre d’histoire, et principalement trois épisodes, qu’il a jetés dans ses ouvrages, et qu’il faut compter au nombre des créations les plus ingénieuses, et les plus passionnées de la littérature romantique : Atala, René, et Felleda.

M. de Châteaubriand, dans ces trois épisodes, abandonne les sentiments factices et les idées paradoxales qu’il prodigue par-tout ailleurs : rentré dans le cœur humain et dans la nature, il redevient simple, brûlant, passionné, pathétique, et obtient des grands effets par des moyens simples : c’est

356 PRÉAMBULE HISTORIQUE, là qu’il se montre dans toute la force et dans toute l’indépendance de scs hautes facultés. Son style franc, audacieux, correspond exactement au sentiment vrai et aux pensées profondes qui l’agitent.

Persuadé, comme je l’ai déjà indiqué plus haut, que l’opéra tient à-la-fois de la tragédie, de l'épopée, et du roman, j’ai cru trouver dans le sujet de Velleda, la réunion de ces diverses convenances. Il m’oITrait en même temps des situations dramatiques, des fictions romanesques, et un intérêt épique qui s’attachait a« berceau de la monarchie française. ^

J’ai travaillé une année entière à cet ouvrage que j’ai voulu composer dans un système nouveau. Cinq actes étaient nécessaires à l’exécution du plan que je m’étais tracé ; j’avais besoin de cette étendue, d’ailleurs consacrée par le chef-d’œuvre de Quinault (/frmide), pour donner à ma fable le développement qu’elle exigeait, sans violer les régies de l’art, ou du moins sans abuser des concessions faites à la scène lyrique.

On l’a dit avec raison; le poème d’un opéra devrait, par la régularité du rhythme et la mélodie du vers, offrir au compositeur, non seulement des paroles mesurées, mais une musique commencée. Ce mot n’est pas seulement singulier, il est vrai. Le rhythme du vers, la prosodie que le poète adopte, la cadence qu’il reproduit régulièrement ou qu’il brise à dessein, décident de la mélodie que le musicien doit employer. Après avoir étudié avec un grand soin ces nécessités locales, ces convenances qui, attentivement observées, doivent rendre plus étroite et par conséquent plus délicieuse l’union de la poésie et de la musique, j’ai cherché dans ce poème lyrique à remplir les nouveaux devoirs que je m’imposais à moi-même ;

PREAMBULE HISTORIQUE. 35 7 et j’ai composé sur des rhylhmes particuliers et exacts, les chœurs de cet opéra.

C’est au lecteur à se rendre compte de la part d’invention et de la part d’imitation qui s’y trouvent. Je n'ai point emprunté à M. de Chateaubriand sa Cible, je me suis borné à imiter les couleurs dont il a peint le caractère de Velledaj’ai usé du privilège de l’auteur dramatique , pour placer cette vierge et cette amante dans des situations que l’auteur des martyrs n’a pas meme indiquées dans son brillant épisode. Le dénouement que j’ai rendu heureux, diffère encore plus complètement de celui que M. de Chateaubriand a imaginé.

On verra dans les notes quel a été le sort de mes Gauloises, et pourquoi celui de mes ouvrages lyriques auquel j’ai consacré le plus de veilles est resté jusqu’ici éloigné de la scène.

PERSONNAGES

VELLEDA, Dniidesse.

MÉROVÉE , chef des Francs ou Sicambres.

LOVIS, confident de Mérovée.

ISUL, vieux guerrier gaulois.

FLAVIUS, préteur romain.

EMYDAS, femme de la suite de Velleda.

Guerriers Gaulois, Francs et Romains.

Pasteurs de l’armorique.

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