SCÈNE III
JULIA, LA GRANDE VESTALE
LA GRANDE vestale.
Pour la dernière fois
Je viens de vos dangers vous présenter l'image.
De votre cœur ranimer le courage,
Et du devoir faire entendre la voix.
Vous portez à regret la chaîne qui vous lie;
Jusqu'au pied des autels vos regards éplorés Attestent les chagrins dont votre ame est remplie :
Le culte de Vesta, ses mystères sacrés,
Ne peuvent dissiper l'horreur qui vous assiège ;
Un noir démon dans vos sens égarés A versé le poison du désir sacrilège.
Et dérobe à vos yeux l’abyme où vous courez.
JULIA
Qu’exigez-vous de moi? Victime infortunée.
Par la force enchaînée.
J'obéis à vos lois en pleurant sur mon sort.
LA GRANDE VESTALE
Sur la terre en est-il de plus digne d'envie?
C’est à nous que Rome confie Du saint palladium le précieux trésor :
Les respects, les honneurs, enchantent notre vie. julia, à part.
Et l'erreur d'un moment nous condamne à la mort.
■ 6 LA VESTALE
LA GRANDE VESTALE
Dans une paix profonde,
Au sein du plus heureux séjour.
Nous recevons les hommages du monde,
Et nous bravons les dangers de l'amour.
JULI A
Hélas !
LA GRANDE VESTALE
AIR
L’Amour est un monstre barbare,
Perfide ennemi de Vesta;
C’est dans les gouffres du Ténare Que Tisiphone l’enfanta :
Par lui de malheurs et de crimes Ce monde impie est inondé;
Sur des tombeaux, sur des abymes,
Son trône sanglant est fondé.
L'amour est un monstre barbare,
Perfide ennemi de Vesta;
C’est dans les gouffres du Ténare Que Tisiphone l’enfanta.
j u L i a , avec effroi.
Au nom des dieux, au nom de Vesta que j'adore, Prêtresse, accordez-moi la grâce que j’implore; Souffrez que dans ces murs, cachée à tous les yeux, Du triomphe sans moi la fête se dispose.
LA GRANDE VESTALE
Rien ne peut vous soustraire aux soins religieu* Que la loi vous impose.
C’est vous qui de Vesta, dans l'ombre de la nuit. Surveillez la flamme étemelle;