SCÈNE III
DEMALY, RUSTAN.
( On voit les femmes passer sur la galerie supérieure et rentrer dans leurs appartements. Deux esclaves noirs restent en sentinelle aux deux extrémités de la galerie. ) DEMALY.
Quel état, quels tourments!
Quoi ! toujours se contraindre!
Dévorer scs douleurs et ne pouvoir se plaindre!
ItUSTAN.
Faites grâce, seigneur, à mon zèle indiscret;
Vous nourrissez quelque chagrin secret?
DEMALY.
Hélas!
nuSTAN.
Vous commandez, et le pouvoir suprême . Fait naître autour de vous les plaisirs et les jeux;
Chéri de vos sujets, que vous rendez heureux... DEMALY.
Je ne puis l’être moi-même. <
Esclave au milieu des grandeurs,
Au joug des voluptés mon ame est assservie ;
Mais n’est-il pas de plus nobles ardeurs?
Dois-je laisser couler ma vie Dans l’insipidité de ces molles langueurs?
LES HAYADEUES.
Ulkar, ce guerrier térpérairc,
Du Maratte insolent le chef audacieux,
Au sein de mes états ose porter la guerre.
nusT a N.
Le grand brame a promis la victoire à vos vœux.
DEMALT.
Je pourrais la devoir à mes efforts heureux...
Mais je veux achever de rompre le silence,
Et soulever le poids dont je suis oppressé.
Apprends (pi'un amour insensé,
Dont ma raison gémit, dont mon orgueil s’offense,
A subjugué mon cœur et vaincu ma puissance.
RU3TAN
Quel est donc cet objet?...
DEMALT.
Le chef-d’œuvre des cieux, De grâces, de talents le plus rare assemblage!
Ce qui charme l’esprit, ce qui séduit les yeux.
Elle a tout en partage.
RDSTA N.
Qui peut vous arrêter?
OEM A LT.
Un obstacle odieux;
Cet objet que mon cœur préfère,
Voué par le plaisir au culte de nos dieux...
■ RUSTAN (riant.)
Quoi ! seigneur, une bayadère!
OEM ALT.
J’adore Laméa.
RUSTAN
Quand tout rit à vos vœux,