Oeuvres complètes d'Étienne Jouy ... avec des éclaircissements et des notes. Tome 1 27 Theatre. Tome 3
Quel est le peuple e'minemment dramatique? celui qui joint à des sensations rapides une {grande sociabilité; ù une observation délicate le don de riuiitaiion;et le sentiment du goût ù un commerce facile, à un laugage simple, élégant et naturel.
Ajoutez à ces quali tés le tact et la crainte du ridicule, des relations très diverses et très multipliées, beaucoup de nuances dans l’idiome, et de finesse dans la manière de s’en servir. Un peuple ne réunira point tous ces caractères, sans être spécialement destiné à voir fleurir chez lui l’art dramatique. Cette nation sera féconde en bonnes comédies, en scènes excellentes, en peintures de mœurs; elle produira le premier écrivain de ce genre; seule, elle aura un Molière.
La première gloire littéraire de la France est son théâtre. L’Italie a son Arioste ; l’Espagne son Cervantès ; l’Allemagne n’est stérile ni en phiiosopbes, ni en poètes. Bacon, Pope et Sbakcspearc ont élevé au |>remier rang, en Angleterre, la pbilosopbie et la poésie; mais toutes les littératures anciennes et modernes se cotiseraient en vain pour produire
1 VUES PRËLIMINAIUES.
un autre Molière, ou seulement, comme disait iu{;énicusemcnt inadaiiie de Sévigné, pour nous donner la monnaie de cet homme unique!
On ne doit, un ne peut le comparer à personne; il est seul: quoi qu’en ait pu dire Boileau, il atteint la hauteur de son art; et son élévation l’isole au-dessus de tous les écrivains qui l’ont précédé, ou ipii l’ont suivi. En le plaçant donc absidunicnl hors de li(;ne, et ne s’occupant que des écrivains secondaires , on trouve, ilans le siècle suivant. Le Sage, Regnard, Destouches, Dufiesny, Dancourt, Piron, Gresset, auxquels je ne sais si les nations étrangères peuvent rien opposer, du moins sous le rapport de la régularité des plans, de la vérité des caractères, et de la franchise du dialogue.
Trois grandes comédies, Turcaret, la Métromanie, et le Méchant ont honoré parmi nous le siècle qui vient de finir. Dans le même laps de temps, les annales dramatiques des nations étrangères ne présentent qu’une seule comédie anglaise, ÏÉcolede la médisance, de Shéridan, <|ui mérite de prendre rang parmi les chefs-<rü;uvre de la scène.
Si l’on me demande à laquelle des trois comédies fi'ançaises je donne la préférence, je uuminerai Turcaivt. C’est la peinture la plus franche, et celle qui attaque le ridicule le plus commun, la sottise opulente. Aussi, quoique la pièce soit en prose, et qu’elle parai.ssc s’adresser plus particulièrement a des travers et à des vices de l’époque où elle a été composée, je n’hésite point à la itlacer, pour la