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force d'observation, la trancliisc du pinceau, et la généralité d’application, à la tête des trois ouvrages que j’ai cités. Le caractère que Le Sage a pris sur le fait est inhérent, pour ainsi dire, à un état de civilisation déjà très perfectionné; c’est encore ce Triinalcioti de Pétrone, qu’obsèdent des parasites, des esclaves, et des inaitresses, et qui demande iju’est-ce riuiin pauvre?
Le Méchant de Gresset l’eniporte sur les deux autres' drames, sous le rapport de la propriété du style, de l’éclat des portraits, et de l’imitation fidèle et piquante d’une certaine classe de la société. On n’a jamais reproduit avec une grâce plus fine, une malice plus ingénieuse, et une vérité plus délicate, cette bonne compagnie des premières années du dix-buitième siècle, on les armes de l’esprit étaient aiguisées comme des poignards; où le talent de dénigrer et de noircir était en quelque sorte le complément du .savoirvivre. Ce qui doit étonner sur-tout, c’est cette sagacité pénétrante, cette finesse d’observation qu’un jeune écolier des jésuites a mise à deviner et à reproduire avec tant de bonheur et de vérité toutes les nuances du bon ton, tous les sophismes dont la méchanceté se parait alors. En revanche, on doit dire que la conduite de l’ouvrage est faible, que tous les personnages y parlent du même style, et que l’effet dramati(|ue est presque nul.
La Métromanie, écrite du style le plus brillant et le plus élevé, se distingue par une verve inépuisable, par une suite
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(le situations roiiiiqiics, ('t iim? originaliti; féconde en traits excellents, et en mots de caractère. Si le ridicule eonlri' lequel la pièce est dirigée ne se trouvait pas nécessairement renfermé dans un cercle très étroit, ce liel ouvrage prendrait peut-être sa place à côté des chefs -dreuvre de Mo- I ière.
La monarchie en décadence donna naissance à des mœurs si faibles et si dépravées, que la nuise comique se ressentit nécessairement de cette dégradation extrême. Pendant près d’un demi-siéclc la scène française resta en proie aux Lachaussée, aux Lanoue, aux Dorât, aux Marivaux, qui l’affadirent de leurs pâles essais.
Ueauinarchais parut et fit justice de cette Thalie minaudière, en créant, pour ainsi dire, une comédie nouvelle, où les ridicules et les vices des plus hautes classes de la société furent signalés arec autant de gaieté que d’amertume. Le mariage de Figaro est un tableau vivant des mœurs corrompues du grand monde à la fin du dix-huitième siècle.
Cinq ans après, la révolution commence, et la musc comique devient aussi sauvage que l’époque même qu'elle avait à peindre. Un homme, auquel il ne manquait peutêtre que quelques vices de moins pour prendre sa place immédiatement après le grand Molière; Fabre d’Ëglantine, dont le style fougeux et brutal rappelle trop ses propres fureurs, imprima cependant à la comédie ce caractère d’énergie, de franchise et d’éloquence, qu’elle n’avait pas connu dc]uiis /e Misanthrope. Le plan de son Philinte
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cal im chef-<rœuvi'e ; la dureté de la diction n’empéclie point que l’on ne sente le mérite de cette chaleur continue, de ces grands effets de scène, de ces caractères fièrement tracés, qui maintiendront au nombre des productions dont l’esprit liiimain a droit d'être fier, le Philinte ou plutôt VEgohIe de l•'abrc d’iiglanline.
On avait besoin de se reposer après des émotions si fougueuses ; des génies ]diis doux s’élancèrent bientôt dans une carrière nouvelle, t'olliu d'IInrlevillc conserva une nuance aimable de la naïveté de I.a roniaine : il fut naturel, et manqua de gaieté et de force. On peut le juger d’après son fieux Célilmlaire. C’est nu portrait heureux et fidèle, où tout n’est pas de la comédie, où les traits sont plus doux qu’acérés, et où le drame se mêle inopinéuieiit au .sujet le plus csscnticlleiiient comique. Collin ne mit point assez de vigueur dans ces leçons, auxquelles l'abre d’Églantine prêtait une iiiqiétimsitc trop violente.
Je ne séparerai point de leur ami commun deux autres favoris de Thalie, rautciir des Étouiriiset celui de Médiocre et naiiipiml. Si, il’après tout ce que les anciens ont écrit, on peut se faire une idée de ces grâces mêlées de francliisc et de Hnesse, de délicatesse et de bonhomie, qui caractérisaient Ménandre, on retrouve précisément la réunion de ces qualités dans les deux principaux ouvrages dramatiques de M. Andrieux, le Trésor et les Etourdis. Les Cajj^ulations de conscience, comédie très mal jugée selon moi, et dont la donnée était si neuve et si vaste, se distinguent, comme la
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plupart (les pièces de M. Picard, par un dialogue vif et naturel, et par une foule d’observations malignes, ]>riscs dans la nature, telle que la société nous l’a faite.
Les DeiLx Getuli'es reposent sur une idée pliiloso(diique et morale; c’est un des beaux ouvrages de la scène uiodcmc. Les caractères y sont de l’époque, et les traits comiques de tous les temps.
Dans le Tyran Domestiqur, la critique reconnaît un portrait de famille habilement tracé, beaucoup d’adresse, et sur-tout le talent peu commun des combinaisotis dramatiques; celui peut-être qui décide le plus impérieusement du succ(';s au théâtre, pareequ’il inspire au spectateur la curiosité lapins vive et l’intérêt le plus puissant.
Tel est à-peii-pri's le bilan de nos principales richesses dramatiques depuis la révolution. Il suffit d’y jeter un coup d’tcil poui se convaincre de la justesse de l’observation qui sert de base à ce court prcainbule de mes comédies. C’est <pie la l'rance est le pays du monde où la muse couii(|uc a produit les plus nombreux et les plus beaux ouvrages. Encore dans cet aperçu rapide n’ai-je pu rendre justice (pi’aux chcfs-d’tcuvrc , et n’ai-je pas dû citer un grand nombre de pièces distinguées seulement par un beatt talent poétiipic, une brillante facilité de versification, ou même par une foule d’aperçus délicats, et auxquelles il ne manque qi^j|p plan, un but, et des proportions plus régulières.
L’HÉRITAGE
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