PRÉAMBULE
Un homme que l’on n'accusera ni de libéralisme, ni même de philosophie, avait, avant moi, deviné le sujet de cette comédie, que j’offre aux lecteurs, frappée de l’ostracisme de la censure; cet homme, qu’on pourra s’étonner de voir cité à propos d’une pièce de théâtre, est le vénérable Massillon.
« Les cours, dit-il, sont pleines de mauvais offices; c’est » là que toutes les passions se réunissent pour s’entre-chou quer et se détruire; les haines et' les amitiés y changent «sans cesse avec les intérêts; il n’y a de constant et de U perpétuel que le désir de se nuire: les liens, meme du «sang, se dénouent; Vami, selon Jérémie, ^ marche frau- « duleusement sur son ami; le frère y supplante son frère: l’an U de tendre des pièges n’y déshonore que par le mauvais «succès; enfin la vertu elle-même, souvent fiiusse, y de- U vient plus à craindre que le vice, n
Tel est le tableau de l’auteur du Petit-Carême; voici le mien : on jugera lequel du prédicateur ou de l’auteur comique a jugé le plus sévèrement ces sommités de la société.
Massillon ne voit qu’hypocrisie dans les palais, que perfidie, que perversité sous la pourpre. — Je montre un jeune monarque dans cette atmosphère de corruption, échappant aux pièges de l'intrigue, au poison de la flatterie par l’énergie naturelle d’une auie sensible et généreuse. — Pour Massillon, la vertu n’existe pas dans les cours; l’air contagieux qu’on y respire détruit dans son germe tout sentiment honnête. — Je ne crains pas de faire jaillir de
PRÉAMBULE, cette source impure plusieurs caractères pleins de franchise et de véritable (;randeur; c’est au sein d’une cour que je montre le triomphe des plus nobles passions sur les combinaisons midiipliécs de riniérêt et de la ruse.
Sans m’abandonner de nouveau au sentiment d'indigna- <>
lion qu’inspire à tout écrivain l’odicusc partialité de la censure, je nie contente de faire observer que ma pièce n’a aucune espèce de rapport avec le temps où nous vivons; qu’elle ne présente que des fanlAiiies historiques, sans modèle sur la scène actuelle du monde, "et que mes juges n’ont pas même, cette fiiis , l’excuse d’avoir eu peur de leur ombre. En effet, que craignaient-ils? des allusions? Grâce s au ciel, nous n’avons plus ni maîtresses en titre, ni grands seigneurs en conspiration permanente contre les vrais intérêts du trùne, ni ministres intrigants prêts à tout sacrifier, honneur, fidélité, patrie, pour conserver leur place; ni courtisans proxénètes, ni Figaro politiques, ni délateurs à titre d’office : ma pièce n’est donc qu’une galerie de vieux portraits; elle ne s’adresse à rien, ni à personne.
Mais en accusant la ccn.sure, je ne dois pas chercher à me disculper d’avoir produit avec intention surla scène, un roi que l'Iiistoirc a surnommé le Prince parfait, ami de son peupleet de la vérité, au dessus de son siècle parseslumières, au-dessus de sa cour par son caractère et ses vertus. Je dois convenir qu’on peut me soupçonner de qiiclqueallusion, pour avoir jirésenté la sœur du monarque comme un modèle achevéde toutes les qualités qui font adorer la grandeur. Je ne nierai point que je n’aie voulu tracer d’après nature, et dans un tableau de la cour, les portraits d’un gouverneur bomnie de bien , d’un ministre plein de franebise et de probité, d’une jeune fille belle à-la-lbis d’innocence et d’amour, d’un soldat dévoué à son prince, mais plus fidèle encore
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au devoir et à l'honneur. Tels sont mes véritables torts aux yeux de la censure ; que penser d’une inafjislralurc littéraire qui redoute de pareilles applications.
Les mœurs et les intri^^iies d’une cour du bon vieux temps m’offraient un tableau plein de mouvement et d’ori- {yinalité, et dans ce conflit de caractères, de situations et de sentiments, j’avais cru trouver le moyen d’adopter pour ma pièce une marche nouvelle : aussi les critiques trouveront-ils que ce drame est conçu, dans quelques unes de ses parties, d’une manière peu conforme aux règles adini.ses. La représentation pouvait seule justifier ou cond.amner mon audace. Cependant j’avais eu quelques modèles encourageants sous les yeux. Beaumarchais, dans ses Noces de F'ujaro, la plus forte des pièces d’intrigue, et M. Lemercier, dans son ingénieuse comédie de Pinto, avaient ouvert la route où je suis entré sur leurs pas, et que Shakespeare avait parcourue au hasard.
Plus j’ai senti les exigeances de mon sujet, et plus je me suis convaincu qu’il avait besoin du cadre de la scène. On n’a pas permis que ma pièce fût représentée; on l’a soustraite à ses juges naturels ; c’est devant un public plus juste peut-être, mais aussi plus sévère, parccqu’il est sans émotion, qu’il appartient maintenant de porter sa sentence.
PERSONNAGES
JUAN H, roi de Portugal.