‹ Œuvres complètes d'Étienne Jouy ... avec des éclaircissements et des notes. Tome 1 27 Theatre. Tome 3Chapitre 305 sur 382 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

CADAVAL, DON LOPKZ üZOlUü.

C ADAVAL.

C’est vous, don Lopez Ozorio? On ne vous a donc pas prévenu que le roi ne travaillait pas avec vous ce matin.

UON LOFEZ.

Je le sais; mais j’ai voulu te voir un moment seul, avant que la foule des courtisans n’arrivât.... Cadaval , vous m’aviez promis de me tenir au courant de l’intrigue qui s’ourdissait ici contre moi.

LES INTRIGUES DE COUR

CADAVAl.

Et VOUS, excellence, ne m’aviez- vous pas fait la promesse de me donner le prieuré de Santo-I^adron pour lequel vous avez proposé un autre titulaire?

DOS LOPEZ

Que veux-tu, mon ami; il y a tant de {jens d'importance qui ne sont bons ni à l’épée, ni à la plume, ni au commerce, ni aux arts, qu’il faut bien en faire des abbés ou des moines; mais, crois-moi, tu n'auras rien perdu pour attendre.

CAD AVAL

Il n’en est pas ainsi de vous, seigneur don Lopez; car il parait que le roi est décidé à accepter votre démission de la présidence du ministère.

DOS LOPEZ

Qu’est-ce à dire?accepter ma démission ! je ne la donnerai point.

CAD AVAL

Votre excellence sait bien qu’en fait de démission, sa majesté , pour l’accepter, n’attend pas toujours qu’on la donne.

DON LOPEZ

Mais enfin le motif de cette disgrâce?

CAD AVAL

Faut-il vous le dire? le roi est jeune, il aime le mouvement, l'éclat, les plaisirs, et vous avez conservé les mœurs sévères de l’ancien régne; vous affichez des dehors austères; tout en vous ( jusqu’à ce costume du temps d'Alphonse l’Africain, auquel vous êtes resté fidèle) semble faire la critique des mœurs élégantes de la nouvelle cour.

398 LES INTllIGUES DK COEK.

DON I. O V ET., liant.

Comment, mon rher! il se pourrait que la sévérité de mes mœurs, que l’austérité de mes principes, fût la cause de ma disgrâce?

CADAVAL

Je n'en doute pas.

DON LOPF.Z.

Le roi aurait pu être dupe des efforts que j’ai faits pour me conformer aux goûts de son auguste p're? Aussi long-temps qu’Alphouse fut possédé de la fureur de guerroyer contre les Sarrasins d’Afrique, je crus de mon devoir de ministre d'afficher le mépris du repos, du luxe, et des plaisirs delà paix; quand il revint dévot delà cour de Louis XI, peu s’en fallut qu’à son exemple je ne me fisse cordelier; mais toutes ces métamorphoses ministérielles n’empêchent pas que je ne sois le plus grand joueur, le meilleur convive, et le seigneur le plus galant du royaume.

De la fausseté, de l’hypocrisie., seigneur don Lopez!

DON LOI'EZ

Non pas, c’est de la politique, mon ami; demande plutôt à Codillar; ou, si tu veux des informations plus directes, interroge les femmes les plus aimahlcs de la cour et de la ville... mes aventures ne sont que trop connues.

CADAVAL

Peut-être aussi .sont-elles ouhliées?

DON LOfEZ.

En connais-tu de plus récente, de plus scandaleuse, entre nous, que celle de la segnora Isahella Suzo?

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