SCÈNE I
l'LOlUDA, CÉLESTINE PÉLICASA.
CÉLESTINE
Mademoiselle , je VOUS assure que la priucesse vous saura très uiauvais gré de le recevoir.
FI.ORIDS.
De recevoir iiioii père? S'il était possible que cette action ne fût point approuvée par son altesse, je me consolerais pour la première fois d'avoir pu lui déplaire; mais, Célestine, eomincnt aurais-je une pareille crainte, quand c’est à sa gouvernante, à la marquise d’Oropéza, que je suis redevable du bonheur dont je jouis?
CÉLESTIXE.
Je l’aurais parié... Senbora, croyez-moi, cette faveur de la noble duègne est un nouveau piège.
FI.ORIDA.
S’il en est ainsi , mon cceur vole au-devant.
CÉI.ESTINE.
Eli bien! dans un jour qui va décider de votre sort, et ( qui sait? peut-être)de celui du royaume, il ne m’est plus permis de garder le silence; je dois vous faire connaître votre position. Le roi vous aime....
Vous croyez, Célestine?
LES INTUIGUES DE COLin.
CELESTINE.
Cei'tniiiemeiit je le crois; dcniaia toute la cour le croira comme moi, et demain les courtisans seront à vos yenoux. La marquise le sait; elle prévoit que cet amour doit achever de lui faire perdre le reste de son crédit; elle vous hait, elle veut vous éloigner du roi, et l’arrivée de votre père à Lisbonne est le plus innocent des moyens qu’elle emploie pour se venger de vous, de don Juan, et même de la princesse Diane.
FLORIDA
La marquise veut m’éloigner de la cour!.... ah! que n’ai-je la force de le vouloir moi-inênie!.... Je prévois trop, Célestine, les malheurs qui m'attendent dans ce séjour; je n’y connaitrai plus que les larmes....
CÉLESTItiK.
Vous en verserez beaucoup, c’est possible; on ne pleure jamais tant que dans l'âge de l'e-spéraiicc; mais combien de coiisolalioiis l'amour-propre, ramour, et la fortune s’empresseront de vous offrir!
FLORIDA
A quel prix ?
CÉLESTINE
11 y a beaucoup de choses à dire là-dessus, je le sais; et j’ai sur l'honneur de notre sexe des principes aussi sévères qu’une autre; cependant on ne peut se dissimuler qu’on rencontre parfois sur sa route des écueils où se brisent notre courage et notre volonté; je me suis amusée quelquefois à faire , en idée , mes épreuves sur moi-même; je me suis demandé ce que je répondrais, par exemple, à un roi, jeune, aimable, fidèle, qui vien-