PRÉAMBULE
Trois fois repoussé de la scène par ce géant, ou plutôt parce nain aveugle qu’on appelle censure, j’éprouvai plus de peine que de surprise, en voyant que le même sort avait été réservé à une comédie qui m’avait coûté plus d’une année de travail. On jugera des motifs de cette nouvelle per-s sécution par la lecture de cette pièce, et on appréciera^de nouveau la justice de l’inquisition littéraire, à laquelle les auteurs dramatiques sont aujourd'hui soumis en Fronce.
L'ne jeune hile immensément riche est placée au centre d’une société brillante, et attire les hommages intéressés de tout ce qui l'cuvironne. Autourd’elle, l’intrigue , l’ambition, la ruse, l’orgueil, et la bassesse, se groupent de mille nranières. Tout-à-coup la jeune héritière, par unede ces péripéties dont la fortune est prodigue, voit passer entre de^ mains plus dignes de les posséder, ces richesses dont elle était si Kère. Ce sujet, qui me parut éminemment dramati(|ue, est celui que j’ai traité dans ma comédie de VJféritage.
J’y trouvais à-la-fois l’intérét du drame, et l’occasion de reproduire, avec toute lu fidélité dont j’étais capable, le tableau de nos moeurs actuelles, le ton, le langage, les manières de ce qu’on est convenu d’appeler la bonne compagnie; en un mot, j’espérais, comme l’a si bien dit Shahcs/K'aiv, pnisenler un tniroir à mon époque:
Taking the forin ami pressure of the limes, et j’intitulai ma pièce ; Le» Mœurs du temps.
Déjà un général étranger, connu par ses revers dans la giieire d’Amérique, et qui se consolait à Londres, par de
la PRÉAMBULE,
petits succès de théitre, de sa terrible défaite il Saratoga, le général Burgoyne avait conçu l’idée de présenter sur la scène une liéritièrcentouréede soupirants avides. Je ne me serais fait, je l’avoue, aucun scrupule du lui emprunter un mot piquant, un caractère neuf, une scène, ou même une situation inlére.ssante, si je les eusse trouvés dans son ouvrage ; les emprunts à l’étranger n’ont jamais été regardés comme un plagiat; mais en suivant l'exemple qu’ont donné sisouventles auteurs anglais, j'aurais tâché du moins de me souvenir de ce qu’ils ont si souvent oublié, et j’aurais eu soin de signaler mes emprunts, et de reconnaître mes dettes.
Malbcureuscmcnt pour moi, telle est la complication d’intrigue de la pièce anglaise; telle est la nuance exagérée des caractères qu’elle renferme, que, tout en travaillant sur la même idée première, je me suis vu forcé de m’écarter avec plus de soin de l’ouvrage de Burgoyne, que je n'en eusse mis à le suivre, si j’avais voulu l’imiter.
PERSONNAGES
SOIilVARD, riche parvenu.
ERNESTINK, fille de Solivard.
M.\U REVERS, tuteur de Félicie.
FELICIE, demoiselle de coiiipafjnie d’Ernesline.
Le co.mte de SERVIERE, homme de qualité.
La baronne de SAINTE-ALl'llÉGE, ami du comte. Le bailli de MüNTJOIE, grand bailli de Malte. AMEDÉE de MONTJOIE, neveu du bailli, amant de Félicie.
PRÉVAL, amant d'Ernestine.
CHAMPELÉ;, généalogiste.
Le chevalier D’ÜRFEEIL.
F’ORTIN, valet de chambre.
Un notaire.
La scène se passe à Paris dans riiùtel de Solivard.
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L HÉRITAGE
COMÉDIE