AMÉDÉE, FÉLICIE
FÉLICIE
Ah ! ne me suivez pas, monsieur, je vous supplie;
On peut....
De grâce, un mot; un seul mot, Félicie!
Voulez-vous m’enlever la seule occasion?....
FÉLICIE
Qu’est-il besoin, monsieur, d’une explication?
Notre rencontre ici n’en demande point d’autre.
Pour juger à-Ia-fois ma conduite et la vôtre.
AMÉDÉE
La mienne! quel reproche ai-je donc mérité?
J’interroge mon coeur avec sincérité;
Je n’y vois que des torts que l'amour justifie.
J'ai tort de vous aimer avec idolâtrie ,
D’avoir placé sur vous mon espoir, mon bonheur.
De me complaire encor dans ce rêve enchanteur. Quand vous avez trahi la plus sainte promesse.
Quand vous m’abandonnez pour prix de ma tendresse FÉLICIE.
Je croyais ma démarche à l’abri d’un soupçon;
L’HÉniTACE.
Sans doute il vous convient d'y voir un abandon.
Me fuir, n’est-ce donc pas prouver votre inconstance? FÉLICIK.
Vous me devez du moins quelque rccounaissancc Pour une liberté dont vous usez si bien :
Car, sans vous imiter, sans me plaindre de rien.
Je puis croire en ces lieu.’c, où l’on vous rend justice. Que votre cœur s’impose un bien (jrand sacrifice.
AM ÉDÉE.
Félicie, est-il vrai? vous avez pu penser Que dans cette maison je venais encenser Cette idole du jour, qu’une foule envieuse....
FÉLICIE
Emestine est aimable....
Elle m’est odieuse;
Et devant cent témoins je vais le déclarer!
FÉLICIE
Cet affront....
AM ÉDÉE.
C’est le mien ; je cours le réparer.
FÉLICIE, l'arrclant.
Sonjjez qu’un tel éclat pour jamais nous sépare.
A M É D É E , tendrement.
Eh bien! renoncez donc à ce projet barbare De me fuir... et sur-tout ne soupçonnez jamais Que je puisse trahir le serment que je fais De vivre en vous, pour vous; de consacrer ma vie A mériter le bien, le seul bien que j’envie;
Cet aveu de l'amour, vous l’avez exprimé;
L’HÉRITAGE
Ah ! je vous aime trop pour n’être pas aimd!
Mo» ca'ur vous est ouvert, et vous pouvez y lire Qu’un inêiiic sentiment et m'anime et m’inspire.
Mais nous avons tous deux des devoirs à remplir; Aidons-nous l’un et l’autre ü les mieux aeconiplir.
Un oncle re.spcetable éleva votre enfance;
Il recherche pour vous une riche alliance Qui rende ù sa maison l’éclat qu’elle a perdu.
AMÉDÉE
Ne continuez pas; j’ai fort bien entendu L’ordre que sans pitié votre bouche m’annonce :
Je laisse à votre cœur le soin de ma réponse.
Si quelque Solivard, jetant sur vous les yeux,
Vous offrait les trésors d’un hymen odieux.
Voyons, que feriez-vous?....
FÉLICIE
Mais je crois que. ..je pense...
D'ailleurs considérez combien de différence...
AMÉDÉE
Aucune... pardonnez, j’en vois une entre nous:
Plus soumise que moi, j’ai plus d’amour que vous. FÉLICIE.
Dites , moins de devoirs.
Ainsi, mademoiselle.
Si, comme la baronne en sème la nouvelle.
L’honorable intendant de monsieur Solivard Osait porter sur vous un insultant regard,
Vous pourriez consentir....