‹ Œuvres complètes d'Étienne Jouy ... avec des éclaircissements et des notes. Tome 1 27 Theatre. Tome 3Chapitre 61 sur 382 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

le bailli, amédée.

LE BAILLI

Dirait-il vrai, monsieur, une fois dans la vie?

D’être sajje un moment vous prendrait-il envie? Quand il dépend de vous d’écarter cent rivaux , D’obtenir de grands biens, d’assurer mon repos. Quand vous pouvez ici, par un bon mariage.

De vos nobles aïeux recouvrer l’héritage, Pouvons-nous espérer enfin que mon neveu A son propre bonheur donnera son aveu?

A.MÉDEE. ,

Peut-on, sans vous fâcher, parler votre langage? C’est vous qui desirez un pareil mariage?

C’est vous qui, sans respect et du nom, et du rang, Consentez à ternir l’éclat de votre sang?

Qui voulez que l’hymen , ô comble de disgrâce ! Unisse un Solivard à votre illustre race?

LE BAILLI

Ton père t’a frayé cet ignoble chemin :

N’a-t-il pas épousé la fille d’un robin?

N’a-t-il pas partagé la commune démence?

Et lorsque la noblesse abandonnait la France Ne s’est-il pas rangé parmi ses ennemis Sous le prétexte vain de servir son pays?

i;m:iuTAùii:.

Ho

N’a-t-on pas vu, trontc ans, le iiianpiis de Moiitjoie Dans la inéine eari ière où son tils se fourvoie,

An.\ intérét.s du peuple associer le sien Pour mériter le nom de soldat citoyen ,

Jusqu’au jour où prenant le roi des fous pour {;uide. Et tout fier d’avoir vu la (;rande pyramide.

Il eut l’honneur nouveau pour un nohle aiqjevin De se faire assoniiner par (pielquc llédouin?

Do mon père, monsieur, respectez la mémoire:

Je ne souffre jatnais qu’on attaque sa gloire.

LE IIAILLI.

Ni moi nou plus, parbleu. Tu sais si je l'aimais Ce cher frère, si brave et si généreux ! mais C’était un philosophe, un libéral; en somme Il avait oublié qu’il était gentilhomme;

Et tu n’es aujourd’hui qu’un pauvre colonel.

A.MÉDÉE

Mon oncle, j’ai pour moi l’exemple paternel.

LE DAILLI.

Avec ta demi-solde!... aimahle perspective!

Et tu dédaignerais le bonheur qui t’arrive,

Quand tu peux de l’hymen en formant les liens A défaut d’uii gi and nom recouvrer de grands biens? AMÉDÉE.

Itaisounons froidement; j’adore Félicie.

Esprit, grâce, beauté, talent, et modestie.

Elle a tout.

LE BAILLI

Je le crois; mais lais.sons les grands mots : L’emphase est la raison des amants et des sots.

ACTi: m, set; N K iv.

Songe bien t|u’Ernestiiie à tes yeux représente Des hôtels, des chevaux, cent mille écus de rente:

Et ta maîtresse avec.... ( car aujourd'hui, vois-tu ,

On sait le prix de tout, même de la vertu :)

Je ne te parle pas, tu ne m’euteudrais guères.

Du plaisir de rentrer au château de tes pères.

Et hientüt, recouvrant tous nos droits féodaux.

De gouverner en ])aix un peuple de vassaux.

Je voudrais mériter un plus hrillani éloge :

Dois-je compter le temps par les sons d’une horloge? Renoncer à l espoir de m’illustrer un jour?

Mon oncle, j’ai besoin de périls et d'amour;

J’ai besoin à mon tour d’attacher quelque gloire Au nom par mes a'ieux consacré dans l'histuire :

Avec la même ardeur dont mon cœur est épris Je veux idolâtrer ma femme et mon pays :

Ah! si vous connaissiez celle....

LE B.VILLI.

Je la devine!

J’en conviens, si tu veux: Eélicie est divine.

AMÉDÉE

Comment! divine!... elle est...

LE BAILLI

Voyons, trouve donc mieux:

Cette merveille enfin, ce chef-d’œuvre des cieux N’a pas le son; son nom, Eélicie, Eulalie....

A moins que d’être fou , mais do ces fous qu’on lie ,

Tu ne prétendrais pas l’épouser?

Supposons

TllCATAK. T. lit. 6

IvIIÉHITAGt;.

Que je puisse jamnis eéder à vos raisons ; Pensez-vous qu'Ernestine aujourd'hui me préfère Entre tant de rivauv?...

LE BAILLI

Ceci, c’est mon affaire ;

Avec moi Solivard à-peu-près enjjagé Au freluquet Préval a donné son congé...

Pour laisser le champ libre à monsieur de Servière; Le comte avant huit jours épouse l'héritière;

C'est moi qui vous le dis : j’ai, pour garants du fait, La baronne, l’orgueil, l'intrigue et l’intérêt.

LE BAILLI

Je connais bien le comte : et de lui, sans surprise.

Je crois tout, excepté pourtant une sottise.

Illustre par son nom, par son rang; gorgé d’or, Égoïste parfait.... que lui faut-il encor?

D'ailleurs, ainsi que moi, lié dès sa jeunesse Par les vœux de mon ordre....

AMÉDÉE

Excellente promesse!

Et qui doit arrêter un homme tel que lui?

Il a besoin d'argent: et je sais qii’aujourd'hui Un de ces créanciers, gens armés d’impudence. Contre sa seigneurie obtient une sentence.

LE BAILLI

c’est indigne!.... mais moi je le fais expliquer;

Et devant Solivard je prétends l'attaquer;

Je lui dirai son fait....

A.MÉDÉE

Peine très inutile.

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