NOTICE SUR JEAN JOUVENET
Jean Jouvenet, que l’on peut, citer comme un des premiers peintres de l’école française, et placer immédiatement après le Poussin, le Sueur et Lebrun, naquit a Rouen en i6/|4- Son père, Laurent Jouvenet, peintre de cette ville, mais d une famille originaire d Italie, et depuis longtemps appliquée aux beaux-arts, lui donna les premières leçons de dessin. Son aïeul, Noël Jouvenet, avait eu l’avantage d’en enseigner les éléments au Poussin, son compatriote.
La nâture avait doué Jean Jouvenet d’une grande vivacité de génie, et surtout de cette facilité d’exécution qui caractérise toutes les produclions de son pinceau. Il vint à Paris a dix-septans, mit toute son application à l’étude delà nature, et se forma sans maître. A vingt-neuf ans, il se fit connaître par un tableau, où l’on admirait également la fierté du dessin , la richesse de la composition et l’entente du coloris. Il le peignit pour l’église Notre-Dame : le sujet est la Guérison clu paralytique.
Charles Lebrun, que quelques écrivains ont faussement accusé d’être jaloux des artistes dont Je talent pouvait rivaliser avec le sien, fut un des premiers à reconnaître et à faire valoir le mérite de Jouvenet ; il le présenta lui-même à l’Académie, qui le reçut en 1675 : Jouvenet avait alors trente et un ans. Son tableau de réception est Esther devant Assuérus. Il se ressent de la manière du Poussin; c’était un des plus beaux de la salle des académiciens. Peu de temps après, Jouvenet fut nommé professeur de l’école du modele, animant les élèves par son assiduité et son exemple, autant que par ses leçons; quelque temps ensuite directeur, enfin, recteur perpétuel.
Il venait de terminer une Descente de croix (1) et le Martyre de saint André aux Capucines, le Martyre de saint Ovide à Saint-Roch, et trois plafonds à 1 hôtel de Saint- Pouanges , lorsqu’il entreprit les quatre fameux tableaux de Saint-Martin des Champs (2), ouvrages qui, pour la beauté de l’ordonnance, le mouvement et 1 expression des personnages, la vigueur de l’effet et la fermeté de la touche, sont dignes d être places près de ceux des plus grands maîtres. Louis XIV ayant voulu les voir avant qu ils fussent exposés au lieu de leur destination, on les lui porta à Trianon; et il en fut si satisfait, qu’il ordonna au peintre de les recommencer pour être exécutés en tapisserie. Au lieu de
(t) Voyez planche 8.
(2) Voyez planches, 1, 2,3 e* 4.
JOUVEiSET.