NOTICE SUR JOUVENET
Ce tableau est d’une composition riche et singulière, d’un grand goût de dessin et d’un ton vif et harmonieux. Il n’eut pas la satisfaction de le voir mettre en place, étant mort quelques jours après l’avoir terminé , en 1717, âgé de soixante-treize ans. Il était resté longtemps veuf, et ne laissa que des filles. Il eut trois frères, dont l’un mourut au service de l’électeur de Hanovre, pour lequel il avait fait plusieurs ouvrages estimés; un autfe était mort très-jeune. Le troisième s’était adonné au portrait, et avait été reçu à l’Académie.
«louven et était grand et bien fait; il avait des traits mâles; ses yeux annonçaient un esprit vil et pénétrant, un jugement solide. Il joignit à une mémoire heureuse une conversation aimable et enjouée : ces qualités étaient soutenues par la franchise du caracière et par des sentiments de probité qui le firent aimer de tout le monde.
On remarque dans les ouvrages de ce peintre une manière fière et ressentie, des attitudes vraies, des expressions vives, un dessin ferme et assez correct, qui ne laisse à désirer qu’une plus grande pureté de contours et des formes un peu moins heurtées; sa composition est riche et abondante, ses effets de lumière sont largement prononcés, son clair-obscur est bien entendu, son coloris, auquel il manque un peu plus de finesse, de transparence et de variété, est chaud et vigoureux; et, sous ce rapport, il paraît remporter de beaucoup sur les trois plus grands maîtres de notre école, le Poussin, le Sueur et Lebrun, auxquels seuls il est inférieur pour la noblesse et la pureté du style.
II a egalement traité les sujets de sainteté et d’histoire, l’allégorie, le portrait ; il préférait les grandes compositions aux tableaux de chevalet : aussi a-t-il peu laissé de ces derniers. L donnante facilité et la promptitude avec laquelle il opérait lui ont fourni le moyen d’achever les entreprises les plus importantes : le nombre de ses tableaux est considérable.
Outre ceux que nous venons de citer, ou dont la gravure est jointe à celte notice, Jouvenel peignit 1 Annonciation , une Nativité , l’ Adoration des Mages , dans l’église des Jésuites, et la Famille de Darius , pour la même maison ; un Crucifiement dans le couvent des Fillesde-la-Croix , rue de Cbaronne; X Extrême-Onction , dans la salle des Marguilliers, à Saint- Germain- P A uxerrois ; dans l’église des Grands-Augustins , l 'Ombre de saint Pierre qui guérit les malades; à Saint-Paul, I Ascension de Notre-Seigneur ; aux Quatre-Nations, trois grands ronds au-dessus des trois autels; à l’hôtel Saint-Pouanges, outre les trois plafonds dont nous avons parlé, un tableau représentant le Sacrifice d'Iphigénie ; dans l’église de Saint-Etienne, Notre-Seigneur au Jardindes Oliviers; dans l’ancienne paroisse de Versailles, a la chapelle de Saint-Nicolas, trois tableaux de l’histoire de ce saint. Jouvenet peignit encore plusieurs tableaux pour la décoration des châteaux de Versailles, de Trianon, de JVleudon et de Marly.
Son tableau de la Descente de Croix ej; celui de Y Extrême-Onction ornent la première salle de la grande galerie du Musée royal. On y a joint un fort beau tableau de chevalet, représentant 1 intérieur de 1 eglise de Notre-Dame. Il le fit pour un chanoine de ses amis, qu’il y a peint descendant de l’autel.