VIE D’EUSTACIJE LE SUEUR
fermant à clef; mais ce ne fut qu’après sa mort que ce grand peintre fut si indignement outragé dans les productions de son génie.
Comme on lui parlait un jour des peines que lui suscitaient ses rivaux, il lui échappa de dire : « .1 ai toujours tout fait, et je fais tout encore pour m’en faire aimer. Est-ce donc « un crime detre studieux, de chérir son art, et de faire ses efforts pour y faire le mieux « possible? »
Au surplus, les ennemis de le Sueur étaient probablement les mêmes qui avaient persécuté le Poussin durant le court séjour qu’il fit en France, où l’avaient appelé les ordres du roi. A cette époque, le Sueur avait vingt-trois ou vingt-quatre aus : il fut connu du Poussin; et ce grand peintre, qui avait pour lui beaucoup d’amitié, admirait déjà ses premières productions. Le Poussin, de retour à Rome, se donnait la peine de faire des croquis des tableaux qui respiraient le plus le style antique-, et les envoyait à le Sueur. On a attribue a ces études, qui étaient conformes à son goût dominant , celui qui caractérisé ses ouvrages; car. sans avoir voyagé en Italie, il n’en a pas moins su empreindre ses tableaux de cette simplicité naïve et de ce grandiose qui le distinguent parmi les peintres français de son siècle.
Les dessins de le Sueur sont conservés avec soin dans les cabinets des amateurs. Le célèbre Girardon , sculpteur, en possédait plusieurs des plus considérables. Ces dessins sont pour la plupart à la pierre noire., sur papier gris, avec un léger lavis à l’encre de la Chine, et rehaussés de blanc. Les contours en sont purs et élégants, et la touche en est légère. D autres sont à la sanguine, ou présentent de simples croquis à la mine de plomb. On voit encore de lui des esquisses à la gouache ou à l’huile, qui sont d’une grande beauté. On y retrouve ces airs de têtes, cette douceur, cette simplicité gracieuse, cette manière de draper, noble et élégante, qui font reconnaître le Sueur jusque dans ses moindres ouvrages.
On a beaucoup gravé d’après lui , il a lui-même gravé à l’eau-forte une sainte Famille.
Eustache le Sueur, originaire d’une famille probe, dont les aïeux avaient mérité des récompenses dans le militaire et dans la robe, dans les lettres et les beaux-arts, mourut sans enfants, mais laissa des neveux. M. le Sueur, membre de l’Académie des beauxarts (composition musicale) de l’Institut de France, descend de cette famille en ligne directe. Nous pouvons citer un autre descendant parles femmes, M. de Normandie, ancien directeur général de la liquidation de la dette publique.
C est M. le chevalier le Sueur qui nous a fourni quelques-unes de ces particularités, dont il a conserve les titres ou la tradition, et que l’on ne trouve dans aucune des biographies d’ Eustache le Sueur.
Nous nous sommes abstenus de citer dans cette courte notice les autres productions de ce grand peintre et les remarques dont elles peuvent être l’objet, parce que nous offrirons a la suite de sa vie la collection de son œuvre, aussi complet qu’il nous a été possible de l’obtenir.