CHAPITRE PREMIER
Tous les hommes dans Fetat de société peuvent^ils éU'e
paiement heureux ?
WuLLE société cil tous les citoyens puissent être égaux en richesse et en puissance (i). En est-il où tous puis* sent être égaux en bonheur ? c'est ce que j'examine.
Des lois sages pourraient sans doute opérer le pro* dîgè <J'tine félicité universelle. Tous les citoyens ont-ils quelque j^rbpriété ? tous sont -ils dans un certain état d'aisance , et peuvent-ils , par un travail de sept ou huit heures, subvenir abondamment à leurs besoins et à ceux de leur famille ? ils sont aussi heureux qu'ils peuvent l'être.
Pour le prouver, sachons en quoi consiste le bon- Ci) Point de calomnie dont en France le clergé n^ait noirci les philosophes. Q les accusait de ne reconnaître aucune sup^iorité de rang , de naissance et de dignité. Il croyait , par ce moyen , irriter le puissant contre eux. Cette accusation était heureusement trop ▼ag«c- e| trop ridicule. En effet , sous quel point de tue un philo* sophç s'égfiierait-il au grand-seigneur? ou ce serait en qualité de chrétien , parce qu'à ce titre tous les hommes sont frères ; ou ce serait en qualité de sujet d'un despote , parce que tout sujet n'est devant lui qu'un esclave , et que tous les é^clcrves sont essentiel lement de même condition. Or » le$ philosophes ne sont apôtres ni du papisme ni du despotisme 3 et d'ailleurs , il ne doit pas y avoir en France de des* pote. Mais les titres dont on y décore les grands seigneurs sont- ils autre chose ^e les joujoux d'une vanité pXiérile ?
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heur da partîcnlier. Cette connaissance prelîminaîre est la seule base aur laquelle on poisse ëdifier la félicité nationale.
Une nation est le composé de tous ses citoyens; et le bonbeur public, le conipo^ de tous les bonheurs particuliers. Or, qu'est-ce qui constitue le bonheur de l'individu?
Qu'on interroge la plupart des hommes. Pour être également heureux 9 diront-ils, il faudrait que tous fussent également riches et puissans. Rien de plus faux que cette assertion. En effet, si la vie n*est que le composé d'une infinité dlnstans divers, tous les hommes seraient également heureux , si tou» pouvaient remplir ces instans d'tme manière également agréable. Lepeut-^ on dans les différentes conditions? Est-il, possible djr colorier de la même nuance de félicité toi|S les momens de la vie humaine ? Pour résoudre cette question , sachons auparavant dans quelles occupations différentes se consomment nécessairement les diverses parties de la journée. .