CHAPITRE m
Des causes du malheur de presque toutes les nations.
Le malheur presque univereel des hommes et des peuples dépend de l'imperfection de leurs lois et du partage trop inégal des richesses. Il n'est, dans la plupart des royaumes, que deux classes de citoyens : Tune qui manque du nécessaire , Taûtre qui regorge de superflu. La première ne peut pourvoir à ses besoins que par uù travail excessif. Ce travail est un mal physique pour tous : c'est un supplice pour quelques-uns. La seconde classe vit dans l'abondance, mais aussi dans les angoisses de l'ennui (i). Or, l'ennui est un mal presque aussi redoutable que l'indigence.
(i) Â coinbîen de maux , outre ceux de Fennui , les ricbes ne sontiU paii sajeu? Qno d^ioquiètndes et de soîos pour accroître «t oon»server une grande fortune ? Qu^est-ce qu'un riche ? c'e^t Tiotandant d'une grande maison , chargé de nourrir et d^habiller le3 Valets qui le déshabillent. Si ses domestiques ont du pain assuré pour leur vieil' lesse , et s'ib n'ont pas partagé aveé le\ir maître i^naui ée son désœuvrement , ils ont été mille fois plus heureux, le bonheur d'un opivlent est une machine compliquée à laquelle il y a toujours k refrire. Pour être constamment heureux , Il faut Tétre à peu de frais.
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La plupart des empires ne doivent donc être peuplés que d'infortunés. Que faire pour y rappeler le bonheur? diminuer }a richesse d%s una, augmenter celle des autres ; mettre le pauvre en un tel état d'aisance qu'il puisse , par un travail de sept ou huit heures , abondamment'subvenir à 'ses besoins et h ceux de sa famille. C'est alors qu'il devient à peu près aussi heureux quHl le peut être. Il goûte » quant aux plaisirs physiques f tous ceux de Fopuîent. L'appétit du pauvre est de la nature de l'appéiit du riche ^ et, pour me servir du proverbe usité , le riche ne dtne pas deux fois* Te sais qu'il est des plaisirs coûteux hors de la portée de la simple aisance : mais on peut toujours les remplacer par d*auires , et remplir d'une manière également agréable l'intervalle qui sépare un besoin satisfait d'un besoin renaissant , c'est-à-dire, un repas d'un autre repas , une première d'une seconde jouissance* Dans tout sage gouvernement , pn peut jouir d'une égale félicité , et dans les momens où l'on satis&it ses besoins , et dans ceux qui séparent un besoin satisfait d'un besoin renaissant. Or, si la vie n'est que l'addition de ces de^ix sortes d'instans , l'homme aisé peut donc égaler eu bonheur les plus riches et les plus puissans. Maia seraît-^ii possible que de bonnes lois missent tous les citoyens dans cet état d'aisance requis pour lé bonheur?