‹ Œuvres complètes d'Helvétius (volume 2)Chapitre 127 sur 203 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Qu'il 9St possible de donner plus éC aisance aux citoyens é

Dans l'eut actuel de la plupart des nations , que le gouvernement frappé de la trop grande disproportion des fortunes veuille y remettre pins d'égalité , il aura

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sans doute mille obstacles à siirmonteré Un semblable projet , conçu avec sagesse , ne doit et ne peut s'exécUter que par des changemeiip continus et insensibles ; mais ces changemens sont possibles.

Que les lois assignent quelque propriété à tous les citoyens, elles arracheront le pauvre à l'horreur de Tindigence, et le riche au malheur de l'ennui. Elles rendront l'u^i et l'autre plus heureux.

Mais ces lois établies ^ slmagine-t^on que , sans être également riches ou puissans (i)^ les hommes se croiroient également heureux ? rien dé plus difficile à leur persuader dans l'éducation actuelle. Pourquoi ? c'est que, dans leur enfance, on associe dans leur mémoire l'idée de richesse à celle de bonheur ; c'est qu'en presque tous les pays cette idée doit se graver d'autant plus profondément dans leur souvenir, qu'ils n'y pourToient communément que par un travail excessif à leurs besoins pressans et journaliers. En serait-il ainsi dans un pays gouverné par d'excellentes lois?

Si le sauvage a pour l'or et les dignités le mépris le plus dédaigneux , l'idée de l'extrcme richesse n'est donc

(i^ Aî-)e contracté un grand nombre de besoins : en ,yaln on voudrait me persuader que peu de fortune suffit k ma félicité. Si Ton a , dès mon enfance , uni dans ma mémoire Tidée de richesse II celle de bonheur, quel moyeu de les séparer dans un âgç avancé ? Ignoreraitou encore ce que peut sur nous l^'association de certaines idées ?

Que , par la forme du gouvernement , f aie tout à craindre des grands , je respecterai mécaniquement la grandeur jusque dans le seigneur étranger qui ne peut rien sur moi. Que j^aie associé dans mon souvenir Tidée de vertu à celle de bonheur , je la cultiverai lors mrme que celte verlu sera Fobjet de la persécution. Je sais bleu qu^M la longue ces deux idées se désuniront , mais ce sera Pœuvre du temps , et même d^un long temps. Il faudra, pouf cet effet, que das cx^K^ricuces répétées m'aient cent fois prouvé que La vertu ne procure réellement aucun des avantages que fen attendais. Cest dans la méditation profonde de ce fait qu^on trouvera la solution d^me iufuntc de problèmes moraux insolubles sans la connaissance de cette association de nos idées.

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pas nëcessaTrement H^e à celle de rextrême bonheur. On peut donc s'en former des idées distinctes et différentes; on peut donc prouver aux hommes qne^ dans la suite des instans qui composent leur vie , tous seraient également heureux , si , par la forme du gouvernement, ils pouvaient à quelque aisance joindre la propriété de leurs biens j de leur vie et de leur libei^té. C'est le ^èÎQxX de bonnes lois qui partout allume le dësir d'immenses richesses.

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