‹ Œuvres complètes d'Helvétius (volume 2)Chapitre 13 sur 203 · Tome II · texte numérisé non relu

Tome II

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préceptes^ en conséquence, doivent être contraires et difierens :

L*unc est la puissance spifituelle ,

L'autre est la puissance temporelle»

La force et la grandeur de cette dernière dépendent de la force et de la grandeur même de l'empire aucjuel elle commande. Le prince n'est vraiment fort que de la force de sa nation. Qu'elle cesse d'être respectée, le prince cesse d'être puissant. Il désire et doit désirer que ses sujets soient braves, industricîux, éclairés, et vertueux. En est-il ainsi de la puissance spirituelle? Non : son intérêt n'est pas le même. Le pouvoir du prêtre est attaché à la superstition et à la stupide crédulité des peuples. Peu lui importe qu'ils soient éclairés : moins ils ont de lumières , plus ils sont dociles à ses décisions. L'intérêt de la puissance spirituelle n'est pas lié à l'intérêt d'une nation ^ mais à l'intérêt d'une secte.

Deux peuples sont en guerre : qu'importe au pape lequel des deux sera esclave ou maître , si le vainqueur lui doit être aussi soumis que le vaincu. Que les Français succombent sous les efforts des Portugais, que la maison de Bragance monte sur le trône des Bourbons^ le pape ne voit dans cet événement qu'un accroissement à son autorité. Qu'est-ce que le sacerdoce exige d'une nation ? une soumission aveugle , une crédulité sans bornes , et une crainte puérile et panique. Que cette nation, d'ailleurs, se rende célèbre par ses talens ou ses vertus patriotiques , c'est ce dont le dergé s'occupe peu. Les grands talens et les grandes vertus sont presque inconnus en Espagne , en Portugal , et partout où la puissance spirituelle est la plus redoutée.

L'ambition , il est vrai , est commune aux deux puissances; mais les moyens de la satisfaire sont bien

différens. Pour s^élever au plus haut poini de la gran<*deur ^ l'une doit exalter dans Fliomaiei et l'autre y dé« truire les passions.

Si c'est à l'amour du bien public , de la justice, dé la richesse , de la gloire , que la puissance temporelle doit ses guerriers 9 ses magistrats , ses négociant et ses savans; si c'est par Its commerce de ses i^illes y la valeur de ses troupes, l'équité de son sénat, le génie de sei savans, que le prince rend sa nation respectable aux autres nations; les passions fortes, et dirigées an bien général, servent donc de base à sa grandeur.

C'est au contraire sur la destruction de ces mêmes passions que le corps ecclésiastique fonde la* sienne. Le prêtre est ambitieux; mais l'ambition lui est odieuse dans le laïque : elle s'oppose à ses dessein^. Le projet du prêtre est d'éteindre en l'homme tout désir, de le dégoûter de ses richesses , de son pouvoir, et de profiter de son dégoàt pour s'approprier l'un et l'autre (i). Le système religieux a toujours été dirigé sur ce plan.

Au moment où le christianisme s'établit , que précha-t-il? la communauté des biens* Qui se présenta pour dépositaire des biens mis en commun? le prêti«« Qui viola ce dépôt et s'en fit propriétaire ? le prêtre; Lorsque le bruit de la fin du monde ^se répandit, qui l'accrédita? le prêtre. Ce bruit .était favorable à ses desseins j il espéra que , frappés d'une terreur panique, les hommes ne connaîtraient plus qu'une seule affairé (.ffffaire vraiment importante ) , celle de. leur salut. La vie, leur disait-on^ n'est qu'un passage. Le ciel est la vraie patrie des hommes : pourquoi doiic se livrer à* des affections terrestres ? Si de tels discours n'en détachèrent point entièrement le laïque, ils attiédirent du • • <-<».•

(i) Douze ou quinze nillîoos «aiatf en Espagne sur deux procu-^^ reurs jésuites du Paraguay , prouvent qu'eu préchant le détaéhement des richesses , les jésuites n'ont jamais été dupe» de UuES^ennoiifi^

moins en lui l'amour de la parenté, de la gloire , dii. bien. publie, et de la patrie. Les héros alors devîprenj plus rares, et les souverains, frappés de l'espoir d'une grande puissance dans les cieùx, consentirent quelquefois » remettre au sacerdoce une partie de leur autorité sur la terre. Le prêtre s'en saisit, et, pour se la conservcE , décrédita la vraie gloire et la vraie vertu. Il ne s^ffrit plus qu'on honorât les Minos, les 'Lycurgue , les Codrus, les Aristide , les Timoléon , enfin tous les défenseurs et les bienfaiteurs de leur patrie. Ce funent d'autres .modèles qu'il proposa. Il inscrivit d'autres noms dans le calendrier, et on le vit, à ceui des anciens héros, substituer celui d'un saint Antoine, d'un saint Crépin , d'tme sainte Claire , d'im saint Fiacre , d'un saint François, enfin le nom de tous ces solitaires qui, dangereux à la société par l'exemple de leurs folles vertus (ï), se retiraient dans les cloîtres et dans lé» déserts , pour y végéter et mourir inutiles.

D'après de tels modèles , le sacerdoce se flatta d'ac*

(i) De tous les contes , les plus ridicules sont ceux que les moines font de leurs fondateurs. Ils disent, par exemple, « qu^à la vue d'une » biche poursuivie par des loups , saint Lomer leur ordonna *de s'ar* » rêter , «e qu'ils firent incontinent.

» Que saint Florent , faute de berger , ordonna à un ours qu'il » rencontra , de métier paître ses brebis , et que Fours les menait » paître tous les jours.

» Que saint François saluait les oiseaux , leur parlait , leur faisait » commandement d'ouir la parole de Dieu , lesquels oiseaux enten- » dant parler saint François , se réjouissaient d'une façon merv^il- » leuse , allongeant le cou et entr'ouvrant le bec.

» Que ce 'même saint François passa huit jours avec une cigale , • D chanta un jour entier avec un rossignol, guérit un loup enragé, y) et lui dit : Mon frère le loup , tu dois me promettre que tu ne » seras plus à Favenir aussi ravisseur que tu l'as été , ce que le loup » prottait en inclinant la tite. Alors saint François lui dit : Donne- » moi ta foi j ce que disant , saint François lui tendit la main pour ^» la recevoir , et le loup kvant âoucemeni sa pâte droite , la mit > entre les mains de saint François. » On lit aussi de i^usieurs autres saiaU qu'ils .se plaisaient à s'entretenir avec les brutes.

SECTION I5 CHAPITBE IX. 87

côutumer les hommes à regarder la vîe <^mme un court voyage. Il crut qu'alors , sans ^désirs pour les biens terrestres , sans amitié pour ceux qu'ils renconV treraient sur leur route, ils deviendraient également indifférens à leur propre bonheur et à celui de ' leut* postérité. En effet, si la vie n'est qu'une couchée , pourquoi mettre tant d'intérêt aux choses d'ici-bas ? Un voyageur ne fait pajs réparer les murs du cabaret où il ne doit passer qu'une nuit.

Pour assurer leur grandeur et satisfaire leur ambition, les puissances spirituelle et temporelle durent donc, en tout pays, employer des moyens tres-différens* Chargées en commun de l'instruction publique , elles ne purent donc jamais graver dans les cœurs .et les esprits que des préceptes contradictoires et relatifs à l'intérêt que l'une eut d'allumer , et l'autre d'éteindre les passions (i).

C'est la probité cependant que prêchent également ces deux puissances, j'en conviens; mais ni Tune ni l'autre ne peuvent attacher à ce mot la même signification ; et sous le gouvernement du pape , Rome moderne n'a certainement pas de la vertu la même idéç qu'en avait l'ancienne Rome sous le consulat du premier des Bru tus. '

L'aurore de la raison commence à poindre ; les hommes savent déjà que pour tous les mêmes mots ne sont pas représentatifs des mêmes idées. En conséquence qu'exigent-ils aujourd'hui d'un auteur? qu'il attache une idée nette aux expressions dont il se sert. Le règne de l'obscure scholastique peut disparaître : les théologiens n'en imposeront peut-être pas toujours

(i) Vouloir détruire les passions dans les hommes, c'est vouloir y détruire Taction. Le théologien insulte-t-il aux passions : c'est le pendule qui se moque de son ressort , et l'effet qui méconnaît sa cause.

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aux peuples et aux gouvememens. Ce qu'on peut assu* rer^ c'est quils ne conserveront pas du moins leur puissance par les mêmes moyens qu'ils Vont acquise : le temps et les circonstances ont cliangé. On convient enfin aujourd'hui de la nécessité des passions : on sait que c'est à leur conservation qu'est attachée celle des empires. Les passions en effet sont des désirs vifs : ces désirs peuvent être également conformes ou contraires au bien public. Si l'avarice et l'intolérance sont des passions nuisibles et criminelles , il en est autrement du désir de s'illustrer par des talens et des vertus patriotiques (r). En anéantissant les désirs, ou anéantit l'âme : et tout homme sans passion n'a en lui ni prin* çipe d'action , ni motif pour se mouvoir.

(i) On D^attache certainement pas d'Idée nette au root passions, lorsqu'on les regarde comme nuisibles. Ce nVst qu'une vraie dispute de roots. Les théologiens euz-roémes n'ont jamais dit que la passion vive de i'aroour de Dieu fût un crime. Ils n'ont point condamné Décius pour s'être voué dans les champs de la guerre aux dieux infernaux. Ils n'ont point reproché à Pélopidas cet amour vif de la patrie qui l'arroa contre les tyrans , et l'engagea dans l'entreprise ht plus périlleuse. JVos désirs sont nos moteurs , et c'est la force de nos désirs qui détermine celle de nos vices et de nos vertus. Un homme sans désir et sans besoin est sans esprit et sans raison. Nul motif ne l'engage k combiner ni à comparer ses idées entre elks. Plus l'homme approche de cet état d'apathie, plus il est stupide. Si les souverains de l'Orient sont en général si peu éclairés, c'est que l'esprit est fils du désir et du besoin Or , les sultans n'éprouvent ni l'un ni l'autre. Il n'est point de plaisir qu'un simple acte de leur volonté ne leur procure : l'esprit leur est donc presque toujours inutile. Le seul cas oii il leur devient nécessaire , c'est lorsque , jaloux du titre de conquérant , ils veulent envahir le sceptre d'un voisin puissant. Dans toute autre position , exiger des lumières d'un despote , c'est vouloir un eflfèt san^ cause. Compter dans un gouvernement arbitraire sur l'esprit d'un monarque né sur le trône ^ c'est folie. Aussi , sauf le hasard d'une éducation singulière , est-il peu de souverains absolus et éclairés : aussi l'histoire ne compte-t-elle communément au nombre des grands rois que les Henri lY, les Frédéric , les Catherine II , etc. , et ceux d'entre les princes dont l'éducation fut dure , et qui d'ailleurs eurent une fortune à faire et mille obstacles à surmonter.

SECTION I, CHAPITRE IX. Sg

Vous êtes , ô ministresf catholiques ! riches et {Miissans sur la terre : mais votre pouvoir peut être détruit avec celui des nations auxquelles vous commandes. Augmentez leur abrutissement, et ces nations, vaincues par d'autres , cesseront de vous être soumises. Il faut, pour votre intérêt même , que les passions et les besoins coni- 4inuent de vivifier l'homme. Pour les étouffer en Kii, il faudrait changer sa nature.

O vénérables théologiens! ô brutes I ô mes frères! abandonnez ce projet ridicule; étudiez le coeur humain ; examinez les ressorts qui le meuvent : et, si vous n'avez encore aucune idée nette de la morale e4 de la politique (i), abstenez-vous de l'enseigner. L'orgueil vous a trop long-temps égarés. Rappelez-vous la fiible ingénieuse de la naissance de Momus. Au moment qu'il vit le jour , dit un grand poète , le dieu enfant remplit l'Olympe de ses cris. La cour céleste en fut assourdie : pour l'apaiser, chacun lui fit un don. Jupiter venait alors de créer l'homme : il en fit présent à Momus ; et depuis l'homme fut toujours la poupée de la folie. Or, parmi les poupées de celte espèce , la plus triste , la plus orgueilleuse et la plus ridicule, fut un docteur (2).

(i) Un dévot peut exceller en géométrie , en certain genre de peinture : mais , vu la contradiction actuelle qui se trouve entre l'intérêt public et l'intérêt du prêtre , on ne peut sans inconséquence être & la fois pieux et homme d'état, dévot et bon citoyen, c'est-^-dire , bcmnête homme. Cest une vérité que démontrera la suite de cet ouvrage. \

(1) C'était autrefois le petit-maître , aujourdliui c'est le théologien qiû sait tout , sans avoir rien appris. L'interroge -t-on sur la nature des animaux ? ce sont , dit-il , de pures machines. Mais sur quel motif appuie-tril sa décision ? a-t-il , en qualité ou de chasseur ou d'obser vateur, étudié la nature et les mœurs des animaux? non, il n'a élevé ni chien ni chat , pas même de moineau ^ mais il est docteur , et du moment qu'il en prend le bonnet , il se croit , comme l'empereur de la Chme/ obligé , par l'étiquette de son état, de répondre k tout ce qu'on lui apprend : « Je le savais. » On supposait le sage

4o Tffi r/ffonfiifr,

O pfmféethecïio^ffnnel n#* vot» ohsiiiiez: phw à -vniiloîr déirmre ]e» pdmofis : ce sont le» prniczpes de vie rf an étsit (i), OccapeX'Ttids da soin de les dirij^ asL Inexi ^ëriéraj ; €M»y^e2 de tracer, à or sofet, le pian d'une mstmetion dont le» principe» simple» et ciaûrs tendent tôQ» a«i l)onh€for ptiblic

^u'on ^st loin d'un tel pkn dJinstmctton ! Peu d'ac- 66rà 9vee etix-mème^y les parenret lesmaitresii^arant également ce c|u'îU doivent enseigner aaix enfana. Ils n'ont encore , sai« rédiieation , <]iie de» idée» flwfiiiw?!» : et de là la contradietioa rémltance de tuas lënr» pcé^ cepte».

de» sfto'iciens habile et versé dans tans ks arts et les. scâencwf c^éfait ri|i>mme universel : il en est rie même du théoIagiezL, il est poète, ^^èûinètre , physicien , horioger^ etc. Qull ait tmi» ces talens j fy eonsen» : maft» <|»'(m ne m^oblige p«int de Itieses ve» et cfachater âe» montras. 3fe permetorait-^1 de lui doonerxm cmuol? es sasâty arvatit de porter des animaux , de consulter les ouvrages de Buffim. , et trms mi f|ofitre lettres d<mnées^ ao journal étBmger par on absermpteoy exact et u» h<m écrivain. Qu'il s'abetiemie cf attaquer sur e« point mes sentiment. f»\ dotïné , dîo^m , de Te^pcit et ds la BaÛDa aux brute?. Cest une politesse que ^e ûs aux docCeors. QueQe fiit ^dtre f ec6ntt»is»nce , ^ ingrats !

<^i / te propre de<« gouveraesMena despocif|nMv est ^a&âifir êsaiB Phomme le mouvement de» passioas. Aiwff la esosampeioii. csfrcQe hi maladie mortelle de ces enipires ^ aiHe» le» fewplg» samaâs à cette Ayrme de g^vernement n'ontrils coMmKiiiéiaexit si Fandaee, ■■ le e<yirrage de^ républicains. Ces denûer» M^me n'^ont excité notre admiratkm ^e dan^f ces moment de crise où leurs passions ctaHot le pi os en elRftrvéscence. îfcms (|aeis tewfs lesHottandaâsciksSiuascs his^itsrtî-ih de» actions siirbirmaines?' lorsqu'ils étaient mkntt de êén* lûirtes passions ^ fnne kr vengeance , Faiitre la kûne des tjmis. If fftni des passions h tm petrpfe : c'est nne Térité qui iTcst jltas matntenimt 'tpiùtét que do paàteu dtê

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