‹ Œuvres complètes d'Helvétius (volume 2)Chapitre 16 sur 203 · CHAPITRE XIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIL

Le papisme estiTinstitution humaine»

JjE papisme n'est aux yeux d'un homme sensé qu'une pure idolâtrie (i). L'Eglise romaine n'y voyait sans doute qu'une institution humaine lorsqu'elle faisait de cette religion un usage scandaleux , un instrument de son avarice et de sa grandeur; qu'elle s'en servjaît pour favoriser les projets criminels des papes , et légitimer leur avidité et leur ambition. Mais ces imputations, disent les papistes^ sont calomnieuses.

(i) ((L'homme, disait Fontenelle, a fait Diea k son image, et ne y pouvait faire autrement. » C'est sur. les cours orientales que les mçyines -ont modelé la cour céleste. Le prince d'Orient , invisible à la plupart de ses sujets, n'est accessible qu'à ses seuls courtisans. Les plaintes du peuple ne parviennent à lui que par l'organe de ses favoris'. Les moines , 'ibus le nom des saints , ont pareillement environné de favoris le trône du monarque de l'univers , et ont voulu que les grâces célestes ne s'obtinssent que par l'intercession de ces saints. Mais pour se les rendre favorables, que faire? les prêtres assemblés à cet effet décidèrent qu'en bois sculpté ou non sculpté, l'on placerait des images dan» les églises ; qu'on s'agenouillerait devant elles , comme devant celles du Très-Haut ^ que les signes extérieurs de l'adoration seraient les mêmes pour' l'Eternel et ses favoris , et qu'enfin honorés par les chrétiens comme les pénates et les fétiches par les païens et les sauvages, saint ^^iqplas en Russie, par exemple, et saint Janvier à Naples , auraient plus de considération , et attireraient plus de respect que Dieu lui-même.

Cest sur ces faits que sont fondées les accusations portées contre les églises grecque et latine. G^st à la dernière surtout qu'on doit le rétablissement du fétichisme. Ainsi la France a dans saint IDenis un fétiche national , dans sainte Geneviève un fétiche de la capitale; et il*^n'est point de communauté ni de citoyen qui, sous le nom de Pierre, de Claude ou de Martin, n'ait encore son fétiche particulier.

SECTION I^ CHAPITBE Xlî. 5l

Pour en prouver la vérité , je demande s'il est vraisemblable que des chefs d'ordres monastiques regardassent la religion comme divine, lorsque, pour enrichir eux et leurs couvens, ils défendaient aux moines d'enterrer en terre sainte quiconque mourrait sans leur rien laisser ; s'ils étaient eux-mêmes dupes d'unecix^yance publiquement professée^, lorsqu'ils se rendaient (i).pro-i priétaires des biens qu'en qualifié d'éconooàes des pau-^ vres> ils devaient leur distribuer; si les papes croyaient

/. (i> Point de ruses ^ de mensojages, de prestiges, d'abus . de, con^

fiance, ^nfin de moyens vils et ,bas q^e les prêtres n'aient employés

pour s'enrichir. Les Capitulaires recueillis par Baluse , tome II , hôùS

instruisent de la manière dont autrefbis les ecclésiaâti(|ues paVvin'reëi;

en France, à se faire payer ia cBme. a Ils firent, descendre .du^^siçi

» une lettre de Jésus-Christ. Par cette lettre , If; Sauveur menace les

i> païens ^ les sorciers et ceuic qui ne paient pas là dime , de frapper

» leurs champs de stérilité , et d'eiavoyer dans leurs maison^ des

» serpens ailés, pour dévorer les tétons de leurs femmes. » Cette

première lettre n'ayant point réussi , les ecclésiastiques .o^t riEicours

au diable. Ils le produisent ( Trayez les mêmes Capitulaires , tome I)

dans une assemblée de la nation, et lé diable, devenu tout & côîip

apôtre et missionnaire, y prend à cœur le salut des^ Français;' ij

tâche de les rappeler à leurs devoirs, par des châtimens salut^^es.

« Ouvrez enfin les yeux, disait le clergé, le diable lui-même est

» l'auteur de la dernière famine', lui-même a dévoré les grains' dans '

«les épis ; redoutez sa fureur. Au milieu des campag^^es, 11 >à

j) déclaré par des hurlemens aôreux, qu'il. exercerait. 1^$ p^u^Jcruiels

» châtimens sur les chrétiens endurcis qui nous refusent la uîvîe. »

Tant d'impostures de la part du clergé prouvent qu'au temps de

Charlemagne les gens pieux étaient les seuls qui payassent la dîmef.

Dans la supposition que le dei^é eût eu le droit de la lever ; il n'eût

point eu recours successivement à Dieu et au diable. Ce fait m'en

rappelle un autre de la même espèce : c'est le sermon d'un curé sur

le mêmCi sujet : » O mes chers paroissiens ! disait-il ,, ne, suivez point

» l'exemple de ce malheureux Caïn , mais bien celui du, bon Â/jel :

» Caïn ne voulait jamais payer la dîme , ni aller à la m^%<^. ^^ ^^

» contraire la payait , et toujours du plus beau et du meiUeui^ , et il

» ne fâillait pas un seul jour d'ouïr la messe. »

Grotius dit , au sujet de ces dîme» et donations , que le scrupule de Tibère pour accepter de tels dons, devrait ffiûre'.hojc^^ aux moines.

â:3 B£ L^HOMME.

réellement pratiquer la justice et rhumllitë^ lorsque Is se déclaraient les distributeurs des royaumes de TAmé' rique p sur lesquels ils n'araient aucun droit ; lorsque , par une ligne de démarcation , ils partageaient ccftte partie du monde (i) entre les Espagnok et les Port^u^ gais ; lopsqu^ls prétendaient , enfin , commander «n% princes, ordimner de leur temporel, et disposer arfai*^ trairement des couronûes^

O papistes I examiner quelle (ut en tous les sièeled la conduite de votre Église ! Eut-elle intérêt d'entretenir garnison romaine dans tous Ifes empire^ , et de s'attacher un grand nombre d'hommes (c'est Tintérêl de toute secte ambitieuse ) ; elle institua un grand iiômbre d'ordres religieux ; fit construire et renier un grahd ûombre de monastères, eut enfin l'adresse de faire soudoyer cette milice ecclésiastique par les nations » mêmes où elle l'établissait*

• Le même motif lui faisant désiref la multiplication du clergé séculier , elle multiplia les sacremens ; et les peuples, pour se les faire administrer, furent forcés d'augmenter le nombre de leurs prêtres. Il égala bientôt cejui des sauterelles de l'Egypte. Comme elles, ils dévorèrent les moissons : et ces prêtres séculiers et i^uliers furent entretenus aux dépens des nations ea-^ tlioliques. Pour lier ces prêtres plus étroitement à se$ intérêts, e^ jouir sanà partage de leur aiSfection , l'Église voulut encore que p célibataires forcés, ils vécussent sans

(i)Le5 pà{ms, pdf lears prétentions ridictdes sur f Amérique , ont donné ^exemple de riniquité , ont légitimé toutes les injustices qu*y ont «exercées les chrétiens.

Un jour ifû^oh examinait , dan^ la cb^Aibre des communies , si un tel cantdn , situé sur les confins du Canada , devait appartenir à la France , un des membres de la chambre se lève , %t dît : <t Cettts )) question , messieurs , est d^autant ^ns délicate que les Français , v ainsi que nous , sont* très-pertftiftdés que te tiiri%itt n'^pipartient V point aux naturels du pays. »

SECTIOJî ï, CHAPITRE XII. 53

fiUU^e^^:99m énfiîfia , ,mm d'ailleurs dans un luie et ua^a ^i^ance qui> de jour «n jour, leur rendissent leur éla.t plus cher. Ce n'e»t pa$ tout : j^our accroître- eneore ^t .^à licHesse et apn pouvoir , l'I^i^ romaine tenta , aovia h ^om du denier saint Pierre , ou feutre , de lever des in^pôt^ dans tous les noyaumes. Elle ouvrit^ à cet effets une banque entre le ciel et la terre ^ et fit^ sous le nom d'indolences, payer ^ argent comptant^ dans ce monde , des billets à ordre directement tirés sur le paradis. .

Or , lorsqu'en tous les siècles on voit le sacerdoce sacrifier constamment la vertu au désir de la grandeur et de la ricjbesse; lorsqu en étudiant l'histoirç des papes , de leur politique, de leur ambition ,, de leurs moeurs, enfin de leur conduite, on la trouve si différente de celle que TÉvangile prescrit, comment imaginer que les chefs de cette religion aient vu en elle autre chose qu'un moyen d'envahir la puissance et les trésors de la terre (i)? D'après les mœurs et la conduite des moines,

(i) Que d*après ces ihite les papis^s vaptent encore la grande perfection où leur religion porte les nueurs , i|$ ne feront point ie prosélytes. Pour éclaircir les prétentions de ces papistes, qu'on se demande quel est l'objet de la science de la morale : l'on ^oit que ce ne peut être quf le bonheur générai i que si {'an exige des rertus dans les particuliers » c'est que les vertus des meujibres sont I9 félicité, du tout. On voit que le seul moyen de rendre à la fois les peuples éclairés, vertueux et fortunés , x; est d'assurer par de bonnes lois les propriétés des citoyens, c'est d'éveiller leur industrie , de ieur peri^ettre de penser et de comi^uiiiquer leur^ pens^. Or ^ la rei%ioii papiste est-elle la plus favprable à de telles lois ? les hommes sont-ils^ en Italie et en ^Portugal , plus assurés qu'en Angleterre de l«ir vie et de leurs biens? y jouissent-ils d'une plus grande liberté de penser ? le goi|vernen|!Çiit y a-t-il de tneilieuiies mœurs ? y est *il -moins ivaf^ par conséquent plus respectable ? l'expérience ue proixve-t-elle jpas, a* contraire, que les luthériens , les calvinistes de l'Allemagne sont mieux gouvernés et plus heureux que les catholiques, et que les cantons protestans de la Suisse sont plus riches et plUs puissans que Us cantons papistes? La religion réformée tend donc plus directement au bonheur public que la catholique : elle est donc plus favo-

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du clergé , et des pontifes , un réformé peut /je crois , montrer, pour la justification de. sa croyance et l'avantage des nations y que le papisme ne fut jamais qu'une Institution humaine. Mais pourquoi les religions nfont— elles été, jusqu'à présent, que locales? Sef ait-il possible d'en concevoir une qui devînt universelle?

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