‹ Œuvres complètes d'Helvétius (volume 2)Chapitre 169 sur 203 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

L'intérêt du puissant commande plus impérieusement que la vérité aux opinions générales,

JL*ON vante sans cesse la puissance de la vérité, et, cependant cette puissance tant vantée est stérile | si

SECTION IX, CHÀPITBE XXI. ^i

l'intérêt du prince ne la seconde. Que de vérités, encore enterrées dans les ouvrages des Gordon , des Sîdney , des Macbiavel, n'en seront retirées que par la volonté efficace d'un souverain éclairé et vertueux !

L'opinion, dit*on , est la reine du monde. Il est des înstans où sans doute Topinion générale commande aux souverains eux-mêmes. Mais qu'est-ce que ce fait a de commun avec le pouvoir de la vérité ? Prouve-t-il que l'opinion générale en soit la production ? Non : l'expérience nous démontre au contraire que presque toutes les questions de la morale et de la politique sont < résolues par le fort, et non par le raisonnable; et que, si l'opinion régît le monde, c'est, à la longue, le puissant qui régit l'opinion. .

Quiconque distribue les honneur^ , les richesses et les cbâtimens , s'attache toujours, un grand nombre d'hommes. Cette distribution . lui asservit les esprits, lui donne l'empire sur les âmes»

Quelles sont les opinions les plus généralement répandues? ce sont sans contredit les opinions reli-^ gieuses. Or, ce n'est ni la raison, ni la vérité , mais la violence qui les établit (i). Mahomet veut persuader son Koran, il s'arme, il flatte, il effraie les imaginations : les peuples sont, par la crainte et l'espérance, intéressés à recevoir sa loi ; et les visions du prophète deviennent bientôt l'opinion de la moitié de l'univers. Mais les progrès de la vérité ne sont-ils pas plus rapides que ceux de l'erreur ? Oui ; lorsque l'une et l'autre sont également promulguées par la puissance.

(i) La preuve de notre peu de foi est le mépris connu pour qui-; conque change de religion. Rien sans doute' de plus louable que d'abandonner* U'.e erreur pour embrasser la vérité. D'où naît donc notre mépns pour les nouveaux convertis ? de la conviction obscure 6ii Fou est que toutes les religions sont également fausses, et que tpiiconque en change , s'y détermine par un intérêt sordide et par conséquent méprisable .

54^ DE l/flOMll£.

La vérité fMir elle-même est claire ; elle saisit tout boa esprit. L'erreur^ au contraire , tûaîotirs ohscure , tou^ jours retirée dans le ni»ge de riiicompréhensible , y devient le mépris du bon sens. Mais que peut le bon sens sans la force? C'est la violence, la fourberie , le hasard , qui , plus que la raison et la vérité , ont toujours présidé à la formation des opinions générales.

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