CHAPITRE XXV
Tauie reUgion intoïéranie est essenddlemienl régidâe.
Presque toute religion est intolérante; et dans toute religion , Tintolérance fournit un prétexte au meurtre et a la persécution. Le trône même n'offre point d'abri contre la cruauté du sacerdoce. Llntolérance admise^ le prêtre peut également poursuivre Tennemi de Diea sur le trône (i) et dans la chaumière.
(i) Si Ton en croît le |ésiiite Smtarel , le pape a droit de punir les rois. AuMÎ (dans an Traité de V hérésie , du schisme ^ de V apostasie et du pouvoir papal. Traité imprimé à Rome avec permission des supérieurs, en 1616) ce jésoité dît : « Si le pape a sur les princes » vne puissance directive , il a .aussi sur eux une puissance correcn tive. Le souverain pontife peut donc punir les princes hérétiques 9 par des peines temporelles : il peut non-seulement les ezcommu- » tiier; mais encore tes dépouiller de leurs royaumes, *et absoudre }> leurs sujets du serment de fidélité : il peut donner des curateurs t» aux prkicés incapables de geuvemer < il lé peut sans concile, » p^rce que le tribunal du pape et celui de Jésus-CUirist est un seul % et même tribunal. Le pape, aionte-t-il dans un autre endroit de M'CSt ouvrage-^ peut déposer les rois, ou parce qu'ils sont incapables u de gouverner ; on parce qu'ils sont trop ikibles défenseurs de n l'Église. B peut donc , pour les causes susdites et pour la correction » et l'exemple des rois , punir de mort les négligens. » ■
- L'intolérance est mère du régicide, G*est sur soîi in-, tolérance que l'Église fonda Tédifice de sa grandeur* Tou^ ses membres concoururent à cette construction j tous crurent qu'ils seraient d'autant plus respectiables: et d'autant plus heureux (î)^ que le corps aiiquetiJs: appartiendraient serait plus puissant.' Les prêtres, en tous les siècles^ ne s'occupèrent donc que de ra<»èrois-: sèment du pouvoir (a) ecclésiastique. Partout le clergé fut ambitieux et dut l'être.
Mais l'ambition d'un corps fait-elle nécessairemeaît le mal public ? oui , si ce corps ne peut la satisfijire que par des actions contraires au bien général. Il importait, peu qu'en Grèce, les Lycurgue , les Liédnidas , fcsTi* moléon , qu'à Borne les Brutus , les Emile , lies Régulns^ fussent ambitieux. Cette passion né pouvait se nl^ni■^ fester en. eux que par des services rendus à la patrie. Il n'en est pas de tnéme du clergé : il veut une autorité suprême; il ne peut s'en revêtir qu'en en dé{K)uillant les légitimes possesseurs : il doit donc faire uhe guerre perpétuelle et sourde à la puissance temporelle; avilir,, à cet effet y l'autorité des princes et des magistrats, dé* chaîner l'intolérance, paç elle. ébranler les trônes, par elle abrutir les citoyens, les rendre à la fois j^auvres, paresseux et stupides.. Tous, les degrés par lesquels le clergé monte au pouvoir suprên^e sont dpnc autant de malheurs publics.
En vain nierait-on l'ambition du clergé ; Tétude de Flamme la démontre à qui s^eiy .occupe, et l'étude de l'histoire à ceux qui lisent celle de l'Église. Du* moment
(i) Parmi les ecclésiastiques , îi est sans doute des hommes honnêtes, heureux et sans ambition ; mais ceux-là ne sont point appelés au gouyernement de ce corps puissant. Le clergé , toujours régi pai:^ des intrigans , sera toujours ambitieux.
- (2) L'Eglise, toujours occupée de sa grandeur, réduisit toutes les vertus chrétiennes à Fabstineiice, à l'humilité, à l'aveugle soumission j elle ne précl^ia jamais l'amour de la patrie ni de l'humanité^
5So DE l'hobimu.
qa*e1le se (iit donné un chef temporel , ce chef se proposa rhumiliation des rois ; il voulut à son gré disposer de leur vie et de leur Couronne. Pour exécuter ce projet, il fallut que les princes eux-mêmes concourussent à leur avilissement; que le prélre s'insinuât dans leur confiance , se fit leur conseil , s'associât à leur autorit^é : il y réussit.^ Ce n'était point tout encore; il fallait in-sensiblement accréditer l'opinion de la prééminence de l'autorité spirituelle sur la temporelie. A cet effet^ les papes accumulèrent les honneurs ecclésiastiques sur quiconque ^ à l'exemple des Bellarmin ^ soumettait les souverains au^t pontifes , et sur ce point déclarait le doute une hérésie.
Cettie opinion une fois étendue et adoptée , l'Église put lancer des anathémes , prêcher des croisades contre les monarques rebelles à ses ordres/ souffler partout la discorde ; elle put^ au nom d'un Dieu de paix^ massacrer une partie de l'univers (i). Ce qu'elle put faire, elle le fit. Bientôt son pouvoir égala celui des anciens prêtres celtes qui, sous le nom de druides , commandaient aux Bretons , aux Gaulois , aux Scandinaves , en excommuniaien^t les princes , et les immolaient à leur caprice et a leur intérêt. Mais , pour disposer de la vie des rois , il faut s'être soumis l'esprit des peuples : par quel art l'Église y parvint-elle ?
(i) La bulle in cœHdDamini annonce , k cet égard , toutes les prétentions de riÉ^lise \ et FacccpUtion de cette bulle , toute la sottÎK de certains peuples.