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ce$t-à-dîre au bien public , se tromperait. Il en est de ces deux puissances , quelquefois réunies, pour dévorer le même peuple , comme de deux nations yçisines et jalouses, qui, liguées contre un etroisième, l'attaquent, et se battent au partage de ses dépouilles.
Nul empire ne peut être sagement gouverné par deux pouvoirs suprêmes et indépendans. C'est d'un seul^ ou partagé entre pluûeurs, ou réun^ entre les mains du monarque , que toute loi doit émaner.
. La tolérance soumet^le prêtre au prince , Tintolérançe soumet le prince au prêtre. Elle annonce deux puissances rivales dans un empire.
Peut--étre les anciens, dans le partage qu'ils firent de Tunivers entre Oromaze et Ariman , et da^s le récit dé leurs éternels combats, ne désignaient-ils que la guerre éternelle du sacerdoce et de la magistrature» Le règne d'Oromaze était celui de la lumière et de la vertu : tel doit être le règne des lois. Le règne d'Âriman éu^it celui des ténèbres et du cr^me : tel doit être celui du prêtre et de la superstition.
Quels sont les disciples d'Oromaze? ces philosophes aujourd'hui si persécutés en France par Fintrigue des moines et des ministres d' Ariman. Quel crime leur reproch&-t*on? aucun. Ils ont, autant qu'il ^st en eux, éclairé les nations ; ils les ont soustraites au joug flétrissant de la superstition, et c'est peut-être à leurs écrits que les princes et les magistrats doivent en partie la conservation de leur autorité.
L'ignorance des peuples, mère d'une dévotion stupide (i) , est un poison qui , sublimé par les chimistes
(i) L'expulsion des jésuites supposait, en Espagne et en Portugal, àes ministres d'un caractère ferme et bardi. En France , les Jumières déjà répandues dans la nation facilitaient cette expulsion . Si le pape s'en fut plaint trop amèrement , ses plaintes eussent paru<iéplacées.
Dans une lettre écrite au sujet de la condamnation du mande-
SECTION IX, CHAPmiE XXXI. S6i
Àe ]ft:re]%ioay r^and autour du trône les exhahiîaoïis morales de la saperslitioii. La science des phtlo80«* phes, au conlratxe, esù ce feu pur et sacré qui écarte loiadesroîs, les vapeurs pestilentielles du fiuia^snié.
Le prince qui se s<MURet lui et son peuple à Tem-^ pire du sacerdoce, éloigne de lui ses sujets. TerUiéui»» Il règne , luiais sur des supecstitieux , sur des peuples dont Fâme est degrad)ée , enfin si»r le» esclaves du^pcétre* Ces escki-ves sonn des hommes monts pour la pa^e : ils ne la servent ni par leurs talens ni par leur courage. Un pays d'inquisition n'est pas la patrie d/un citoyen (i) honnête. Malheur aux nations où le moine poursuit
ment de M. de Soîssons , par la congrégation du saInt-olHce, un Vertueux cardinal remontre au Saint-Père , a qu'il est certaines préten- » tions que la cour de Rome devrait ensevelir dans un silence et un » oubli étemel ; surtout , a^ouie^t-il , dans ces terop» mdUienreux et » déplorables où les incrédules^ et les impies foat susp^ter la fîdéliié » des ministres de la religion. »
Or, que signifient) dans la langue ecclésiastique , ces motâi\dV;icrédules et d^ impies? les opposans à la puissance du ctorgé. G*es€ donc aux incrédules que le» rq^doivent hmr sûreté, let peuples leur tranquillité, les psirlemens laùr existence, et Taral^Itiou sacerdotale sa réserve. Ces prétendus impies doivent être d'autant plus cbers k la nation française , qu'elle n'a rien à en redouter. Les philosophes ne forment point de corps -, ils sont sans crédit : il es% d'ailleurs impossible qu'en qualité de simples citoyens, leur intérêt ne^ soit pas toujours lié à l'intérêt public , par conséquent à celui d'un gouveriiement écldiré.
(i) Dans les pays catholiques , quel moyen de former des'citoyens vertueux ? l'instruction de la jeunesse y est confiée aux prêtres. Or, l'intérêt du prêtre est presque toujotu*s contraire k celui de l'état. <c Jamais le prêtre n'adoptera ce principe fondamental de toutes nos » vertus , savoir : que la justice de nos actions dépend de leuf con^ y>forfnité avec Viniérét général, » Un tel principe nuit à ses rues an^hitieuses.
- D'ailleurs , si la morale , comme les autres sciences , ne se perfec* tienne que par le temps et l'expérience, il est évident qu'une religion qui prétend, en qualité de révélée, avoir instruit l'homme de tous ses devoirs , s'oppose 4'autant plus efficacement à la perfection de cette même science , qu'elle ne laisse plus rien à faire au génie et à Texpérience. '
564 * ^s l'homme.
impunément quiconque méprise ses légendes et ne croit ni aux sorciers ni au nain jaune; oii le moine tratne au supplice Fhomme vertueux qudfait le bien, ne nuit à personne, et dit la vérité! Dans un pays tolérant, quelque critique que soit la situation d'un peuple , un seul grand homme suffit quelquefois pour changer la fiice des a&ires. La guerre s'allume entre la France et l'Angleterre; la France a d'abord l'avantage : Pitt est élevé au minbière; la nation anglaise reprend ses esprits et les officiers de mer leur intrépidité. Bien de moins semblable à lui-même que l'Anglais du commencement et de la fin de la guerre.
Que voyait-on en France, à la même époque? La bigoterie commandait trop impérieusement aux grands (i). Telle était sur eux sa puissance, qu'au moment même où la France , battue de toutes parts , se voyait enlever ses colonies, on ne s'occupait à Paris que de l'affaire des jésuites (2) : on ne s'intriguait que pour eux.
Tel était l'esprit qui régQ3it à Gonstantinople lorsque Mahomet II en faisait le siège. La cour y tenait des
(i) Dans le moment où la France faisait la guerre aux Anglais, les parlemens la faisaient aux jésuites, et la cour dévote prenait parti pour les derniers. Tout y était rempli d'intrigues ecclésiastiques. On se serait cru volontiers à la fin du règne de Louis XIV. On comptait alors à Versailles peu d'honnêtes gens et beaucoup de bigots.
(a) Lors de Faffiiire des jésuites , si l'on apprenait à Paris la perte d'une bataille , k peine s'en occupait-on un jour : le lendemain on parlait de l'expulsion des bénits pères. Ces pères , pour détourner le public de l'examen de leurs constitutions , ne cessaient de crier contre les encyclopédistes. Us attribuaient au progrès de la phil(H Sophie les mauvab succès des campagnes. Cest elle, disaient-ils, qui gâte l'esprit des soldats et des généraux. Leurs dévotes en étaient convaincues. MiUe oies couleur de rose répétaient la même phrase.^ et c?était cependant le peuple très-philosophe des Anglais, et le roi encore plus philosophe de Prusse , qui battaient le» généraux français que personne n'accusait de philosophie.
conciles dans le temps même que le sultan en prenait
les faubout*gs«
Quelque superstitieuse ^ quelque fanatique que soit
une nation ^ son caractère sera toujours susceptible des diverses formes que lui donneront ses lois, son gouvernement y et surtout Téducation publique. L'instruction peut tout; et si fai| dans les Sections précédentes , si scrupuleusem*ent détaillé les maux produits par une ignorance dont tant de gens se déclarent aujourd'hui les protecteurs y è'était pour faire mieux sentir toute l'importance de l'éducation. Quels moyens de la per^ fectionner? c'est par Fexamen de cette question que je terminerai cet ouvi;0ge.