‹ Œuvres complètes d'Helvétius (volume 2)Chapitre 188 sur 203 · CHAPITRE VIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIL

De T éducation morale de Thomme.

S'il est peu de bons patriotes, peu de citoyens toujours équitables, pourquoi? c'est qu'on n'élève point les hommes pour être justes; c'est que, pour être juste, il £giut être éclairé , et qu'on obscurcit dans l'enfant jus^ qu'aux notions les plus claires de la loi naturelle.

 l'aide d'un catéchisme religieux , si l'on grave dans la mémoire. d'un enfant les préceptes de la croyance souvent la plus ridicule , ne peut-on , à l'aide d'un catéchisme moral , y graver les préceptes et les principes d'une équité dont l'expérience journalière lui prouverait à la fois l'utilité et la vérité?

Du moment où l'on distingue le plaisir de la don*

(i) La Sorbonne, comme l'Église, se prétend Ln&illîble et immuable. A quoi reconuaît-on son immuabilité? à sa constance à contredKre toute idée nouvelle. .

leur, du moment où. l'on a reçu et fait du mal , Ton a déjà quelque notion de la justice. Pour s'en former les idées les plus claires et les plus précises , que faire? se demander :

Qu'est-ce que l'homme ?

R. Un animal, dit-on, raisonnable, mais certainement sensible, faible, et propre à se multiplier*

D. En qualité de sensible, que doit faire l'homme?

R. Fuir la douleur, chercher le plaisir. C'est à cette recherche ^ c'est à cette fiiite constante , qu'on donne le nom d'amour de soi.

D. En qualité d'animal faible, que doit-il faire encore?

R. Se réunir à d'autres hommes, soit pour se défendre contre les animaux plus forts que lui, soit pour s'insurer une subsistance que les bêtes lui disputent , soit enfin pour surprendre celles qui lui servent de nourriture. De là toutes les conventions relatives à la chasse et à la pêche (i).

D. En qualité d'animal propre à se reproduire, qu ari*ive-t-il à l'homme?

R. Que les moyens de sa subsistance diminuent à mesure que son espèce se multiplie.

D. Que doit-il faire en conséquence?

R. Lorsque les lacs et les forêts sont épuisés de poissons et de gibier , il doit chercher de nouveaux moyens de pourvoir à sa nourriture.

D. Quels sont ces moyens?

R. Us se réduisent à deux. Lorsque les citoyens sont encore peu nombreux , ils élèvent des bestiaux , et les

(i) Qui veut connaître les vrais principes de la morale doit s'élever jusqu'au principe de la sensibilité physique, et chei'cher dans les besoins de la faim , de la soif, etc. , la cause qui force les hommes déjà multipliés de cultiver la terre , de se réunir en société , et de Aire entre eux des conventions dont l'observation ou Finfraction fait les hommes justes ou injustes.

582 Dc l'homme.

penpies alors sonc pasteurs. Lorsque les citoyiens se sont infiniment multipliés , et qu'ils doivent ^ dans un moindre espace de terrain , trouver de quoi fournir à leur nourriture , ils labourent, et les peuples sont dloi*s agriculteurs.

I>. Que suppose la culture perfectionnée dé la ten^e ?

R. Des bonnsies déjà réunis en sociétés ou bourg£ides, et des conventions faites entre eux*

D. Quel est l'objet de ces conventions?

R. D'assurer le boeuf à celui qui le nourrie, et la récolte du champ à celui qui le défriche.

]>. Qui déterm-ine l'boame à ces conventions?

R» Son intérêt et sa prévoyance^ S'il étant un citoyen qui pAt enlever la; récohe de celui c^i sème et laboure, personne ne labourerait et ne sèmerait , et l'année sui* vante la bourgade serait exposée aux horreurs de^la disette et de la. (aminé.

D. Que suit-il de la nécessité de la culture ?

Jft. La nécessité de la propriété.

D. A quoi s'étendent les conventions de la propriété?

R. A celles de nsa personne /de mes pensées , de ma vie , de ma liberté , de mes biens.

D. Les conventions de la propriété une fois établies^ qu'en résulte-t-il?

R. Des peines contre ceux qui les violent, c'est-àdire^ contre les voleurs^ les meurtriers^ les fanatiques, et les tyrans. Abolit-on ces peines , alors toute convention entre les hommes est nulle. Qu'un d'eux puisse impunément attenter à la propriété des autres , de ce moment les hommes rentrent eh état de guerre; toute société entre eux est dissoute ; ils doivent se fuir con&me ils fuient les lions et les tigres.

D. Est -il des peines établies dans les pays policés contre les infracteurs du droit de propriété?

SECTIO]N Xj CHAPITBE VII. 583

Bt. Oui 9 du moins dans tous Geux où les biens ne sont pas en commua (i)^ cest^-à^dire^ chez presque toutes lesT nations.

' (i) Il fut, dît-<Ma , dçs peuples dont les biens étaient en commun. Queiques-tfns Vantent cette coramuniuté de biens. Point de peuples IteuremE, ftiseot^ils, ^e les peuples sans propriété, lia eiteat en exemj^le les Sp;^thes, les Jartares çt le» Spartiates. Quant aux Scythes et aux Tariares , ils conservèrent toujours la propriété de leurs bestiaux. Or, c'est dans cette propriété qiïe consistait toute leur riohettfe^ A ïéfjaoàdei Spartiates , on sait ^'iU» avaieol des ésclaTes ; que chaque iamitle possédait Time des trente-aeaf mille pofiipoft de terre qui composaient le territoire de Lacédéraone ou de la L,aconie. Les Spartiates avaient donc des propriétés. Quelque vertueux qu'ils fassent , Tbistoire néanmoins notis apprend qu'à Fexemple des antres hommes^ le» LacédéiqooieB» voubiepi rpeueiHir sas» semer, «t qu''ils chargeaient en conséquence les ilotes de la culture, de leiuv terres. Ces ilotes étaient les nègres de la république 4 ils en mettaient le sol en ralenr. Dé fii le besoin d*esclaTes , et peut-être la nécessité delagaorre.

On vaft doue , par la forme nieaM»d|i pm^amm^m^ de liMédéinone , que la partie libre de ses babitans ne pouvait être heureuse qu^aux dépens de Fautre, et que la prétendue communauté des biens des Spartiates ne pouvait , comme quelques-uns le supposent, opérer ihei eux le miracle d^ane fiétkilé universelle.

Sous le gouvememeitt des fésuitmi , les. luj^taiis du IVuRs^gitti eultivaieut les terres en commun et de leurs propres matns. £a étaientils plus heureux ? j^'en doute. L'indifierence avec laquelle ils apprirent la destruction des jésuites , justifie ce docrte. Ces peuples , sans propriété , étaient sans énet^e et sans émulation. Mais Fespoir de la gloire et de la coDstdération ne pmivait-îl pas vivifier leurs âmes ? non 9 la gloire et la considération sont une monnaie, vn mojca d^acqnérîr des platsîrs réels. Or , de qneirpiainr, en œ pan^ , avantager Vmm ée préférence aux autres f

Qui considère Fespèce et le petit nombre des sociétés m ^oette eomMoimautéde biens eut lieu , soupçonne toojours que des obstacles secrets s^opposeot à la fomntioo comme au bonfaeor de pareille» sociétés. Poor porter on jugcroeat sain sur eette qiMÎon., il frndraîi Favoir pro£bndémeot méditée, avoir examine à Fesisteace d'une telle socîélé est également pooible dans toutes les posiliont, et pour cet efièt , Favoi r considérée :

i". Dans nne île;

af. Dmisiui pays omipé par de wtes déserts , défendu par d'im-

D. Qui rend ce droit de propriété si sacré , el par quelle raison , sons le nom de Termes en a-t-on presque partout fait un dieu ? ^'

R. C'est que la conservation de la propriété est le dieu moral Aes empires; qest qu'elle y entretient la paix domestique , y fait régner l'équité ; c'est que les hommes ne se sont rassemblés que pour s'assurer de leurs propriétés; c'est <pie la justice ^ qui renferme en elle seule presque toutes les vertus , consiste à rendre à chacun ce qui lui appartient , se réduit , par conséquent, au ùiaintien de ce droit' de la propriété, et qu'enfin les diverses lois n'ont jamais été que les divers moyens d'assurer ce droit aux citoyens.

D. Mais la pensée doit-elle être comprise au nombre des propriétés? et qu entend-on alors p^r ce mot?

R. Le droit, par exemple, de rendre à Dieu le culte que je crois lui devoir être le plus agréabfe. Quiconque me dépouille de ce droit viole ma propriété; . et, que;! que soit son rang, il est punissable.

D. Est-il des cas où le prince puisse s'opposer à l'établissement d'une religion nouvelle?

R. Oui, lorsqu'elle est intolérante.

D. Qui l'y autorise. alors?

menses forjéts , et dont la conquête soit, par cette raison , •é^^^''*^^ indifférente et difficile ,-

S"". Dans des contrées dont les habitans, errans comme les Tartares avec leurs troupeaux , peuvent toujours échapper à k potirsuite de 1 csinemi : ^ . . • ■ - i . .

4°. Dans un pays couvert de villes, environné de nations puissantes; et voir enfin si /dans cette dernière position (sans contredit la plus commune) , cette société poiurait conserver le degré d'érau- Jatton, d'esprit et de courage nécessaire pour résister à des peuples propriétaires, savans et éclairés.

Je ne m'étendrai pas davantage sur une question dont la vérité ou la fausseté importe d'autant moins a mon sujet , que partout ou ; I la communauté des biens n'a pas lieu , la propriété doit être sacrée.

R. La sûreté pab)îque« Il sait que cette religion , deveotte la dominante y deviendra persécutrice. Or, le prince, chargé du bonheur de ses sujets , doit s'opposer aux progrès 'd^qne telle religion. •

D. Mais pourquoi citer' la justice comme le germe de toutes les vertus ?

R. C'est que , du moment où , pour assurer leur bonheur, les hommes se rasserîiblent en société,' il est de la justice que chacun , par sa^ douceur , son humanité , et ses vertus, contribue autant qu'il est en lui à' la félicité de cette u^éipe société-"^

D. Je suppose les- lois d'une nation dictées par l'équité, quels npioyensjde les faire observer et d'aUumer dc^hs les âmes l'anjour de la patrie ? ' : '

R. Ces moyens sont les peines infligées aux crimes et les récompenses décernées aux vertus.

D. Quelles sont jies récompenses de la vertu?

R. Les titres,, les honneurs, l'estime publique, et tous les plaisirs dont cette estime est représentative.

D. Quelles sont les peines du crime?

R. Quelquefois la mort , souvent la. honte , compagne du mépris.

D. Le mépris, est-il une peine?

R. Oui, dii moins dans les pays libres et bien administrés. Dans un. tel pays, le supplice du mépris public est cruel et redouté ; il suffit pour contenir les grands dans le devoir. La crainte du. mépris les rend justes, actifs, laborieux.'

D. La justice doit sans doute régir les empires; elle y doit régner par les lois : mais les lois sont-elles toutes de même nature ?

Non : il en est, pour ainsi dire, d'invariables , sans lesquelles la société ne peut subsister, ou du moins subsister heureusement : telles sont les lois fondamentales de là propriété.

58G DE l'homme.

D* Est-il quelquefois permis de les enfreindra?

R. Non : si ce n'est dans les position» rares ou il s'agit du salut de la patrie.

D. Qui donne alors le droit de les violer ?

R, L'intérêt gênerai , qui ne reconnaît qu'une loi unique et inviolable.

Salus populi suprema lex esto-

D. Toutes les lois doivent-elles se taire devant celle-ci ?

R. Oui. Que des Turcs armés marchent à Vienne, le législateur, pour les affirmer, peut violer un momeni le droit de propriété , feucher la récolte de fees compatriotes^ et brûler leurs greniers, s'ils Sont près de l'ennemi.

D. Les lois sont-elles si sacrées qii'otïne puisse jan^is Jes relornier r

R. On le doit , lorsqu'elles sont contraires au bonheur du plus grand nombre.

D. Mais toute proposition dé réforme n'est-elle pas souvent régardée dans un citoyen comme une témérité punissable ?

R, J'en conviens : cependant si l'iiomme doit la vérité à l'homme, si la connaissance de la vérité est toujours utile, si tout intéressé a droit de proposer ce qu'il croit devoir être avantageux à sa compagnie , tout citoyen, par la même raison, a le droit de proposera sa nation ce qu'il croit pouvoir contribuer à la félicite générale- ' ,

D. Pourquoi donc est-il des pays où l'on proscrit la lil>erlé de la presse , çi jusqu'à celle de penser?

R. C'est qu'on imagine pouvoir plus facilement voler l'aveugle que le clairvoyant , et duper un peuple idiot qu'un peuple éclairé. Dans toute grande nation, il est

' SECTION X, CtfAPIlUE Vil. 68^

toii)ours des intéresses à la misère' publique : ceux-là seuls nient aux citoyens le droit d'avertir leurs compatriotes des malheurs duxquelii souvent tiné mauvaise loi les expose.

D. Pourquoi , dans les sociétés encore petites et naissantes, les lois y sont-elïes presque toujours justes et sages? '

R. C'est que les lois s'y font du consentement, et pj^r conséquent pour* Tufilïté de tous ; c'est que les citoyens , encore peu nombreux , ne peuvent y former des associations particulières contre l'association générale , ni détacher encore leur intérêt de l'intérêt public.

D. Pourquoi les lois sont-elles alors si religieusement observées ?

R. C'est qu'alors nul citoyen n'est plus fort que les lois; ceM qœ son bonheur ^t atttacfaé à leur observation , et son malheur à leur infraction.

X). Entre les diverses lois, n'en est -il poipt auxquelles on donne le nom de lois naturelles P

R. Ce sont celles, comme je l'ai déjà dit, qui concernentla propriété , qu'an trouve établies cliez pre&que toutes les: nations et les sociétés policées , parce que les sociétés ne peuvent se former qu'à l'aide de ces lois.

D. Est-il encore d'autres lois?

R- Oui : il en est de variables ^ et ces lois sont de deux espèces : les unes variables par leur nature ; telles' sont celles qui regardent le commerce^ la discipline militaire, les impôts, etc.; elles peiivent et doivent se changer, selon les temps et les circonstances. Les autres, immuables de leur nature, sont variables , parce, qu'elle^ ne sont point encore portées à leur perfection. Dans ce nombre , je citerai les lois civiles et criminelles ; celles qui regardent Tadministration des finances, le

588 DE l'homme. .

parlage des biens» Ie8teslamens(i)ylesmariA^(2)^ etc.

D. L'imperfection de ces lois esc-ellë uniquement l'effet de la paresse et de Tindifférence des législà-' teurs ?

R. D'autres causes y concourent : le fanatisme > la superstition , et la conquête.

D. Si les lois établies par Tune de ces causes sont favorables aux fripons, que s'ensuit-il ?

R. Qu'elles sont propagées par ces mêmes fripons.

D. Les vertueux , par la raison contraire, ne doivent-, ils pas en désirer l'abolition ?

R. Oui : mais les vertueux sont en petit nombre; ils ne sont pas toujours les plus puissans. Les mauvaises lois , en conséquence , ne sont point abolies, et peuvent rarement l'être.

(i) Le droit de tester est-il nuisible ou utile à la société?, c'est un problème non encore résolu. Le droit de tester, disent les uns, e&t un droit de propriété dont on ne peut légitimement dépouiller 1« citoyen. Tout homme , disent les antres , a sans doute de son vivant le droit de disposer à son gré de sa propriété : mais lui mort , il cesse d'être propriétaire. Le mort n'est plus rien. Le droit de transiorer son bien à tel ou tel ne lui peut avoir été conféré par la loi. Or, supposons que ce droit occasionnât une infinité de procès et dé discussions, et que , tout cohfipens^ , il fût plus à charge qu'utile à \a société, qui peut contester à cette société le droit de changer une loi. qui lui devient nuisible ?

(â) La volonté de Thomme est ambulatoire, disent les lois , et les lois ordonnent l'indissolu'bilité du mariage : quelle coniradictidn ! Que s'ensuit-il? le malheur d'une infinité d'éppuic. Or, le ipalheur engendre entre eux la haine , et la haine souvent les crimes les plus atroces. Mais qui donna lieu k l'indissolubilité du mariage? la pro- ' fession de laboui'CMr qu'exercèrent d'abord les premiers hommes.

Dans cet état, le besoin réciproque et iournalier que les époux, ont Tua de l'autre , allège le joug du mariage. Tandis que le mari défriche la' terre, laboure le champ, la femme nourrit la volaille, abreuve les bestiaux , tond les brebis , soigne le ménage et la bassecour, prépare le dîner du mari, des enfans et des domestiques. Les conjoints , occupés du même objet, c'est-à-dire, de l'amélioration de leurs terres , se voient peu , sont à l'abri de l'ennui , par consé-

D* Pourquoi ?

R. C'est qu'il faut du génie pour substituer de bonnes lois à de mauvaises , et qu'il faut ensuite du courage pour les faire recevoir. Or , dans presque tous les pays, les grands n'ont ni le génie nécessaire pour faire de bonnes lois, ni le courage suffisant pour les établir, et braver le cri des malintentionnés. Si l'homme aime à régir les autres hommes , c'est toujours avec le moins de peine et de soin possible.

D. En supposant, dans un prince, le désir de perfectionner la science. des lois, que doit-il faire ?

R. Encourager les hommes de génie à l'étude de cette science , et les charger d'en résoudre les divers problèmes.

D. Qu'arriverail-il alors ?

quent du dégoût. Qu'on ne s'étonne donc point si le mari et la 'femme , toujours en action et toujours nécessaires l'un à l'autre , cliérissent même quelquefois l'indissolubilité de leur hymen.

S'il n'en est pas de même dans Jes professions du sacerdoce, des armes et de la magistrature , c'est qu'en ces diverses professions les époux se sont moins nécessaires l'uu à l'autre. En efièt, de quelle utilité la femme peut-elle être à son mari dans les fonctions de mufti , de vizir , de cadi , etc. ? La femme alors n'est pour lui qu'une propriété de luxe et de plaisir. Telles sont les causes qui , chez les différens peuples, ont modifié d'une infinité de manières l'union des deux sexes. Il est des pays oii l'on a plusieurs femmes'et plusieurs concubines j d'autres 011 l'on s'épouse après deux ou trois ans de Jouissance et d'épreuves. Il est enfin des contrées oii les femmes sont eu commun ; oii l'union des deux époux ne s'étend pas au-delà de la durée de leur amour. Or, supposons que dans l'établissement d'une nouvelle forme de mariage, un législateur, afianchi de la tyrannie des préjugés et de la coutume , ne se proposât que le Hien public et le plus grand bonheur des époux pour objet -, que , non content de permettre le divorce , il cherchât et découvrît le moyen de rendre l'union conjugale la plus délicieuse possible ; ce moyen trouvé , la forme des mariages deviendrait invariable , parce que nul n^a le droit <ie substituer de moins bonnes à de meilleures lois, de diminuer la somme de la félicité nationale , et même de s'opposer aux plaisirs des individus , lorsque ces plaisirs ne sont pas contraires au bonheur du plus grand nombre.

Sgo 1>E l'homme.

B. Que les lois variables, encore împarfiiîtes , Cesseraient de rétre , et deviendrateni invariables et sacrées.

D. Pourquoi sacrées ?

R. C'est que d etoellentes lois , nécessairetneiit Fœuvre de l'espérieDce et d'une raison éclairée , sont censées révélées par le ciel lai •* même ; c'est que rohserration de telles lois peut être regardée comme le culte le plus agréable à la divinité, et comme la seule vraie religion : religion que nulle puissance et Dieu lui-même ne peut abolir , parce que le mal répugne à sa nature.

D. Les rois, à cet égard, nont^ils pas été quelquefois plus puissans que les dieux ?

R. Parmi les princes ,^ il en est sans doute qui, violant les droits les plus saints de la propriété, ont attenté aux biens, à la vie , à la liberté de leurs sujets. Ils reçurent du ciel la puissance, et non le droit de nuire. Ce droit ne fut conféré à personne* Peut-on croire qu'à l'exemple des esprits infernaux , les princes soient condamnés à tourmenter leurs sujets? Quelle affreuse idée de la souveraineté I Faut-il accoutumer les peuples à ne voir qu'un ennemi dans leur motiarque', et dans le sceptre que le pouvoir de nuire ?

On sent, par celte esquisse, le degré de perfection auquel un tel catéchisme pourrait porter l'éducation du citoyen , combien il éclairerait les sujets et les monarques sur leurs devoirs respectifs , et quelles idées saines enfin il leur donnerait de la morale.

Réduit-on au simple fait de la sensibilité physique le principe fondamental de la science des mœurs : cette science devient à portée des hommes de tout âge et de tout esprit : tous peuvent en avoir la même idée. . .

Du moment où l'on regarde cette sensibilité physique comme le premier principe de la morale /ses maxime»

SECTION X, CHAPITRE VII, Sgi

cessent d'étro contradictoires ; ses aiioniesi encliatni's les uns aux autres, supportent la démonstration la plus rigoureuse; ses principes enfin , dégagés des ténèbres d'une philosophie spéculative , sont clairs , et d'autant pins généraietnent adoptés , qu'ils découvrent plus sensiblement aux citoyens lintérét qu'ils ont d'être vertueux'(i).

(i) Le besoin des vertus sociales peut être senti de Tenfaoce même. Veut-on graver profondément dans sa mémoire les principes de la justice , je voudrais que , dans nn tribunal créé à cet effet dans chaque collège, 1«9 enfans jugeassent eux-mêmes leurs différends; que les sentences de ce petit tribunal , portées par appel devant les maîtres , y fussent confinnées ou rectifiées, selon qu^elles seraient justes ou injustes j que dans ces mêmes collèges Ton apostat des hommes pour &ire aux élèves de ces espèces dUnjures et d'offenses dont Tinjustice , dinicile à prouver, contraignît et le plaignant de réfléchir sur sa cause pour, la bien plaider , et le tribunal d'enfans de réfléchir sur cette même cause pour la bien juger.

Les élèves , forcés par ce moyen de porter habituellement leurs regards sur les préceptes de la justice, en acquerraient bientôt des idées nettes. Cest par une méthode à peu près pareille que Rousseau donne a son Emile les prenaières notions de la propriété. Rien de plus ingémeux que cette méthode ^ cependant on la néglige. Rousseau n'eûtril fait que cette seule découverte , je le compta^is parmi les bienfaiteurs de Thumanité , et lui érigerais volontiers la statue qu'il demande.

On ne s'attache point assez à former le jugement des enfans. A-t-on chargé leur mémoire d'une iulinité de petits faits , on est content. Que s'ensuit-il? que l'homme est un prodige de babil dans son enfance, et de non-sens dans l'âge mûr.

Pour former le jugement d'un élève , que faut-il ? le faire d'abord raisonner sur ce qui IHntéresse personnellement. Son esprit s'est-il étendu, il faut le lui faire appliquer à de plus grands objets , exposer , pour cet effet , à ses yeux le tableau des lojs et des usages des différens peuples, l'établir juge de la sagesse, de la folie de ces usages , de ces lois , et lui ei> faire enfin peser la perfection ou l'imperfection à la balance du plus grand bonheur et du plus grand intérêt de la république. C'est en méditant le principe de l'utilité nationale que l'enfant acquerrait des idées saines et générales de la morale j son esprit , d'ailleurs , exercé sur ces grands objets , en serait plus propre à toute espèce d'étude.

Plus l'application nous devient facile , plus les forces de notre

Sga i>E l'homme.

Quiconque sVst élevé à ce premier principe i^oît , SI je l'ose dire ^ du premier coup d œil tous les défauts d*une législation : il sait si la digue opposée par les lois aux passions contraires au bien public, est assez forte pour en soutenir Teffort , si la loi punit et récompense dans cette juste proportion qui doit nécessiter les hommes à la vertu. Il n'aperçoit enfin , dans cet axiome tant vanté de la nicy^ale actuelle , Ne fais pas à autrui ce que tu iie voudrais pas qui te fût fait , qu'une maxime secondaire y domestique , et toujours insiiffisante pour éclairer les citoyens sur ce qu'ils doivent à leur patrie. Il substitue bientôt à cet axiome celui qui déclare k bien public , la suprême loi ; axiome qui ,' renfermant d'une manière plus générale et plus nette tout ce que le premier a d'utile, est applicable à toutes les positions différentes où peut se trouver un citoyen, et convient également au bourgeois, au juge, au ministre, etc. C'est, si je l'ose dire, de la hauteur d'un tel principe que , descendant jusqu'aux conventions locales qui forment le droit coutumier de ch^ique peuple, chacun s'instruirait plus particulièrement de l'espèce de ses engagemens, de la sagesse ou de la folie des usages , des lois, des coutumes de son pays, et. pourrait en porter un jugement d'autant plus sain , qu'il aurait plus habituellement présent à l'esprit les grands principes

esprit se sont accrues. On ne peut de trop bonne heure accoutumer Fenfant à la fatigue de Fattention ; et , pour lui en faire contracter rhabitude , il faut , quoi qu^en dise Rousseau , employer quelquefois le ressort de la crainte. Ce sont les maîtres justes et sévères qui forment en général les meilleurs élèves. L'enfant, comme rhomme, n'est mu que par l'espoir du plaisir et la crainte de la douleur. L'enfant n'est-il point encore sensible au plaisir , n'est-il point susceptible de l'amour de la gloire , est-il sans émulation ; c'est la crainte du châtiment qui seule peut fixer son attention. La crainte est, dans l'éducation publique , une ressource à laquelle les maîtres sont îndispensablement obligés de recourir , mais qu'ib doivent inénag<:f avec prudence. *

SECTION X,. CHAPITRE VII. SgS

à la balafice desquels oiif)èse ]a sagesse et Téquiké même des lois.

On peut donc donner k la jeunelsse des idées nettes et saines de la morale rk Taîde d'un catéchisme de pro* jbitéy' on peut donc porter celte partie de 1 éducation au plus haut degré de perfection; Mab que d'obstaofes à surmonter I

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