‹ Œuvres complètes d'Helvétius (volume 2)Chapitre 189 sur 203 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

L'intérêt du prêtre, premier obstacle à la perfection de

V éducation morale de l'homme»

JVous avons vu que l'intérêt du clergé, comme celui de tous les corps, change selon les lieux, les temps et les circonstances. Toute morale dont les principes sent fixes. ne sera donc jamais adoptée du sacerdoce. Il en veut une dont les préceptes obscurs , contradictoires , et par conséquent variables, se prêtent à toutes les po» sitions diverses dans lesquellies il peut se trouver.

Il faut au prêtre une morale arbitraire qui lui permette de légitimer aujpurd'hui l'action qu'il déd^^rera demain abominable.

On ne trouve de bonnes, instructions que dans l'histoire de l'homme, dans celle de» nations ^ de leurs lois^ et des motifs qui les ôQt fait établir. Ce n'est pas dans de pareilles sources que le clergé permet de puiser les principes de la justice. Il sent qu'éclairés par cette étude , les peuples mesureraient l'estime ou le mépris dû aux diverses actions sur l'échelle de l'utilité générale. Et quel respect alors auraient-ils pour les bonzes, les bramines , et leur prétendue sainteté ? Que feraient leurs macérations, leur haire, leur aveugle obéissance, et toutes ces vertus monacales qui ne contribuent en TojtfE n. 33

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rien au Êonheur national? Il B^en est pas de naéme des vertus d'un citoyen, c'est-à-dire , de la générosité, de la Vérité , do la juâlice , de la fidélilé à ramitié , à sa parole ^ aux engagemens pris avec la société dans laïque! le on vit : de -telles vertus sont Yraiment utiles. Aussi nulle ressemblance entre un saint (i) et un âtoyen vertueux.

Le cierge , pour qu'on le croie utile , prétendrait-il que c'est à ses prières que les hommes doivent leur probité (2)? L'expérience prouve que la prolnté de Thomme est l'œuvre de son éducation ; que le peuple est ce que ie fait la sagesse de ses lois ; que l'Italie moderne a plus de foi et moins de vertus que l'ancienne ; et qu'enfin c'est toujours au vice de l'administration qu'on doit rapporter les vices des particuliers.

C'est à l'aide d'un catéchisme moral , c'est» en y rappelant à la mémoire des hommes, et les motifs de leur réunion en société, et leurs conventions simples et primitives , qu'on pourrait leur donner des idées nettes de l'équité. Mais plus ce cfitéchisme serait clair, plus la publication en serait défendue. Ce catéchisme supposerait pour instituteurs de la jeunesse des hommes instruits dtms la connaissance du droit nati^el ^du droit des gens , et des principales lois de chaque empire. De tels hommes, transporteraient bientôt à la puissance temporelle la. vénératffDn conçue pour la spirituelle. Les prêtres' le souffriraientrils 7

(i) On peut être religieux sous un gouvernement arbitraire, mais non vertueux \ parce que le gouvernement , en détachant Fîntérét des particuliers de Tintérét pUblîc, éteint dans rhomme l'amour de la patrie. Rien, par conséquent, de eommim entre la celigioo et la vertu,

(a) Qu'on quadruple les prêtres dans une province et les maréchaussées dans Fautre , quelle sera la moins infestée de voleurs? Dix millions de dépense par an eu cavaliers contiendront plus d& fri->> ponf et de scélérats, que eent cinquante millions par an en prêtres. Quelle épargne, à faire pour une nation ! Quelle compagnie multipliée de brigands aussi à charge- à l'état que tout un clergé!

SECTIOIf X, CHAPITRE IX. SgS

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