Tome IL
6io l>E l'hommb.
cei ego ni également igliorass , mais qu'ils sont fins fanatiques.
Tout livre conséquent est en horreur aux théologiens.
La raison k leurs yeux n'est )amais catholique.
£nnenii»-nés de tout outraj^ raisonnable > peut-être anathémati$eront41s oelui^* Cependant je n'y disdW que le mal abaoluœentindiapenaable. J'auraisdàm'écrier avec saint Jérôme que l'Église est la prwtituée^ ^e Boèf" lone. le ne l'ai point £iit. Lorsque j'ai pris parti eootre les prêtres , c'est en faveur des peuples et des $oo?e* rains. Lorsque j'ai plaidé la causse de la tolérance , c'est pour leur épargner de nouveau! forfaits.
Mais, diront41s^ qu'on établissa la tolérance, qoe TÉglise modèle sa conduite eur celle de Jésus , sous quel pi'étexte pourrait-elle emprisonner les cifoyefts, les brûler y assassiner les princes, età. ? L'Église moins redoutée aérait alors moins respectée? Or, que lui importe l'exemple de Jésus ?tse qu'elle désire, c'est d'être liuissame. La preuve : ts'est l'approbation dofmée par elle à la morale des jésuites ; c'est le titre <fe ViceDieu accordé par elle à son chef; c'est enfin la croyance de son infaillibilité, devenue article de foi en Italie, mal" gré cet acte formel de l'Écriture, tout homme est menteur.
Sans un motif d'ambition , le prêtre eût^l affirmé que le pape tient le milieu entre l'homme et Dieo , nec Beus, nec homû, (jtùa nmtter fèH, sed inter utmmijue? Sans un pareil motif, le pfeipe eAt-il soûflfert qu'on le traitât de DemUDieu ? eût-il permis qu'Étienhe Palracène écrivit qu'en lui pape réside tout pouvoir sur les puissances du ciel et de la terre ? In pàpd est omnis pottsttts supra omnes potestAt»s tkrn cœK quàm ttrrtt. Boniface YIIl , dans une assemblée tenue à Rome ^ l'occasion du jubilé , eônal dit : « Je suis empereur > fài tout poU-
comcLvsmv geherale. 6ii
i>. ipoîr dans, le ciel et sur la terre? Ego sum Pontifex et Imperator, terrestre ac cœleste imperùan hab&o. Ce pape ^i-îl approuva h phrase du droit cânon où il est appelé Dominus Deus noster, le Seigneur notre Dieu 7 Nicoli^ 6e ,fut-îl glorifié d'a?oir été nommé Dieu par Constantin « canon Jatis evidensberj dist. 96? Les théologiens (i) ensaen vils déclaré dans d aulres canons^ tf que le pape est » autant au-dessus de l'empereur que Tor pur est au'des- 3» SOS dm plomb tîI ; que les empereurs reçoivent leur » aaK>rHé du pape comme la lune i«çoit sa lumière du w> soleil; que les empereurs^' par conséquent^ ne Woni: w jamais que lunes? ».
Les prêtres enfin ^ pour justifier leur intoléranoe^ enssent4l8 de la Divinité fait un tyran injuste ^ vengeur ec colère ? eussent-ils accnnmlé sur Dieu tous ks vîœs des hommes (21)?
. Si tottt moyen d'acquérir du pouvoir parait légitime Ml sacerdoce , tout obstacle mis à l'accroissemeÂt de son pouvoir lui paraît une impiété. le suis donc impie à ses yeux. Or j telle est en certains ^ays la puissance cki prêtre sur les princes y qu'il peut à son gré- les irriter contre les TOrivains mêmes qui défisedent les droits de leur cou^
(i) Un des docteurs canoniques, plus hardi encore, « dii ; Pap^ est supra me , extra me , papa est omnis , est supra omnia ; papa est dominus dominantium ; papti potest mutare guàdraia ratundis. C'est-à-dire , k pape est dans moi , hors de moi , le pape «st tout^ au-dessus de tout ; il est seigneur des seigneurs , et 4'ua carré il |)eut £iire un cercle. Quelle prc^silion plus ioi^ie, ri., de Faveu même des tbéplqgiens > la Divinité ne peot iaire un hâton sWiS é&at • bouu !
(3>'Peu^e BAlâons, disent les vo^sgeurs , hoaorei»! h4iBhi^^ox^ «ou yrm. nom ^ mais beaucoup rboniwent son» o^i d» die», 'l^ pev^leadore^ilun être dont lâs lois setnt incompréhsnsihkif ^ «st être exige-t-41 la croyance de TincroyaUe ; coromande*t-fl FimpraU»
l'avok pw fait rimpoaailbk , H est évir àeui que^ sous le nom de <itm, c'sst le diaUe qu'us lai peuple adore,
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ronne. Que de dévotes , d'ailleurs, ne peut^il pas
ter contre un auteur?
J ai lu le conte des oîes couleur de rose de Crél»!* Ion y et dans le inonde j'ai toujours vu ce troupeau ai^ mable et dévot , dirigé par un moine stupide , crasseux et méchant. Les oies pensent toujours d'après lui. Elles ypient l'impiété partout où il veut la leur mon«« trer.
Au reste , ce reproche n'est pas le seul qu'on me fera. L'esclave et le courtisan m'accuseront d'avoir mal parlé du pouvoir arbitraire. Je l'ai peint sans doute sous ses véritables couleurs , mais par amour pour les peuples et pour les princes eux*mèmes. Tout souverain , comme le prouve l'histoire , est , ou dans la dépendance de l'armée , s'il porte le sceptre du pouvoir arbitraire (i), bil dans la dépendance de la loi, s'il commande dans une monarchie modérée. Or, de cesdeui dépendances, quelle Q9t la plus désirable pour un prince? quelle est celle où sa personne est le moins exposée ? la dernière» Les lois gouvernent un peuple libre : les délations, la force, et l'atrocité gouvernent les peuples esclaves ; et chez eux l'intrigue domestique et le caprice de l'armée décident souvent de la vie du monarque. * Je ne m'étendrai pas davantage sur ce sujet. En ma-
(i) On peut distinguer deux sortes de despotisme : Fun en puis- . sance , l'autre en pratique. Cette distinction neuve est féconde en conséquences. .^
Un prince est despote en puissance , lorsqu'il a , par le nombre de ses troupes , par Tavilissement des esprits et des âmes , acquis le pouvoir nécessaire pour disposer à son gré des biens , de la vie ,' «t de la liberté de 'ses sujets. Tant que le prince n'use point de ce pouvoir; tant que les peufJes n'en soufrent point- iJs croient leur gouvernement bon : ils restent tranquilles. Mais lorsque, aprè^ «voir acquis le pouvoir de nuire , le prince met ce pouvoir en pratique , et qu'il dépouille les citoyens de toutes leurs propriétés , alors ils s'irritent ; ils voudraient secouer le joug qui les opprime ^ il est trop tard. C'était dans le germe de cette puissance illiinitée qu'il fallait étouffer les maux qu'ils éprouvent.
CONCLUSION GÉNÉRALE. 6l3
tîère politique, un mol suflTit pour éclairer les bommes. H n'en est pas de même en matière religieuse. Le jour de la raison passe rarement jusqu'aux dévots (i). Puissent-ils désormais, plus instruits, reconnaître enfin qu'il n'est point d'ouvrage à l'abri d'une accusation
d'impiété!
Impossibilité pour tout moraliste éclairé d'échapper aux
censurés ecclésiastiques*
*Un homme défend-il les inlérets d^ .peuple , il nuit à ceux de l'Église. Elle cherche un prétexte pour l'accuser; et ce prétexte ne lui man<jue jamais*
Les Écritures sont le livre de Dieu , et leurs diverses interprétations forment les différentes sectes du christianisme. C'est donc sur les Écritures que sont fondées les hérésies. Jésus favorise celle des ariens , lorsqu il dit, « mon père est plus grand que moi. » Jésus qhange toutes nos idées sur la Divinité , lorsqu'il semble la regarder comme l'auteur du mal , et qu'il dit dans le Pater, et ne nos inducas in tentationeniy et ne nous mduisez pas à la tentation. Or, si dans le Pater même on lit une proposition aussi singulière, dans quel
(i) Aboulola , le plus fameux des poètes arabes , n'avait nulle opinion des lumières des dévots. Voici la traduction de quelques-unes de ses stances. Issa est ven|i : il a aboli la loi de Moussai. Mahomet Fa suivi : il a introduit par jour cinq prières. Ses sectateurs prétendent qu'il ne viendra plus d'autçe prophète. Ils s'occupent inutilement à prier depuis le matin jusqu'au soir. Dites-moi maintenant : depuis que vous vivez dans l'une de ces lois, jouissez- vous plus ou moins du soleil et de la lune? Si vous me répondez impertinem* ment , j'élèverai ma voix contre vous ; mais si vous me parlez de bonne foi , je continuerai de parler tout bas. Les cl^irétiens errent çà et là dans leurs voies , et les musulmans sont tout-à-fait hors du chemin. Les Juifs ne sont plus que des momies, et les mages de Perse que des rêveurs. Le monde se partage en deux classes d'hommes : les uns ont de l'esprit et point de religion ; lés autres de la religion et point d'esprit.
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ouvrage liuinam la haine et la malignité monacales ne frouveront-*elle$ point d'héreaîe ? Écrit-oil en faveur de * rhumaniléy Fintérét sacerdotal s'en irrite , et cW alors qu'il faut s'écrier avec le prophète , libéra opus meum à labUs iniqma et à Ungud dolosd (i). Si l'on tirait de cet ouvrage quelques conséquences mal sonnantes ^ je n'en serais donc pas surpris. Ce que Dieu n'a poiilt feit datrs les Écritures , je ne l'ai certainement pas fait dans ce livre. Je n'ai point ce sot et blasphématoire orgueil. Quelle est , dans la géométrie même , la proposhion dont on né put au besoin déduire quekjue con^ qùénce alisurde et même impie ?
Ltfi point mathématique, par exemple, n'a selon les géomètres, ni longueur, ni largeur, ni profondeur : or, la ligne est le composé d'un certain nombre de points, la surface d'un certain nombr^e de lignes, le cube d'un certain nombre de surfaces. Si le point mathématique est sans étendue , il n'est donc ni lignes, ni surfaces, ni cubes; il n'existe donc ni corps, ni objets sensibles ; il n'est donc point de château, dans ce châ-* teau dé bibliothèques, dans ces bibliothèques de livres, et parmi ces livres d'écritures et de révélations.
Si telle est la conséquence immédiate de la définition du point mathématique, quel livre est à l'abri du reproche d'impiété? Le Système de la grdee n'en est pas lui-même exempt. Les théologiens f soutiennent à la fois qu'en qualité de juste, Dieu accorde à tous la grâce
(i) Que de libelles théologiques contre le livre de Y Esprit! Quel était le crime de Tauteur ? d'avoir révélé le secret de Téglise , qui coDsiste à abrutir les hommes pour en tirer le plus d'argent et de respect possible. Quelques prêtres bontfétes prirent la défense de cet ouvrage ; mais en trop petit nombre. Dans le clergé ils n'eurent point la pluralité des voix. Ce fut surtout Tarchevéque de Paris qui pressa la Sorbonne de s'élever contre V Esprit qu'elle n'entendait pas. C'était le prophète Baldiim qui, monté sur son ânesse, la presse d'avancer , sans apercevoir l'esprit ou l'auge qui l'arrête.
GONCLUilON GENERALE. 6l5
suffisante y et cependant que cette grice suffisante ne suffît pas* Quelle contradîeûoii absurde et impie !
S'(»^*il de religion y les principes ne doivent jamais porter de conséquence. L'on nesl point incrédule , lorsqu'on n'a point nié lormellament et positivement; quelque article de foi. Que les moines et les prêtres dai^ent, en vrais chrétiens, interpréter chaiitaUement ce qui peut se glisser do louche dans un ouvrage philosophique ; ils n'y verront ri^ que d'orihodove. J'ai dans celui-ci plaidé la cause de la tolérance , et par conséquent de l'humanité; niais est» on athée parce qu'on est humain ? .
Si j'écoutais moins ma raison^ peul^tre, à fexemple des jansénistes, soumettrais "je cec ouvrage à la déci-* skin du premier concile, et prierais «je le lecteur de voir jqsqn'^ ce moiHient par ses y^w 9 et de juger par sa raison. Ce que je puis lui certifier, c'est qu'en com* posait ce livre , mon objet fut d'assurer le boffbeur def peuples et la vie des souverains. Si j'ai blessé l'orgueil ecclésiastique , c'est que j'ai mieux aimé , comme Lu«cien , « déplaire en disant la vérité ^ que de plaire eu h contant des fables. »
Qu'on découvre quelques erreurs dans cet ouvrage; je me rendrai toujours ce témoignage, que je n'ai pas du moins erré dans l'intention ; que j'ai dit ce que j'ai cru vrai et utile aux particuliers et aux nations. Quel sera donc mon ennemi , et qui s^élèvera contre moi ? celui-là seul qui hait la vérité et veut le malheur de sa patrie. Au reste, que les papistes me calomnient; je m'écrierai avec le prophète : Maledicent illi , tu Domine benedices.
Ce dont j'avertis le clergé de France en particulier, c'est que sa fureur immodérée et ridicule contre les lettres le rend suspect et odieux à l'Europe. Un homme fait un livre ; ce livre est plein de vérités ou d'erreurs : dans
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le premier cas y pourquoi, sous le nom de cet auteur^ persiéculer la vérité elle-même? dans le second cas, pourquoi punir dans un écrivain des erreurs à conp sur involontaires ? Quiconque n'est ni gagé, ni homme de parti , ne se propose que la gloire pour récompense de ses travaux. Or, la gloire est toujours attachée à la vé^ rite. Qu'en la cherchant je tomhe dans l'erreur, l'oubli où s'ensevelissent mon nom- et mon ouvrage est mon supplice, et le seul que je mérite.
Veut-on que la mort soit la punition d'un raisonne* n^ent hasardé ou fiaiux; quel écrivain est assuré de sa vie, et qui lui jettera la première pierre? Que se proposent les prêtres en demandant le supplice d'un auteur ? Poursuivent-ils une erreur avec le fer et le feu , ils l'accréditent. Poursuivent -ils une vérité avec le même acharnement, ils la pi^opagent plus rapidement. Que prouve jusqu'ici la conduite du clergé papiste? rien, sinon qu'il persécuta et persécutera toujours la vérité. Plus de modération sans doute lui siérait mieux : elle est décente en tous les temps, et nécessaire dans im siècle où la cruauté excite les esprits et nt les soumet pas.
Firtus non territa monsins.