CHAPITRE IV
ConuFwnt f esprit agit.
ToT^TSft les op^raiioos de Fesprk se rëduisent à Tobser* vatîon.des ressemblances et des différences, des conve^ nanee^ en d^ dîsocmvenanoes ^e les divers objets ont entre eux et avec nous. La justesse de l'esprit dépend de l'attention plus ou moins grande avec laquelle on fait ces observations. .
Yeux «-je connaître les rapports de certains ol^fs entre eux? Que fais* je? Je place sous mes yant, ou rends préseÈs à ma mënvPÎre plusieurs , on du moins deux de ces o^ets : ^suite je les compare. Mais qu'est^ ce que. ocHnparer ? Cest observer ahematiuement et auee attention Fimprfssion àifftk'eHtex/uefont sur moi ces deux objets présens ou absens (i). Cette observatiou faite, je juge y c'est*4*dire , /e rapporte exaetemeM l'impression que j'ai reçue. Ai- je, par exemple, grand intérêt di^ distinguer entre deux nuances presque imperceptibles de la même couleur , laquelle est la plus fondée ? J*exa« mine IcMig-temps et successivement les morceaux de draps teints de ces deux numcesije tes compare, c'est^ à-dire, je les regarde aUemativement. Je me rends très-* attentif à l'impression différente que font sur moo œil les rayons réfléchis des deux échantillons, et je juge enfin que l'un est plus foncé que Tautre, c'est^t-dire, je rapporte exactement l'impression que j'ai reçue : tout
(I) Sî la mémoire, eoaservatrioc èes impressions reçues, ma éait éprouver , dans Tabsence des objets , à peu près les mêmes seosations (|u'a excitées en moi leur présence , il est indifférent , relativement h la question que je traite , que les objets sur lesquels je porte un jugement, soient présens à mes yeux ou à ma mémoire.
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autre jugement serait faux. Tout jugement n'est donc que le récit de deux sensations , ou actuellement éprou^^ yées, ou conservées dans ma mém^oire (i).
Lorsque j'observe les rapports des objets avec moi , je me rends pareillement attentif à l'impression que j'en reçois. Cette impression est agréable ou désagréable. Or, dans l'un ou l'autre cas, qu'est-ce que juger? C est dire ce que je sens. Suis-je frappé à la tête? la douleur est* elle vive ? le simple récit de la sensation que j'éprouve forme mon jugement.
Je n'ajouterai qu'un mot à ce que je viens de dire, c'est qu'à l'égard des jugemens portés sur les rapports que les objets ont entre eux ou avec nous, il est une différesce qui, peu importante en apparence, mérite cependant d'être remarquée*
Lorsqu'il s'agit de juger du rapport des objets entre eux , il faut , pour cet effiet , en avoir au moins deux sous les yeux. Mais si je juge du rapport d'un objet avec moi , il est évident, puisque tout objet peut exciter une sensation, qu'un seul suffit pour produire un jugement.
Je conclus de cette observation que toute assertion sur le rapport des objets entre eux suppose comparaison de ces objets : toute comparaison une peine, toute peine un intérêt puissant pour se la donner; et qu'au contraire, lorsqu'il s'agit du rapport d'un objet avec moi^ c'est-à-dire d'une sensation; cette sensation, si elle est vive , devient elle-même l'intérêt puissant qui me force à l'attention.
Toute sensation de cette espèce emporte donc toujours avec elle un jugement. Je ne m'arrêterai pas davantage à cette observation , et répéterai , d'après ce
(i) Sans mémoire , comm« |e Fai prouvé dans le Chapitre précédent , point de jugement.
que j'ai dit ci-dessus , que , dans totis les cas ^ fuger est sentir.
Cela pose , toutes les opérations de l'esprit se réduisent à de pures sensations, il^ourquoi.donc admettre en nous une faculté de juger distincte de la faculté de sentir? Mais cette opinion est générale^ j'en conviens; elle doit même l'être. L'on s'est dit^ je sens et je compare : il est donc- en moi une faculté de juger et de comparer distincte de la faculté de sentir. Ce raisonne^ ment suffit pour en imposer à la plupart des hommes* Cependant pour en apercevoir la &usse.té^ il ne Êiut qu'attacher -une idée nette au mot comparer. Ce mot éclairci , on reconnaît qu'iL^ne désigne aucune opéra-^ ration réelle de l'esprit; que l'opération de comparer, comme je l'ai déjà dit^ n'est autre chose que se rendra attentif aux impressions différentes qu'excitent en noufi des objets ou actuellement sous nos jeux, ou présens à notre mémoire^ et qu'en conséquence tout jugement ne peult être que le prononcé des sensations éprom^ée^.
Mais si le^s jugemens portés d'après la comparaison des objets physiques ne sont que de pures ^nsations^ en est-il ainsi de toute autre espèce de jugement ?