‹ Œuvres complètes d'Helvétius (volume 2)Chapitre 26 sur 203 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Des jugemens qui résidtent de la comparaison des idées

abstraites, collectives y etc.

JLes mois faiblesse, force,petitesse,grandeur, crime, etc., ne sont représentatif d'aucune substance^ c'est-à-dire d'aucun corps. Comment donc réduire à de pures sensations les jugemens résultans de la comparaison de pareils mots ou idées ? Ma réponse , c'est que ces mots ne nous présentant aucune idée, il est impossible^ tant

M DK L^flOMlE.

tfn'on ne les applique point k quelque objet sensibit etparticulier, qa'on porte sur eux aucun jugement* Les appliqne-t^n à deaaeiii ou sans s'en aperce?oit à ^elque objet délertnîné : rapplioàtion ftite , alors le mot de grétndèar exprimera un rapport , c'est«4^îre , une certaine différente ou ressemblance observée entre des objets présens k nos yeux ou à notre mémoire. Or, le jugement porté sur des idées deV€»iues physiques par cette application , ne sera ^ comme je le répète , que le proftonvé éhss semàtiom épnonpéts.

On me demandera peut '-être par quels mottft les hommes ont intenté et introduit dans le langage , de ces expressions , si je 1 ose dire , algébriques^ qui , jos-* qu'à leur application à des objets sensibles , n'ont au-« cune signification réelle , et ne sont représentatives d'aucune idée déterminée. Je répondrai que les hommes ont f par ce moyen , cm pouvoir se communiquer plus ftcilement , plus promptement , et même plus claire^ ment leurs idées. C'est la raison pour laquelle ils ont « dans toutes les langues , créé tant de ces mots adjectifs el substautift à la fois si Vagues (i) et si utiles. Prenons

(i) Dans ]a composition de la langue dW peuple civilisé , il entre toujours une infinité de pronoms, de conjonctions, enfin de ces mots qui , vides de sens en eux-mêmes , empruntent leurs dîfiërentes significations des expressions auxquelles on les unit , ou des phrases dans lesquelles on les emploie. L'invention de la plupart de ces mots est due à la crainte qu'eurent les peuples de trop multi* plter lei signes de leurs kttguès , et au désir de se totnmumquer plus facilement leurs idées. Si les hommes , en efifet, eussent été obligés de créer autant de mots qu'il est de choses auxquelles on peut appliquer, par exemple , les adjectifs blanc, Jort, gros , comme un gros cttbhf un gros hœnf, un gros arbre, etc. , îl est évident que ht ttittltiplicîté des expressions nécessaires pour rendbre leurs idées eût furchai'gé leur mémoire. Ils ont donc cru devoir inventer des mots qui, n'étant en eux-mêmes représentatifs d'aucune idée réelle, n^ayant qu'une signification locale , et n'exprimant enfin que le rap - {>oH des objets entre eu^ , rappelleraient cependant h leurs espritu des idées distinctes , au moment même où ces mêmes mots i^eraioal Huis aux objets dont ils désignent les rapports^

SECTION 11^ CRAPXXBE V. 87

pour exemple (^e cas expressions insignifiantes celle de ligne, considérée en géométrie indépendamment de sa longueur, largeur et épaisseur. Ce mot, enx?e sens^ ne rappelle aucune idée à l'esprit. Une pareille ligne n'existe point dans la nature : Ton ne s'en forme point d'idée. Que prétend donc le maître en se servant de cette ei^pression? amplement avertir son disciple de porter toute son atteoition svwle corps conaidéré comme .long y et sans ^^rd à ses autres dim€;nsion&.

Lorsque, pour la facilité ducalcul, on substitue dans

cette science les lettres ji et Bi^ des quantités fixes ,

ces lettres présentent-elles aucune idée? désignent^elle^

aucunei^andeur réelle ? non. Or, ce qui s'exprime, dans

la langue algébrique, par A et par B, s'exprime , dans

la langue usuelle, par les mots faiblesse f force 9 poti*

lesscy grdmdeur, etc. Ces ukUs ne désignent qu'un ràp^

port vague de choses entre elles , et ne nous présentent

d'idées listes et réelles ^'^ui .moment où on les ap^

plique à tm objet déterminé , et que on compare cet

.objet à un aotre. C'est alora que ces mots» mis, si )^

l'ose dire , en équation ciu en comparaison ^ exprimenf:

Irès-précisément le rapport des objets entre eux. Jusqu'à

ce moment, le mot de grandeur y par exemple 9 rap^

pellera à mon esprit des idées très-différentes, .selon

qoe je les appliquerai à une moiucbe ou à une baleine*

U en est de même de <ce qu'on appelle, dans l'homme ,

i'klée iM la ^pensée. Ces «iKpt*essioas sont inaigoifiantes^

en ellefrnmén»ea. Cependant;, à combien d'erreurs n'on^

elles ^^ donné naissance ? Combien de ùà» n'a-t-on

{MIS soutenu dans les^écoles que la pemée n'app€UteimM

fms^tétmîdue eCà la ^maiiei^e, il était évédent q<*e l'Orne

était spk'ltuelle ? Je a'ai, je l'avoue^ jamais rien com^

pris à ce savant galimatias. Que signifie en effet le mot

penser? Ou ce mot est vide de sens, ou, comme se

^ouiim'y il exprime simplement «une oaamèee d être de

rhomme. Or, dire qu'an mode ou nue manière d'être nVst point nn corps, ou n'a point d'étendue, rien de plus clair; mais faire de ce mode un être, et même an être spirituel , rien , selon moi , de plus absurde.

Quoi de plus vague encore que le mot crime? Pour que ce terme collectif rappelle à mon esprit une idée! nette et déterminée , il faut que je l'applique à un vol , à un assassinat, on à quelque action pareille. Les hommes n'ont inventé ces sortes de mots que pour se communiquer plus facilement ou du moins plus promp^ tement leurs idées. Je suppose qu'on crée une société où Ton ne veuille admettre que des honnêtes gens. Pour s'éviter la peine de transcrire le long catalogue de toutes les actions qui doivent en exclure, on dira, en un seul mot, qu'on doit bannir tout homme taché de quelque crime. Mais de quelle idée nette ce mot criine sera-t-il alors représentatif? d'aucune. Ce mot, uniquement destiné à rappeler au souvenir de cette société les actions nuisibles dont ses membres peuvent se rendre coupables, l'avertit seulement d'inspecter leur conduite. Ce mot, enfin, n'est proprement qu'un son et une manière plus courte et plus abrégée de réveiller à cet égard Tatlention de la société.

Aussi y dans la supposition où, forcé de déterminer les peines dues au crime, je dusse m'en former des idées claires et précises , il faudrait alors que je rappelasse sticcessivement à ma mémoire les tableaux des différens forfoits que l'homme peut commettre ; que j'exa- ^înosse lesquels de ces (brfaits sont les plus nuisibles à la société , et que je portasse enfin un jugement qui ne serait y comme je l'ai dit tant de lois, que le pro-^ noncd des semations rt>çues à la présence des dwers torbleaux de ces crimes, —

Toute idée quelconque peut donc, en dernière ana^ }yse , se réduire toujours à des laits ou sensations pby-

sîqiies^'.Ge qui jeUe. quelque obscurité sur les discus^ sioos de cette espèce , est la signification incertaine et vague d'un certain nombre de mots, et la peine qu'il faut quelquefois se donner pour en extraire des idées nettes. Peut-être est-il aussi difficile d'analyser quel^ ques-unes de ces, expres^ons ,- et de les rappeler , si je l'ose dire y à leurs idées constituantes, qu'il Test en chimie de décomposer certains corps. Qu'on. emploie cependantà cette décomposiition la* méthode et l'attention nécessaires , on est sûr du succès.

Ce^qu^ j'ai dit suffit pour convaincre lelecteur éclairé que^ toute idée et tout jugement peut se ramener à une sensation. Il serait donc inutile y pour expliquer les différentes opérations de l'esprit ^ d'admettre en nous une faculté de juger et de comparer distincte de la faculté de sentir. Mais quel est le principe ou motif qui nous fait comparer les objets .entre eux , et qui nouSi doue de l'attention nécessaire pour en observer les rapports? l'intérêt y qui est pareillement , comme je vais le montrer, un effet de la sen^ibililbé physique. ,^ .

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