‹ Œuvres complètes d'Helvétius (volume 2)Chapitre 48 sur 203 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

Les GJtcursioMS âe& hommes et leurs découvertes dans les rojliiuimes inùeUectaels , onâ toujours été à peu pr^s les mêmes. t

Entre les pays^ imaginaires que parcourt Fesprit hunoaio, celui des fiées , des génies , des enchanteurs , est le premier où je m'arrélee. On aime les contes : chacun les lit ^ les écoute^ et s'en &it. Un désir confos du bonheur nous promène avec complaisance dans le pays de^ prodiges et des chimères.-

Quant aux chimères , elles sont toutes de la même espèce. Tous les hommes désirent des richesses sans nombre^ un pouvoir sans bornes^ des voluptés sana fin .: et ce désir yol^ toujoucs au-delà de la postes-*

Quel bonheur serait le nôtre , disent la plupart des honmies , si nos souhaits étaient remplis aussitôt que, formés !^ O insensés I ignorerez-vQus toujours que c'est

i6û ne l'homme.

dans le désir même <{ue consiste une partie de votre félicité ? Il ea est du bonheur conune de F-oiseau doré envoyé par les fées à une jeune princesse. - LToiseaû s'abat à trente pas d'elle. Elle veut le prendre ; sVvance doucement : elle est -prête à le saisir; l'oiseau vole trente pas jlus loin ; elle s'avance enoore , passe plusieurs mois à sa poursuite ; elle est keureuse. Si l'oiseau se &U d'abord laissé prendre , la princesse Teùt mis en cage y et huit jours après s'en fût dégoûtée. C'est l'oiseau du bonheur que poursuivent sans cesse l'avare et la coquette. Us ne l'attrapent points et sont heureux dans leurs poursuites y parce qu'ils sont à l'abri de l'ennui. Si nos souhaits étaient à chaque instant réalisés, l'âme languirait dans l'inaction, et croupirait dans l'ennui. Il faut des désirs à Fhomme; il faut, pour son bonheur , qu'un désir nouveau et facile à remplir succède toujours au désir satisfait (i). Peu d'hommes reconnaissent en eux ce besoin : cependant c'est à la succession de leurs désirs qu'ils doivent leur félioîtc.

Toujours impatiens de les satisfaire, les hommes bâtissent sans cesse des châteaux en Espagne : ils voudraient intéresser la nature entière à leur bonheur. M'est-elle pas assez puissante pour l'opérer : c'est à des êtres imaginaires, à des fées, à des génies qu'ils s'adressent. S'ils en désirent l'existence, c'est dans l'espoir confus que , favoris d'un enchanteur , ils pourront par son secours devenir, comme dans les Mille et une NidUf

(i) U faut des désirs à Phomme pour être heureux , des désirs qui Toccupent , mais dont son travail ou ses talens puissent lui procurer l'objet. Entre les désirs de cette espèce , le plus propre à Tarracher à FeAnui, est le désir de la gloire. S'allume-t-il également en tous les pays ? Il en est où la recherche de la gloire expose Phomme & trop de dangers. Quel motif raisonnable l'exciterait à cette poursuite dans un royaume oii Pon a si maltraité les Voltaire , les Montesquieu , etc. ! Si k France, disent les Anglais , est réputée un pays délicieux , c*e&t pour le riche qui ne pense point.

SECTION II, fSbAPiT^E XX. 1^1

possesseurs xie la lampe merveilleuse, et qu'alors rien ne manquerait à leur félicité.

C'est donc rameur dntonheur produclif de l'avide cunosite et de l'amour du merteilleut, qUi, chfB lès divers peuples, créa ce» êtres s«ri*turfils> lesquels i sous les. noms de fées, dp génies, de diVes, de liries d enchanteurs de sjlphçs, d'ondins, etc., n'ont tou^ jours et^,qi^ les mêmes êtres, {lusquels on a lait partout opérer à peu près les mêmes prodiges. Preuve quen ce genre les découvertes «mt élé à péU près les mêmes. < ,

CONTES J>QlL080^aiQUCS. , . •

Les contes de cette espèce, plus graves, plus imposans, mais quelquefois aussi frivoles et moins amusan» que les premiers, ont à* peu près conservé entre çux la môtiriè ressemblance. Au nombre de ces contes à la fois SI ingénieux et si ennuyeux, je place le b^au moral <i), la bonté naturelle de l'homme., enfin les divers systèmes du monde physique. L'expérience seule devrait en être l'arqhitjcte : le philosophe ne la consuhe-t-U pas; n'a-t-il pas le courage de s'arrêter pu 1 observation lui manque.; il croit faire un système, et ne ftit qu'un conte. ' .

Ce philosophe est forcé de substituer des suppositions au Yide dps expériences, et de remplir par dès conjectures l'intervalle immense que l'ignorance aci tuellé, et plus encore rignorance passée, laissent entre toutes les parties de son système. Quant aux suppositions elles sont presque toutes de la même espèce, ym lu les philosophes anciens, voit que tous adoptent a peu près le même plaù, et que s'ils diffèrent, c'est

(I) Le beau moral ne se trouve que dans le paradis des fous oii

Sir. t' arrr -"'«•■«"- >» -p*i~. j;.^

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