‹ Œuvres complètes d'Helvétius (volume 2)Chapitre 58 sur 203 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Du peu d'inftudn'ce de f organisation et du tempérament sur les pasrions et le caractère des hommes*

Au moiiieitt où l'enfant se détache des flancs de la mère et s'ouvre lea portes de la vie , il y entré sans, idées, sans passions. L'unique besoin qu il éprouve est celui de la {àïm. Ce n'est donc point au berceau que se font sentirjes pasmOTts de l'orgueil , de l'avarice , de l'envie , de l'ambition^ du désir de Testime et de la gloire. Ces passions factices (i), nées au sein des bourgs et des cités, supposeht des conventions et des Igis déjà établies entre les hommes , par conséquent leur réunion en société. Ces passions seraient dosic inconnues et dé celui qui, porté du moment de sa naissance par la tempête et les

<i) En Europe , on peut compter encore la jalousie au nombre des passions factices. On y est jaloux, parce qu'on est vain. La vanité entre dans la compt)sîtîon de presque tous les grands amours européens. Il n'en est pas de même en Asie : la jalousie y peut être -un pur efiet de l'amour des plaisirs pl^ysiqu^s. Sait-on , par expérience , que , plus les désirs des sultanes sont contraints , plus ils sont vifs , plus elles donnent et reçoivent de plaisir ? la jalousie , fille de la luxure des sultans et dps vizirs , y peut construire des sérails et y renfermer les femmes.

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eaux sur une côte déserte, y aurait été, comme Romulus, allaité par une louve, et de celui qui, la nuit, enlevé de son berceau par une fée ou un génie , serait déposé dans quelqu'un de ces châteaux enchantés et solitaires où se promenaient jadis tant de princesses et de chevaliers. Or , si Ton naît sans passions, Ton naît aussi satîs caractère. Celui que produit en nous Tainour de la gloire est une acquisition, par conséquent un effet de l'insiruclion. Mais la nature ne nous douerait— elle point dès la plus tendre enfance de l'espèce d'organisation propre à former en nous un tel caractère? Sur quoi fonder cette conjecture? A-t^on remarqué qu'une certaine disposition dans les nerfs, les fluides ou les musdes, donnât constamment Iq màme mamère de penser; que la nature retranchai certaines fibres du cerveau des uns pour les ajouter à celui des autres; qu'en conséquence elle inspirât toujours à ceux-ci un désir vif de la gloire ? Dans la supposition où les caractères seraient l'effet de l'organisation , que pourrait féducation ? Le moral change-t-il le physique? La maxime la plus vraie rend-elle l'ouïe aux sourds? Les plus sagf s leçons d'un précepteur aplatissent-elles le dos d'un bossu? allongent-elles la jambe d'un boiteux ? élèvent-elles la taille d'un pygmée ? Ce que b nature fait , elle seule peut le défaire. L'unique sentiment qu'elle ait dès l'enfance gravé dans nos cœurs, est Famour de nous-mêmes. Cet amour , fondé sur la sensibilité physique , esi commun à tous les hommes. Aussi , quelque différente que soit leur éducation, ce sentiment est -il toujours le même en eux ; aussi , dans tous les temps et les pays, s'est-on aimé, s'aime-t-on et s'aimera-i-on toujours, de préférence aux autres. Si l'homme varie dans tous ses autres sentimens, c'est que tout autre est en lui l'effet des causes morales. Si ces causes sont variables, leurs effets doivent l'être. Pour constater cette vérité

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SECTION IV, CHAÏ^ÏTRE I. 3o3

par des expériences en grand , je consulterai d^abord l'histoire des nations. .

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