‹ Œuvres complètes d'Helvétius (volume 2)Chapitre 61 sur 203 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

De T amour des richesses et de la gloire* -

A la téie des vertus cardinales, on place la force et le pouvoir ; c'est la vertu la plus et peut-être la seule vraiment estimée. Le mépris est Je partage de la fai- -blesse.

D'où naît noire dédain pour ces nations orientales , dont quelques-unes nous égalent en industrie (comme le prouve la fabrique de leurs étoffes ) , et dont plusieurs nous surpassent peut-être en vertus sociales? Méprisonsnous simplement en eïles la bassesse avec laquelle elles supportent le joug d'un despotisme honteux el cruel ? Ce mépris serait juste ; mais non : nous les méprisons comme lâches^ et non exercées aux armes. C'est donc la force (i)qii'on respecte, et la faiblesse qu'on mé-* prise. L'amour de la force et dû pouvoir est commun* à tous (2). Tous le désirent : mais tous, comme César ou Cromwell, n^aspirent point à un pouvoir suprême: peu d'hommes en conçoivent le projet , encore moins sont II portée de l'exécuter.

L'espèce de podvoir qu'en général on Souhaite , est celui qu'on peut facilement ac(^érir. Chacun peut d*evenir riche, et chacun désire les richesses. Par elles, on satisfait à tous ses goûts , on secourt les malheureux ,

(i) En presque tout pciys» on donne à la force la préféicnoe sur la justice. En France , on met Tavocat à la taille ; on en ezemptfi le lieutenant. Pourquoi ? c'est que Tun est jusqu'à un certain point représentatif de la justice , et Tautre de la force.

0») LTiômme sans désir , Thomme qui se croit parfaitement heureux , serait sans doute insensible à Tamour du pouvoir. Est-il des ncmimes de cette espèce? oui, A^&is en trop petit nombre pour j avoir égard.

ai4 i>E l'homme,

on oI)lige une infinité d'hommes , et par conséquent on lenr commande.

La gloire , comme les richesses , procure le pouvoir^ et l'on en est pareillement avide. La gloire s'acquiert ou par les armes, ou par l'éloquence. On sait quelle estime on avait à Rome et dans la Grèce pour l'éloquence ; elle y conduisait aux grandeurs et à la puissance : Magna vis et magnum nomen, dit à ce sujet Cicé-. ron, sunt urium et idem > Chez ces peuples, un grand nom donnait un grand pouvoir. -L'orateur célèbre commandait à une multitude de cliens : et , dans tout état républicain, quiconque est suivi d'une foule de çliens j est toujours un citoyen puissant. . L'Hercule Gaulois , de la bouche duquel sortait une infinité 4e fils d'or, ét^it l'emblème de la force morale do l'éloquence. Mais pourquoi cette éloquence , jadis si respectée, p'est-^Ue plus maintenant honorée? c*est qu'elle n'ouvre plus la route des honneurs.

L'amour de la gloire, de l'estime, de la considération n'est donc proprement en nous que l'amour déguisé de la puissance- La gloire , dilK>n , est la. maîtresse de presque t^ua les gra^nds hommes : iU lai poursuivant à travers les dangers; ils bravent, pour l'obtenir , les travaux de la guerre, les enniiis de l'étude, et la baîiie de vûUe rivaux (i). Mais dans qu<A pays? dans ceux où la gloire fait puissance. Partout oii la gloire ne «era qu'un vain titre , où k mérite sera sans crédit réel , le citoyen p indiffèrent à l'estime publique, fera peu d'efibrts pour l'obtenir. Pourquoi la gloire est-elle regardée comme une plante du sol républicain , qui , dégénérée dans les

(i) Quds sont les enaeiiiis d'un homme céUI>re? ses rivaus et presque tous ses contemporains. De qui Thomme iliusU^ c^il k^tê ? d« Fétranger. Cest la postérité vivante. L'éloigncment des Ufux équivaut 2i celle des temps.*

ÎT

SEGx;oN IV, ghaMtre V. àiS

pays de9{)otii|uc^^ n'y pousse jamais àTec mie œrtMne vigueur ? c'e^t que ^ daxift la gloire , on n'aime pro<^ prement c{ue le pouvoir^ et que^ dans un gouvernement arbitraire^ tout pouvoir disparaît devant celui du dès^ potei li'bomme qui passe la nuit sous leè armes ou danft ses bureaux , s'imagine ôitdeir l'estime : il se trompe* L'estime n'est qiie le nom qu'il ddnfae à l'objet de son amour , et le pouvoir est la chose même;

Sur quoi j'observerai que ce ntétne édat , que cette même puis^adee^ dont quelquefois la gloire est envi* romiée^ et qui nods^ la rend si cbèrë^ doit souvent nous la rendre odieuse dans nos bonettoyens : et de là l'envie.

ÊïiAPÏTRÈ VL

/)è fënHe.

Lit nlërhe , dit Pope , produit l'envie ; eiitnmë le èôrps produit Fèmbre. Uéttiïé ëûiiùiïtë lé mérité , tëinmé * là fuméef Tincetidié et là Aèttùiûei. Vémié y sfeh«i*nëe contre le mérite, ne le respecte ni dans les grandes places , nî iùr le Irowé; Elle poiirstîit égalèrent irti Voltaire^ un Catinat^ un Frédéric, ai Ton se rapp)eiàit souvent jusqu'où se porte sa fureur , peut-être qu'effraye des msHkeiii^s semés sur les pas des grands' talenfr^ on

serait sans courage pour les aèqùérîf*.

L'homme de génie , qui se dit à la lueur de sa kmpe : Ce soir je finis wtôn ouvrage y demain est le jour de là i*écômpense' , démairi le piAlîc reconriaîsSaht â'àèquitte envers moi, d^emain enfin je reçois la couronne d^erini-' mortalité; cet homme oublie qu'il est deff envieux. En effet, demaih wrrne : l'ouvrage eàt publié, il est e^cel* lent , et le public n'aequîtté point éei dette. Vetivié

ai6 PE t'HOMME.

détourne loin de Taiiteur le parfum suave des éloges (i) ; elle y substitue Todeur empestée d^ la critique et de la calomnie. Le jour de la gloire ne luit presque jamais que sur la tombe des grands hommes. Qui mérite l'estime, rarement en jouit; et qui sème le laurier, se repose rarement sous son ombrage (a).

Mais l'envie habite-t-elle tous les cœurs? il n'en est point du moins où elle ne pénètre. Que de grands hommes ne peuvent souffrir de concurrens^ ne veulent entrer en partage d'estime avec aucun de leurs concitoyens, et oublient qu'au banquet de la gloire il faut, si je l'ose dire, que chacun ait sa portion I.

Les âmes même les plus nobles prêtent quelquefois l'oreille à l'envie : elles résistent à s^s conseils, mais non sans efforts. La nature a fait l'homme envieux. Vouloir le changer à cet égard, c'est vouloir qu'il cesse de s'aimer; c'est vouloir l'impossible. Que le législateur ne se propose donc p#int d'imposer silence à la jalousie, mais d'en rendre la rage impuissante, et d'établir, comme rcn Angleterre, des lois propres à protéger le mérite contre l'humeur du ministre et le fana-r tism^ du prêtre. C'est tout ce qu^ la sagesse peut en

(f ) De toutes les passions , Tenvie est la plus détestable. Le portrait qu'en fait je ne sais quel poète , est ef&ayant.

La compassion , dit-il , s^altendrit ^ur Finfortune des hommes : Tetivie s^en réjouit et trouve sa joie dans leurs peines. Il n'est point de passion qui ne se propose quelque plaisir pour objet : le malheur d'autrui est le seul que se propose Tenvie. Le mérite s'indigne de la prospérité du méchant et du stupide , et l'envie de celle du bon et du spirituel. L'amour et la colère allumées dans une âme y brûlent une heure, un jour, une année ; l'envie la ronge jusqu'au tombeau.

Sous la bannière . de l'envie marchent la haine , la calomnie , la trahison et la cabale. Partout l'envie traîne à sa suite la maigreur de la famine , les venins de la peste et la rage de la guerre.

(2) Si les grands écrivains deviennent , après leur mort , les précepteurs du genre humain , il faut convenir que , de' leur vivant , les précepteurs sont bien châtiés par leurs élèves.

SECTION IV, CHAPITRE VI. ai 7

faveur des talens. Prétendre plus , et se flatter d'anéantir l'envie , c'est folie. Tous les siècles ont déclamé contre ce vice. Qu'ont produit ces déclamations? rien. L'envié existe encore, et n'a rien perdu de son activité, parce que rien ne' change la nature de l'homme*

Cependant il est un «loment où l'envie lui est inconnue : ce moment est la première jeunesse. Peut -01» encore se flatter de surpasser , ou du moins d'égaler en mérite des hommes déjà honorés de l'estime publique? e$père^t<-on entrer en partage de la considération qui leur est décernée? alors, pleins de respect pour eux, leur présence excite notre émulation; on les loue avec transport,, parce qu'on a intérêt de les louer, et d'ac^ contvimer le public à respecter en eux nos talens futurs. La louange est un tribut que la jeunesse paye volontiej^ au mérite, et que l'âge mûr lui refusera toujours. . A trente ans, l'émulation de vingt s'est déjà trans^ formée en envie. Perd-on l'espoir d'égaler ceux qu'ont admire, l'admiration fait place à la haine; La ressource de l'orgueil , c'est le mépris des talens. Le vœu de l'homme médiocre , c'est de n'avoir point de supérieur. Que d'envieux répètent tout bas, d'après je ne sais quel comique:

Je t^aime d'autant plus que je t'estime moins.!

Ne peut-on étouffer la réputation d'un homme célèbre? on exige du moins de lui la plus grande modes^ tie. L'envieux a reproché à Diderot jusqu'à ces mots du commencement de son Iplerprétation de la /lature :- Jeune homme, prends, et lis. L'on était jadis moins dif-' ficile. Lé jurisconsulte Dumoulin dit de lui : Moi qui 71 ai point éCégal, et qui suis supérieur à tout te monde. Tant d'actes d'humilité exigés maintenant de la part des auteurs, supposent un singulier accroissement dans Torgueil des lecteurs. Cet orgueil annonce la haine du

3l8 DE l'homme.

mérite , ei celte haine est nalorelle. En cfffèt> ai, jalonit de leur bonheur , les honunes désirent le pouvoir^ et par conséquent la gloire et la considération qui le procurent^ ils doivent détester, dans un homme trop illustre^ celui qui les en prive. Potirquoi dil^on haute* ment tant de mal des gens d'esprit? c'est qu on se sent intérieurement forcé d'en penser du bien. Lorsqu'on tire le gâteau des rois , on en conserve une part pour Dieu : et lorsqu'on détaille le mérite d'un homme sii-*> périeur^ on lui trouve toujours quelque défaut; c'est la part de l'envie.

Ne s'élève-t-<Hi point au^lessus de ses concitoyens^ on veut> les abaisser jusqu'à soi. Qui ne pent leur être supérieur y veut du moins vivre avec des égaux (i)i Tel e^ et sera toujours Thomme. Parmi les âmes vertueuses et le plus au-dessus de la jalousie , peuvétre n'en est-il aucune *^qui ne soit souillée de quelque tache légère. Qui peut en effet se vanter d'avoir toujours loué coura-s geusement le génie ; de n'avoir à cet égard jailiais dissH mule son estime ; de n'avoir pas^ en présence du maître^ gardé un silence coupaUe, et, dans les éloges donnés aux talensy.de n'avoir point ajouté un de ces mais per^ fides , qui si souvent échappent à la jalousie (n) ?

(i) Est- on iaténeufemétit éaatraini de rêcènnâttre, dans un autre , plus d^esprit qu^en soi , on le hait , sa présence importune ; Yon veut se venger, s'en défaire j et, potircct eflfet , ou on le force &>'expatrier, covime Descartes, Bbyk, Maup^rtm» etc. , oli on lé persécute comme Montesquieu , Rousseau, etc.

Le mérite réservé donne à la fois une disposition au respect et à la haine ; et le mérite af&ble y une disposition à tstmour et au mépris. Qui veut Atre chéri; de ce cfai Tenv^ronne , doit se contenter de peu d'estime, youbli du mérite en est le pardon* Les grands takns font quelques admirateurs et peu d'amis. Le vœu secret et général du plus grand nombre , ce n^est pas que Tesprit s^exatte , c'est que la sottise «"étende.

(a) Que d'hefnmes donnent aux anoiens la préférence snr les mo* deiTies , pour n'être pas forcés de reconnaître dans leur société ua Locke ^ un SéDèc[ue, un Virgîl^j etc. !

SECtION. IV, CHAPITRE VI. 2ig

Tout grand lal^nt ôst en général un objet de kaiâe y et de là l'empressement avec lequel on achètle lesfeuUlea où on le déchire cruellement* Quel msilre motif leà ferait lire ? Serait^-ce le désir db perfifioitoimer scm goût (i) ? mais les aàteors dé ces femlles ne sont ni des Longin ^ ni des Dèspréaùx i ils n'ont pas même la prétentioâ d'éclairer le public. Qui peut composer de bons ouvrages , ne s'amuse point à critiquer ceux des autres. L'impuissance de bien faire produit le critique. Sa pro* fession est humble. Si les Desfbntaines plaisent , c^est en qualité de consolateurs des sols (2). C'est l'amertume de leur satire qui proclame le génie. Blâmer avec acharnement e^t la manière de louer dé Tenviie. C'est le pre« mier éloge que reçoit l'auteur d'un bon ouvrage | et le seul qu'il puisse arracher de ses rivaux. C'est à* r^et qu'on admire r c'est uniquement soi qu'on veut trouver estimaj&let H n'est presque point d'hommes qui he parviennent à se le persuader. A-t*«on le sens commui^? oa le préfère au génie. A-l-ôn quelques petites vertus? on les met au-dessus des plus grands talens. On déprise tout ce qui n'est pas soi. En fait d'envie y il n'est qu'uti homme qui puisse s'ea croire %xempt ; c est c^ui qui ne s'est jamais examiné.

., (i> Quel motif fait acheter le^ feipUes satiriques ? la critique qu'on y fait des gni]i.ds homaies , les lpuai|[es qa'<» j doBne aux médiocres. On ne changera point ; à cet égard , la nature humaine. Si les Athéniens y dit Plutarque , avancèrent si proaq^tement le ieune Cimon aux premières places , c'était pour mortifier Thémistoclç : i]s s'en-* nujaient d^estîmer long-temps le même homme * Pourquoi vante-t*ou à l'excès les talens naissans ? soiivent pour déprimer les talens reconnus* Pénètre-t-on , dit Plutarque, profondément dans le cœur humain, en connaît-on les principes moteurs : on voit que le désir d'obliger un homme a souvent moins de part au service qu'on lui rend, que l'envie d'en humilier un autre.

(a) Racine et Pradon firent chacun une Phèdre. Les Desfontaines à\x siècle s'élevèrent contre Racine , et leur critique eut du succès. Elle déchargea quelque temps les sots du poids insupportable de l- estime.

220 DE li^HOMlIfC»

. Le génie a pour protecteur (i) et panégyriste la jeunesse y et quelques hotnmes éclairés et vertueux. Maïs leur impuissance protection (2) ne lui donne ni crédit, fii coimidération. Quelle est cependant la nourriture commune du talent et de la vertu? ce sont la considération et les éloges. Privés dé cette nourriture ^ lun et Taulre languissent et meurent; l'activité et lenergie de l'âme s'éteignent : c'est la flamme qui n'a plus rien à dévorer.

Dans presque tous les gouvememens, les talens, coonme les prisonniers des Romains , conda innés et livrés aux bêtes , en sont la proie. Le génie est-il eti mépris à la cour? l'envie fait le reste (3). Elle en dé* truit jusqu'à la semence. Le mérite a-t-il toujours à limer contre l'envie ; il se fatigue et quitte l'arène, s'il n'y voit point de prix pour le vsdnqueur. On n'aime ni l'étude, ni la gloire pour elles-mêmes, mais pour les plaisirs, l'estime et le pouvoir qu'elles procurent. Pourquoi? c'est qu'en général on désire moins d'être estimable que d'être estimé; c'est que, jaloux de la gloire dxk moment (4)9 la plupart des écrivains; uni-quement attentifs à flatter le goût de leur siècle et de

(i) En général , les pères honnêtes et peu éclairés voient impatiemment leurs fils fréquenter les hommes de lettres et donner k leur société la préférence sur toute antre : Fcrgueil pafernel en est humilié.

(2) Si, comme on le' dît, les lettres et la philosophie sont, en France , sans protecteurs , on peut , sans ^tre prophète , assurer que la génération prochaine y sera sans esprit et sans talens , et que , de tous les arts , ceuir de luxe y seront les seuls cultivés.

(5) la violence et la persécution sont en général proportionnées au mérité du persécuté. En tout pays , les hommes illustres ont éprouvé des disgrâces. En Angleterre , il n'y a guère plus de cent cinquante ans qu'on y peut être impunément grand homme.

(4) Peu d'auteurs pensent d'après eux. La plupart font des livres d'après des livres. Cependant, qui n'a point une manière à )ui ne doit pas s'attendre à l'estime de la postérité.

SECTION FF^ CKÂPtritE VI. 2i:>f

leur natian (i), ne lui |)rëseiiie»t ijoq lesidées^du jour, des idaeis agrâ^ks à l'hoBime en plao^i par la protection duquel ils espèrent obt^iîr argent, considération , et même un succès éphémère.

Mais il est des hommes qui le dédaignent : ce sont ceux qui , ti*ansportés en esprit daôs l'aYemr , et jouis* sant d'avance des âoges et de la considération de la postérité, craignent de sunrivre à leur réputation (a). Ce seul motif leur fait sacrifier la gloire et la considération du moment à l'espoir quelquefois éloigné, d'une gloire et d'ane considération plus grandes. Ces hommes sont rares : ils ne désirent que l'estime des citoyens estimables.

Qu'importe à Marmontel les censures (3) de la Sorbonne?il eût rougi de ses éloges. La couronne tressée par la sottise ne s'ajuste point »ir la tête du génie. C'est le nouvel ornement d'architeclure dont on avait en Languedoc couronné la maison carrée. Un voyageur passe devant l'édifice, et s'écrie : « Je vois le cha- D peau d'Arlequin sur la tête de César. »

Qu'on n'imagine cependant pas que le citoyen le

(i) Jadis toujours k genoux devant les anciens, quiconque eût; en secret , préféré le Tasse k Virgile ou k Homère , n'en fût jamais convenu. Quel motif néanmoins a-t-on de taire son sentiment, lorsqu'on ne le donne pas pour loi ? qui mieux que la diversité des opinions peut éclairer le goût du public ?

(a) Le prince et le magistsat redoutent-ils le jugement de la postérité : ib méritent communément son estime ; ils sont justes dans leurs édits et leurs sentences. Il en est de même d'un auteur : a-t-il , en écrivant , la postérité présente à son souvenu: : sa manière de composer devient grande'; il découvre des vérités importantes ; il s'assure de l'estime générale , parce qu'il écrit pour les hommes de tous les sièeks et de tons les peys.

(3) Ce libeHe tbéologique, intitulé : Censure deSéiisaire, Mt horreur par la barbarie et la cruauté de ses assertions : il rappelle toujours k moa esprit ce beau vers de Racine :

£b quoi ! Mathan , d'un praire est-ce là le |«nga||e?

plu» jaloux d'oaate eatime di^rable aipie la g[Iolre et la venté pour dlei4nen«^ Si telicr ûm, la nacare de chaque individu , cpi'il soil liécdsaîté de s'aimer de préférence à tous , l'amour dit vm eal toujenrs en Im subordonné à l'amour de son bonheur : il ne peut aimer dana le vrai que le moyen d'accroître sa (SéUcité. Ausà ne re-* cherche*t41 ni la gloire , ni la vérilc, dans les pays et les g^nvornemena où l'un et l'autre sont méprisés.

La fiu*eur de Veuyte , le désir des richesses et de^ talens^ l'amour de la eonsidération , de la gloire et de la vérité , ne aoni donc jamais y dana l'hémme , que l'amour de la feree et du pouvoir (i), déguisé aoqs ces noms différens.

Page 1