‹ Œuvres complètes d'Helvétius (volume 2)Chapitre 60 sur 203 · CHAPITRE IIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IIL

Des chamgetn/au smrvefms dams b oturadèrê d» pmtfiicm»

Hors*

Ce qui s^Qfère en grand et d'une manière firippanie dans les nadons, a'opère en peiil et dWe manière moins sensible dans les indi?iaas. Presque tout chan* gement dans leurs positions en occasionne dans leurs . caractères. Un homme est sévère , chagrin , impérieux; il gronde 9 il maltraite ses esclaves ^ ses enfàns et ses domestiques. Le hasard Fegare dans une fbrét , il se relire la nuit dans un anire. Des lions y reposent. Cet homme y oonserye-t-il son caractère dur^ et chagrin ? Non : il se tapit dans un coin de lantre, et n*<»tcite p par aucun geste, la fureur de ces animaux.

De lantre du lion physique, qu'on le transporte dans la cayeme du lion moral ; qu'on l'attache au service d'un prince cruel et despote : doux et mode rë en présence du maître , peut^^trecet homme deviendra*t*il le plus vil et le plus rampant de Be$ esclaves. Mais^ dira-t-on, son caractère contraint ne sera pas changé; c'est un arbre courbé avec eiFort, que son élasticité naturelle rendra bientôt k sa première forme. Eh quoi t imagine-t^n que cet arbre , quelques années assujetti par des câbles à une certaine courbure , pût jamais sef redresser ? Quiconque assure qu'on contraint et qu'on ne change point les caractères, ne dit rien autre chose, sinon qu'on ne détruit point en im instant des habi-» tudes anâennement contractées.

L'homme d'humeur la conserve , parce qu'il a lois* jonrs quelque inférieur sur lequel il peut reiercr^r» Mais qu'on le tienne long-temps en présence d'ua lipo Tome II. 14

OU d'un despote, nul doute qu'une contrainte longue , répétée , et transformée en habitude , n'adoucisse son caractère. En gé^éf ^1 , tant qu'pn est jeune assez pour contracter des habitudes nouvelles, les seuls défauts et les seuls^ vices incuvaUes sont ceux qu'on ne peut corriger sans employer des moyens dont les mœurs, les lois on la coutume ne permettent point l'usage. Il n'est sien ^'impossible à l'éducation ; elle fait danser l'ours.

Notre premîèra nature, comice le prouvent Pascal et l'expérience , n^st autre chose que notre première habitude.

L'homme naît sans idées , sans passions ; il naît imitateur ; il est dodle ii l'exemple : c'est , par conséquent, à l'instruction qu'il doit ses habitudes et son carac* tère. Or, je demande pourquoi des halûludes oontraor: tées pendant un certain temps ne seraient pas , à la longue, détruites par des habitudes contraires?. Que de gens changent dé caraclève , selo^ le rang , seloi^ la place différente q\i'ils. occupent à la cour et dans le ministère, enfin selon le changem^it arrivé dans leurs positions ! Pourquoi le bandit , transporté d'Angleterre en Amérique, y de vient<*il souvent honnête? c'est qu'il devient propriétaire.; c'es^ qu'il a des terres k cultiver, et qu'enfin sa position a changé.

Le militaire est;, danâ les camps, dur et impitoyable; l'officier , accoutumé à voir couler le sang , devient insensible à ce spectacle. Est-il de retour à Londres , à Paris , à Berlin ? il redevient humain et compatissant. Pourquoi regarde-t-on chaque cart^ciére conune Teffist d'une organisation particulière , lorsqu'on qe peut dé-, terminer la nature de cette çrganisaiion ? Pourquoi Percher dans des qualités occukes la cause d'un phé* nomène n:^oradt que .le. . développement du sentuiient de l'amour de soi peut si clairement et si fitcilemént^ expliquer?

SfeCTÏO» IV, CÏIA»IT»E IV, *»,

CHAJ>ITBE IV.

D9 rumour âé soi.

L'bomkx est Moselle siu pbisir «t à h cbraléM" tohfu «ique» : a fuit Ton et ébetskmVataxe; «t c'«t ï cette fuite et à cette recherche constante ^pAu doiUM te ttoca d'amour de soi.

Ce semiment , ^et iimitédiai! de k sensibiltté phy. «ique, et coramtm à tons , est ins^paraEJe' de l'homme.' J'en donne poor preut» s* f^rmanenee , Fiinp<M«ibia Irté de le «h«nger ou mène de Va\tém. De toi» le» sentinens» c'est le seul ^e cette e9{ràcé : ttot» hii de^ vons tous nos dërirs, toute* nos pawofts; elfes ne sont que TappEcatien dcr sentiment de famoia' de soi à tel «m tel objet. C'est done à ce sentàmcnt di«ersemeM modifié, selon l'éducation qu'on reçoit, selen te-gO«h> vernement sous lequel on vit, et les positions différentes où f on se trouve , qn^an dbit attribuer bétonnante diversité des passions et des caractères.

L'amon» de nous-anême» nous iàit en «mier œ mm nous sommes. V» quelle raison est^nr si avide d'honneurs et de dignités? c'est qu'on s'aime, c'est qu'on désire son bonheur, et par conséquent k peuvoii' de se le prôcuper. L'amour de la puissance, el àté taoym^ de l'acquérir , est donc nécessairement lié dans Itiomme^ a l'amour de lui-même (i). Chacun veut commander,

(I) Lramonr de l'homme pour le pouvoir est tel, qu'en Angleterre m&neilnest presque point de ministre qui ne voulût revoir son pnncedupouvoirarbitraire. L'ivresse d'une grande place fait oublier «1 ministre, qu accablé lui-même sous le poids du pouvoir qu'U édifie tel et sa postérité en seront peut-être les premières victimes.

yui fait chercher les grands emplois ? Serait-ce le désir d'y faire le bien? qui ne serait animé que de ce motif, les regarderait comme

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parce que chacun voudrait accroître sa félicité , et f pour cet effet , que tous ses concitoyens s*en occupas-» sent. De tous les moyensr df Los jr contraindre , le plus sûr est celui de la force et d^ la violence. L^amour du pouvoir, fondé sur celui du bonheur, est donc Tobjet commun de tous nos désirs (i). Aussi les richesses, les bomieur^, la gloire, Tenvie, la considération, la jusptice, la vertu, l'intoléraiice , enfin toutes les passions factices (2), ne sont-elles en nous que l'amour du pou* voir déguisé sous ces noms différens.

Le pouvoir est Tobjet unique de la recherche des hommes. Pour le prouver , je vais montrer que toutes les passions ci -dessus cyées ne sont proprement eu nous que l'amour du pouvoir; et j'en concluerai que^ cet amcmr étant commun à tous , tous sont susceptibles du désir de l'estime ^ de la gloire , par oollséquent de l'espèce de passion propre à mettre en action l'égale aptitude qu'ont à l'esprit les hommes organisés comme le commun d'entre eux.

un fardeau. Si on les désire , c^est moins pour Futilité publique que pour la sienne propre. Les hommes ne naissent donc pas aussi bons que quelques-uns le prétendent. Bonté suppose amour des autres , et e'est en nous seuls que se 'concentre tout notre amonr.

(i) Le désir du pouvoir est général ^ et si , pour y parvenir^ tous les hommes ne s^exposent point aux mêmes dangers, c'est que Tamoiir de la conservation est , dans la plupart d'entre eux , en é^îlibre avsc Famour de la puissance.

(3) Tout en nous est passion factice, à Fexception des' besoins, des douleurs et des plaisirs physiques.

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