CHAPITRE XVIII
De Vintolérance réligieUse.
Cettk espèce» d'intolérance esit la plus dangereuse; l'amQur du pouvoir en est le motif, et la religion le prétexte. Que punit-on dana l'hérétique ou l'impie ? l'homme assez «udacieux pour penser d'après lui , pour croire plus à sa raison qu'à cette du prêtre. Ce prétendu vengeur du ciel ne l'est jamais que de son orgueil humilié. Le prêtre eSt le même dans presque toutes Ijes religions. •^
kax yeux d'un muphtî comme à ceux d'un bonze , un incrédule est un impie que doit frapper 1q feu du ciel , un homme qui , destructeur de la société , doit ^tr^ brûlé par ello : aux yeux du sage , ce n'est qu'un homme qui ne croit pas au conte de ma mère Foie. Mais que manque*-i-il à ce conte pour être une religion? rien; sinon qu'un grand nombre de gens en soutiennent la vérité.
• Se peut41 que des hommai couverts des haillons de la pénitence et du masque de la charité , aient en tout temps été les plus atroCe^? Quoi! le jour de. la tolérance *ne luit point encore? Quoi! des gens honnêtes se haïssent et se persécutent sans honte pour des disputes de mots , souvent pour le choix des erreur^, et parce qvCiU portent les noms divers de Luthériens ^ de Calvinistes , de Catholiques^ de Mahométan«, eic!
36o tiE L HOMME.
En anathématisant le kàlender ou le dervîdte, le moine ignore-t-il qu'aux yeftx âe ce denridie , le ym impie, le vrai* scélérat , est ce chrétien, ee^pape, ce moine qui ne croit pas à Mahomet? Fant-îl qi^étermellement condamnée à la stupidité, chaque secte approuve en elle ce qu elle déteste dans les antres ?
Qu'on se rappelle quelquefois la parabole ingénieuse d^uu peintre célèbre. Transporté , dit-tl , en rêve aux portes du paradis, le premier objet qui fraippe mes yeux , e9t un yieîHard venéfahle : à ses clefs , à sa tête chauTe , à sa longue barbe , je reconnais saint Pierre. L'apôtre se tient sur le seuil des portes câesteei Une ibule de gens s'avancent vers lui. Le premier qui se présente est un papiste. }'ai, lui dit -il, toute ma vie été dévot, et cependant assez honnête* homme. Entre donc j répond le sakit, et place-toi au banc des catholiques. Vient après un réformé; il lui présente la ihénte requête; il^en reçoit la même réponse: place-toi, dît le saint , parmi les réformés. Arrivent easuite des marchands de Smyrne, de Bagdad, de Bassora, etc. ; ils étaient musulmans^ avaient toujours été vertueux, et saint Pierre leur fit prendre place parmi les musiilmaiis. Enfin vient un incrédule. De quelle secte es-tu? demande Tapôtre. — D'aucune, monseigneur; j'ai cependant toujours été honnête. — Tu peux donc entrer; mais où te mettre ? choisis toi-même ; assieds-toi près de ceux qui te paraissent les plus raisonnables.
Plut au ciel que , éclaîre par cette parabole , on ne prétendit plus commander aux opinions des autres! Dieu veut que la vérité soit la réeompense de l!examen. Les prières les plus efficaces pour en obtenir la connais* sance; sont, dit- on, Fétude et l'àpplicaticHi. Q menues stupides ! avez-vous jamais fait celte prière?
Qu'est-ce que vérité ? vous Tignorez , et vous persécutez celui qui , dites^ous , ne la connaît pas ; et voo»
SECTION IV, CHAPITRÉ XVIIÎ. a6l
avez canoniâé les dragpnades des Cévennes^ et vous avez élevé à la -dignité de saint , un Qominique , un barbare qui fond» le tribunal de Tinquisition et massacra les Albigeois (i); et, sous Charles IX , vous faisiez auxjCa-
(i) Le» Albigeois forent traités comme les Vaudoîs. On n^imagine poiqt Texcès auquel se porta contre eux la fureur de Tintolérance. Le tableau enrayant des barbaries exercées contre les Vaudoîs , nous est conservé par SamuerMorland , ambassadeur d^Angletetre en Sapote, et pour lors résjdaot sur les lieux jnémes. « Jamais , dif-il, les » cbrétiens n'ont commis tant de cruautés contre les chrétiens^ On » coupait la tête aux Barbes (c^étaient les pasteurs àt ces peuples) , )) on les faisait bouillir , on les mangeait ; on fendait avec des cail* 3» l^ux le v«atre des femmes jusqu'au nombril y on coupait à d'autres » les mamelles, on les faisait cuire sur le feu, et on les mangeait j a> on mettait à d'autres le feu aux parties honteuses , on les leur >» brisait , et Ton mettait en place des charbons ardens j on arrachait 3» à d'autres les ongles avec des pijpces ^ ou attachait des hommes 9 demi-mor^à la queue 'des chevaux^ et on les traînait en cet état » à travers les rocherH. Le moindre de leurs supplices était d'être » précipités d'un mont escarpé , d'oii ils tombaient souvent sur des X» arbres auxquek ils restaient attachés et sur lesquels ils périssaient i> de faim, de froid ou de blessures. On en hachait en mille pièces, » et l'on semait leurs membres et leurs chairs meurtries dans les » campagnes. On empalait les vierges par les parties naturelles ; on » les portait en cette posture, en guise d'étendards. On traîna entre » autres un jeune homme nommé Pélanchion , par les rues de Lu- » cerne, semées partout de caiUoux pointus. Si la douleur lui faî- » sait lever la tête ou les mains , Qn les lui assommait. Enfin on lui )> coupa {es parties honteuses qu'on lui enfonça dans la gorge , et » on Fétouâa ainsi ^ ensuite 6n lui xotpa la ^e , et l'on jeta le tronc » sur le rivage. Les catholiques déchiraient de leurs mains les en- » fans 4ti'ils arrachaient au berceau ^ ils faisaient rôtir les petites ^ filles toutes- vives , leur coupaient les mameUes et les mangeaient ^ » ils coupaient à d'a\itres le nez, les. oreilles et les autres parties da » corps j ils remplissaient la bouche de quelques-uns de poudre à » canon et y mettaient le feu ; ils en écorchaient tout vi& j ils en » tendaient la peau devant les fenêtres de Liiceme ; ils amchaient > h cervelle à d'autres qu'ils faisaient rôtir et bouillir pour en man- » ger Les moindres supplices étaient de leur arraeher le cœur , de là » brûler vifs , de* leijr couper le visage , de les mettre en mille mor- » ceaux , et de les noyer. Mais ils se montrèrent vrais catholique et » dignes romains ,quand ils allumèrent un four à Garcigliane, dans » lequel ils forcèrent onze Yaudois à se jeter les uns après les autres
202 DE l'hOMSCE.
tholiques un devoir du mearlre des réformes; et, dans Ce siècle ^ifin si édatré , où la tolérance reoommahdée dans l'Évangile devrait être la vertu de tous leshoinmesy il eM de» monstres qui traitent la toléranœ de <»ime et d'indifférence pour ]a religion , et qui voudraient revoir encore ce jour de sang et de massacre, ce jour affreux de Saint-Barthélemi , où l'orgueil sacerdotal se promenait dans les rue^ commandant la mort des Français. Tel le sultan , suivi du bourreau , parcoui*t les rues de iConstant}nople demandant le sang du chrétien qui porte la . culotte rouge. Plus barbares que ce sultan , c'est vous qui distribuez aux chrétiens des gliives pour s'entr'égorger.
O religions! si vous n'étiez que ridicules, riiomme d'esprit ne révélerait poi^t vos absurdités (i). S'if s'en fait un devoir, c'est que ces absurdités, dans des hom-
» dans les flammes , jusque dernier , que ces meurtriers y jetèrent » eux-mêmes. On ne voyait dans toutes les vallées que des corps » morts ou mourans. Les neiges des Alpes étaient teintes de sang. )) L'on trouvait ici une tête coupée, la un tronc, des jambes ^ des a bras , des entrailles déchirées et un cœur palpitant ».
Quel prétendu crime punissait-on dans les Yau^ois avec tant de barbarie ? celui , disait*on , de la rébellion. Ce qu!on leur reprochait c'était de n'avoir poiat abandonné leur demeure et le lieu de leur naissance au premier ordre de Gf stalde et du papej de ne s'être pçint exilés d'un pays qu'ils possédaient depuis quinze cents ans, et dans lequel ils avaient toujours libreiilënt exercé leur culte. C'est aiasi que la douce religion catholique , ses doux ministres et ses doux saints .ont toujours traité les hommes : que feraient de plus les apôtres du diable? . (i) On ne porte point sur les religions l'œil attentif de l'exameOf sans concevoir le dernier mépris pour l'espèce humaine en général, et pour soi-même en particulier. Quoi ! se dit-on , il a fallu des milliers d'années pour désabps^ des hommes aussi spirituels que moi des contes du paganisme ! Quoi ! les Juifs et )es Guèbres conservent encore leurs erreurs I Quoi ! les musulmans croient encore à Mahomet, et seront peut-être des milliers d'années k reconnaître la fausseté du Koran ? Il faut donc que l'homme soit un animal bien imbécille et bien crédule, et qu'euûn notre planète , comme l'a dit un sa^ , soit le BedUm ou les PetUes-Mai^ons de l'univers*
SECTION IV, CHAPITRE XVIII. a63
mes armés du glaive de rintolérance (i)^ sont un de^ plus cruels fléaux de rhumanité.
Entre les diverse^ r^gîpQs^ quelles sont celles qui portent plus de haine aux autres sectes ? la catholique et la jfiWe. Cette haine est-elle dans leurs ministres reffet de leur ambition ou celui d'un zèle stupide et jnal entendi\? La différence entre le vrai et le faux zèle est frappante; on ne peut s'y méprendre ^) : le premier est toute onction , toute humanité, toute dooceur, toute charité; il pardonne à tous et ne nuit à personne :' telle est au moins l'idée que nous en donnent les paroles et Içs actions du Fils de Dieu (5).
(i) Pourquoi le prêtre est-il assez généralement aimé en Angleterre? c^esl^qu^il est tolérant ; c'est que la loi lui lie les mains, et ne lu( laisse nuUe port à Fadministraiion : c'est qu'il ne nuit et .ne peu^ nuire à personne : c'est que l'entretien du clergé" anglais est çioin^ à chargea l'état que celui du clergé catholique, et qu'enfin en ce pays la religion n'est proprement qu'une opinion philosophique.
(3) Ce que je dis du aèle , je le dis de l'humilité. Quelque sot qu'on suppose un cardinal , il ne Test jamais assez pour se croire yraiment humble , lorsqu'il se donne à Rome pour le protecteur d'un empire tel que U France. La vraie humilité refuserait un titre atissi fas> tueux. Non que je veuille nier la stupidité de quelques prélats : mais leurs ambitieuses prétentions prouvent moins l'habileté du clei^gé, que la sottise des peuples. « Pendant mon séjour au Japon , me disait j),un voyageur , on ne prononça jamais le nom D,ot-vSury'iSama , 3» c'est'à-dire. Monseigneur la Grue^sans que je ijae rappelasse mal- 9 gré moi le nom de quelque évéque. »
(3) Jésus n'ejcerça nulle domination sur la terre. S'il eût voulu que le saceiKloce y commandât , il eût d'abord légué ce comn»and&mentà ses apétres. Or, leurs successeurs en sont encore h cous montrer Iwy commission et le titre d'un pareil l^s.
a64 DE l'hombce.