CHAPITRE XVII
LaJIatterie n*est pas moins agréable aux peuples quaux
. sous^erains.
Xj£S peuples veubnty comme les rois ^ être courtisés et fiatlés. La plupart des orateurs d'Athènes n'étaient que de vils adulateurs de la populace. Prince ^ nation^ particulier (i); tout est avide d'éloges< A quoi rapporter ce désir universel ? à l'amour du pouvoir. Qui me loue 9 réveille en moi l'idée de puissance à laquelle se joint toujours l'idée du bonheur. Qui me contredit ^ rappelle au contraire à mon souvenir l'idée de Eaiblesse à laquelle se joint toujours Tidée du malheur. Le désir de la louange est commun à tous ; mais^ trop sensibles à cette louange , les peuples ont quelquefois donné le
(i) £st>oa riche : on veut être loué comme riche. A-V-on de la naissance : on veut être loué comme gentilhomme. Est-on bien fait : on veut être loué pour sa taille. En fait de louange , on n^est point difficile, on s'accommode de tout.
nom de bons patriotes à leors plus vils flatteurs. Qu'on vante avec transport la vertu de sa nation , niaîs qu'on ne soit pas aveugle sur ses vices* L'ëlève le plus vnR-< ment aimé, n'est pas le plus loué« Le véritable ami n'est poini adulateur*
Les |)ftrticulicrs ne sont que trop portés à vanter les vertus de leurs concitoyens; ils font cause commune avec eux. Notre adulation pour nos compatriotes n'est point la mesure de notre amour pQur la patrie. En gé-: néral , point d'bomme qui n'aime sa natiop. L'amour des Français est naturel auv: Français. Pour devenir mauvais citoyen , il faut que , détachant mou intérêt de l'intérêt public , les lois me rendent tel.
L'homme vertueux se reconnaît au désir qu'il a de rendre encore, s'il est possible, ses concitoyens et plus illustres et plus heureux. En Angleterre , les vrais patriotes sont Ceux qui s'élèvent avec le plus de force contre les abus du gouvernement. En Portugal^ à qui donne-t-on ce même titre ? à celui qui loue le plus bassement l'homme en place. Et cependant quel citoyen I quel patriote ! . . -
C'est à cette connaissance . approfondie des motifs de notre amour pour la flatterie et de notre liaine pour la contradiction , qu on doit la solution d'une infinité de problèmes morpux , inexplicables sans cette connaissance. Pourquoi toute vérité nouvelle est^lje d'abord si mal accueillie? c'est que toute vérité de cette espèce contredit toujours quelque opinion généralement accréditée^ prouye la fiiibiesse et la fausseté d'une infinité d'esprits, et quune infinité de gens par conséquent ont intérêt de h^r et d'en persécuter l'auteur^
Le frère Corne perfectionne l'instrument de la taille ; il opère d'une manière nônvelle : cette manière est à la fois moins dangereuse et moins douloureuse. Qu'importe ? L'orgueil des chirurgiens -fameux eo esl^ bu-
SECTION IV, CHAPITRE xyil. 25
Mnïi^l a» le persécutent, veulent le banfiir de France^ lis solhcttént une lettl^ de cachet, et le hasard veuî qu'«»n la refiise. ^®"*
Si l'hoMme de ge'iiie est presque partout plus vive ment pouraum que l'assassin , c'est que l'un n'a que
les parensdel'assassmé, et l'autrè toul ses concitoven! pour ennemis. wjcns
^ J'aivù^une dévote demander à la fois au ministre U grâce d un vdeur , et l'emprisonnement d'un fansél »me et d'un déiste. Quel motif la déterminait'? it orgueil <)ne m'importe, eàt^He dit volontiers, 1^ vole et qu'oj assassine , pourvu que ce ne soit ni moi m mon confesseur ! Ce que je veux , c'est qu'on ait dé la rehgion , c'est que le déiste, par ses raisoïnemens ne blesse plus ma vanité. "«mens, ne
Nous éclaire-tK)n :• on nous humilie. Porte-ton la uimere au md des petits hiboux; son éclat fe. im^r! tuné : ds crient. Les homnies médiocres sont ces pSL hibo^i : quon leur présente quelques idées claires e^ lumineuses , ils cneront qu'elles sont dangereuis faxisses (1) et pùnissaUe«i S'^^'^uses ,
Les idées fortes et grandes sont presque partout nro sentes. Les auteurs qu'on lit sont ceix Jui ,^„Jem d une manière neuve et saillante lès idées communes Ils sont loues, parce qu'ils sont peu louables, pa,^e quils ne contredisent persoune. La contn.diction in! supportable à tous l'est surtout aux grands. On cot naît la fureur de Charles-Quint contre les luthériens • cependant , lorsque après avoir abdiqué l'empT^ il viv^t dans la retraite :« J'ai , disait-il alo«!C,e « montres sur ma table, et pas deux qui marqLenrau
^nd nombre. Pour n'E" Zo„^e H "%??* '"•''""* '*«
>a.es de tout ,^„.„de = Vo, .t S''::;^.i\f:jzs '-'
^58 ^^ l'homme.
» même ioslant précisénienl la mcme heure (i). Coni- » ment donc imaginer qu en fait de religion , je ferais 9 penser tous les hommes de la même naanièreVQaels » ëlaient ma folie et mon orgueil ! » Que Charles-Quini n a-l-il fait plus lot cette réflexion ! que de semences de guerre il eût étouffées! que de sang humain il eût
épargné!
Ce n'est point assez de régner sur un peuple, de commander aux idées de ses concitoyens, an veut encore commander à leurs goûts. Rousseau n aime point la musique française ; son sentiment est , sur ce poînt^ d'accord avec celui de toutes les nations de FEurope : il le dédaredans un ouvrage. Mille voix s élèvent comre lui; il faut le faire pourrir dans un cachot; on sollicite mie lettre de cachet; et le ministre, heureusement trop $âge pour l'accorder , ne veut point exposer la nation française à ce ridicule é
Point d'attentats auxquels ne se porte l'intolérance humaine. Qui peut l'enchaîner? une crainte réciproque. Que deux hommes égaux en force diffèrent d'opinions, aucun d'eux ne s'insulte , parce qu'on offense rarement cdui qu'on croit ne pouvoir impunément offenser.
A quelles causes attribuer entre militaires la politesse des disputes? à la crainte du duel : entre les gens de lettres? à la crainte du ridicule. Nul ne veut être confondu avec les pédans de collège.
Deslois sévères peuvent réprimer l'intolérancecomme le vol. Que , libre dans mes goûts et mes opinions, la loi me défende d'insulter à ceux d'autrui; mon intolérance, enchaînée par les édits du magistrat, ne se portera point à des violeùcesj mais que par imprudence
(0 Un domestique de Charies-Quînt entre étourdimcnt dans sa cellule , renverse une table et brise les trente montres posées dessus Charles' se prend à rire : « Plus beureux que mot , dit-il au domes- M tique , tu trouves enfin le seul moyen de les mettre d'actord ».
SECTION. IV, CttAPlTKE XVÎT* aSg
)e gouyenremeiit m'affranchisse de la crainte du duel ^ du ndicul#.et des lois^^eo intolérance non contenue tne rendra de nouvea.u eruel et barbare*.
JLa foreur atroce avec laquelle Jes différentes secled Td&gieuses ae sont persécutées en est la preuve*
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