DE LBOAIME
nés à la servitude; leur âme a perdu son énergie ; nulle passion forte ne la met en action : le deispot^ n'excite plus le citoyen à la poursuite d'aucune espèce de gloire : ce n'est plus le talent qu'il honore , c'est la bassesse ; et le génie ^ s'il en est encore en ces pays 9 vit et meurt inconnu à sa propre patrie : c'est l'oranger qui fleurit y parfume l'air , et meurt dans un désert.
Le despotisme qui s'établit laisse tout dire, pourvu qu'on le laisse feire : mais le despotisme affermi défend de parler 9 de penser et d'écrire. Alors les esprits tom-bent dans l'apathie. Le génie enchaîné y traîne pesamment ses fers ; il ne vole plus , il rampe. Les sciences sont négligées; l'ignorance est en honneur (i), et tout homme de sens déclaré ennemi de l'état. Dans un royaume d'aveugles, quel citoyen serait le plus odieux? le clairvoyant. Dans l'empire de l'ignorance, le même sort attend le citoyen éclairé. La presse en est d'autant plus gênée, que les vues du ministre sont plus courtes. Sous le règne d'un Fradéric ou d'un Antonin , on^ose tout dire, tout penser, tout écrire, et l'on se tait sous les autres règnes. ^
L'esprit du prince s'annonce toujours par l'estime et la considération qu'il marque aux talens (3). La fàr* veur qu'il leur accorde , loin da nuire à l'état, le sert. Les arts et les sciences sont la gloire d'une nation ;
(0 En Orient , les meilleurs titres » la grande fortune sont la bassesse et Tignorance. Une place importante \jient-elle à vaquer, le despote passe dans rantichambre : N'ai- je pas ici, dit* il, quelque valet dont je puisse (aire un vizir ?. Tous les esclaves se présentent : le plus vil obtient la place, faut -il ensuite s'étonner si les actions duvizii* répondent à la manière dont il est choisi ?
(3) De trois choses, disait Mathias, roi de Hongrie, que dfltit se proposer un ptince , la première est d'être juste \ la seconde , de vaincre ses ennemis ; la troisième, de récompenser les lettres et d'honorer les hommes célèbres.
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ils ajoateht à son bonheur. C'est donq au seul despo* tisme, intéressé d'abord à les protéger^ et non aux.scièncesmémeSy qu'il faut attribuer la décadence des empires. L'e souverain d'une nation puissante a«t-il ceint la couronne du pouvoir arbitraire : celle nation s'affaiblit de jour en pur.
La pompe d'une cour orientale peut sans doute en imposer au vulgaire : il peut croire la force de l'em*pire égale à la magnificence d«vs$es palais. Le sage en {uge autrement : c'est sur cette même magnificence qu'il en mesure la feiblesse. Il ne voit dans le luxe imposant au milieu duquel est assis le despote, que ia superbe y la riche et la funèbre décoration de la mort; qu'un catafalque fastueux au centre duquel est un ca«davre froid et sans vie , une cendre inanimée , enfin un fantôme de puissance prêt à disparaître devant l'ennemi qui la méprise. Une grande nation où s'est enfin établi le pouvoir despotique est comparable au chêne que les siècles couronnent. Son tronc majestueut , la grosseur de ses branches, annoncent encore quelles Airent sa force et sa grandeur première : il semble être encore le monarque des forêts ; mais son véritable état est celui du dépérissement ; ses branches dépouillées de feuilles, privées de l'esprit de vie, et demi^pourries^ sont chaque année brisées par les vents. Tel est l'état des nations soumises au pouvoir arbitraire.