‹ Œuvres complètes d'Helvétius (volume 2)Chapitre 97 sur 203 · Tome II · texte numérisé non relu

Tome II

338 Dx l'homme.

Aussi lorsque, pour s'attacher la milice et s'en assurer la protection, la tyrannie eût été contrainte d'adoucir la sévérité de la discipline militaire, lorsque enfin la sàence en fut presque entièrement perdue, ce fut alors . que, vaincus à leur tour, les vainqueurs du monde subirent, en qualité d'ignorans, le joug des peuples du nord.

On forgeait à Sparte des casques, des cuirasses, des épées bien trempées. Cet art en suppose une infinité d'autres (i), et les Spartiates n'en étaient pas moins vaillans. César , Crassus et Brutus étaient éloqùens , savans et braves. L'on exerçait à la fois en Grèce et son esprit et son corps. La mollesse est fille de la richesse et non des sciences. Lorsque jiomère versi6ait l'Iliade, il avait pour contemporains les graveurs du bouclier d'Âchille. Les arts avaient donc alors atteint en Grèce un certain degré de perfection ; et cependant on s'y qxerçait encore aux combats du ceste et de la lutte.

£h France, ce ne sont point les sciences qui rendent

(i) Le» arts de luxe, dit-on, énervent le courage. Maïs qui leur ferme Feutrée d'un état? E»t-H:e Tignorance? non : e'est la pauvreté ou le partage à peu près égal des richesses nationales. A Sparte , quel citoyen eût acheté une boîte émaillée ? Le trésor public n'eât pas suffi pour la payer. Nul bijoutier ne se fût donc établi à Lacédémone; il y fût mort de faim. Ce n'est pas Fouvrier de luxe qui vient coiTompre les mceurs d'un peuple, mais la corruption des mœurs de ce peuple qui appelle à lui Fouvrier de luxé.. En tout genre de commerce , c'est la demande qui précède Fofire.

D'ailleurs , si le luxe , comme je Fai déjà dit , est Feffet d« partage trop inégal des richesses nationales , il est évident que les sciences n'ayant aucune part à cet inégal partagé , ne peuvent être regardées comme la cause du luxe. Les savans sont peu riches : c'est chez Fhomme d'afiaire et non chez eux que la magnificence éclate. Si les arts du luxe ont quelquefois fleuri dans une nation au même instant que les lettres, c'est que Fépoque oii les sciences y ont été cultivées est quelquefois celle oii les richesses s'y trouvent accumulées dans' un petit nombre de mains.

Section V, cttAtttBË xt. 33g

la plupart des officiers incapables des fatigues de la guerre, mais la mollesse de leur éducation. Qu'on re-^ fiise du service à quiconque ne peut faire certaines marches, soulever certains poids, et supporter certaines fatigues; le désir d'obtenir des emplois militaires arrachera les Français à la mollesse; ils voudront être hommes ; leurs mœurs et leur éducation changeront. L'ignorance produit l'imperfection des lois, et leur imperfection les vices des peuples. Les lumières produisent i'eflfet contraire. Aussi n'a-t-on jamais compté parmi les corrupteurs des mœurs ce Lycurgue , ce sage qui parcourut tant de contrées pour puiser datis les entretiens des philosophes les connaissances qu'exigeait l'heureuse réformé des lois de son pays.

Mais, dirà^t-on, ce fut dans l'acquisition même de ces connaissances, qu'il puisa son mépris pour elles. Et qui croira jamais qu'un législateur qui se donna tant de peines pour rassembler les ouvrages d'Homère, et qui fit élever la statue du rire dans la place publique ^ ait réellement méprisé les sciences! Les Spartiates, ainsi que les Athéniens , furent les peuples les plus éclairés et les plus illustres de la Grèce. Quel rôle y jouèrent les ignorans Thébains, jusqu'au moment qu'Epaminon* dàs les eut arrachés à leur stupidité ?

Détaillons les malheurs où l'ignorance plonge les nations ; on en sentira plus fortement Timportance d'une bonne éducation ; j'inspirerai plus de désir de la perfectionner.

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