‹ Œuvres complètes d'HelvétiusChapitre 15 sur 74 · CHANT QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHANT QUATRIÈME

ARGUMENT

Le progrès des connaissances peut seul faire le bonbeur général et particulier. Les rois instruits verront que le p'aisir de faire du bien est le secd plaisir réel que donnent les grandeurs. Les hommes éclairés et bien gouvernés se rendront heureux en obntribnant au bonheur des autres j mais le monde est encore loin de cet état. Sous le joug de Foppressîon.des rois et des prêtres, le sagie doit, jouir des arts , du plaisk d'aimer , et de celuî^ d'éclairer les hommes autant qu'il lui est possible. Fable d'Oromrae et d'Arknan. .

Compagne des Vertus , sublime Vérité , • Qu'instruit par tes leçons , guidé par ,ta clarté , L'homme apprenne de toi que c'est le plaisir même^ L'âme de l'univers ^ le don d'Un Dieu suprême ^ Qui lui fera trouver , loin des mortels jaloux , Son bonheur per^nnèl dans le bonheur d^rous.

O sainte Vérité, c'est dans ton temple auguste Que Thomme doit puiser les notions du juste.

Aveuglé par l'erreur, trt)p long-temps on l'a vu S'égarer dans le crime en cherchant la vertu. Il est temps que ta main dessille sa paupiène. Montre-lui qu'ici-bas ton utile luinpiière Peut seule y ramener un siècle de bonheur ; . Que le vice est enfin étranger à son cœur.

Si j'en crois l'Indien, il fut jadis un âge Où de l'homme innocent le vrai fut le partage. On ne voyait partout que des cœurs vertueux , Des esprits éclairés , et des mortels heui*eux. Ce siècle fortuné disparut comme un songe.

Le siècle qui le sqit voit le dieu du mensonge^ Le superbe Arimap , échappé des enfers^ Des ombres de ^'errew; couvrir cet- ui^i^ver s.

GHAMT QUATRIÈME. tl3

La terre k son aspect pousse des cris fuoèhres , Le cœur aime le TÎce , et l'esprit les ténèbres ; On voit à la candeur , à Tordre , à réquité , Succéder Tintérét et la férocité ; La paix voile son front , et fait place a la guerre : Tout combat , tout périt, tout change sur la terre.

Vous , des bords-de Tlndus fortunés habitans , Vous y les premiers témoins de ces grands changemens , Qui vîtes, de la nuit éternelle et profonde, Ariman s'élever sur le trône du monde; Puissé-je , en traduisant vos sublimes écrits,

Sur les maux à venir rassurer les esprits ; - |

Pt^senter aux humains la douce et vive image V

Des vertus, des plaisirs, des mceurs du premier âge ! Je veux, lorsque, empruntant un plus hardi pinceau, '

J'aurai de leurs malheurs esquissé le tableau , Leur annoncer enfin qu'un siècle de lumière Doit rendre l'homme encore à sa vertu première.

Oromaze , engendré de cet immense feu Qui se meut, qui conçoit, veut, viyifie, est Dieu , A peine dans les cieux eut suspendu le monde, Qu'en faveur des mortels sa main sage et féconde Enrichit de ses dons tous les climats divers. Entre les habitans de ce vaste ui^ivers , Il en.est deux surtout qu'il aime et qu'il inspire : L'un se nomme Élidor et l'autre Netzanire.

« Que béni soit le ciel ! dit Élidor un jour; » Enchaînés à la fois par l'hymen et l'amour,

m Couple d époux amans, quel bonheur est le nôtre I ^

» Nous vivons, Netzanire, et vivons l'un pour l'autre! » Rappelle à ton esprit ce jour où dans les bois » Je m'offris à tes yeux pour la première fois. x> Je te vis , e( l'amour circula dans mes veines ; » Impatient d'aimer, je demandais tes chaînes. y> Tu daignais m'écouter; mes soupirs et mes vœux.

TOMK III. 8

Il4 LK BOUHEVE.

» N étaient point détourjkés p»r les vents enVicin. » Tu brûlais de r^mour qui dévorait moa âme.

» L'hymen , loin de 1 éteindre , en irrjie la flamme : » Elle résiste au temps^. .Cbaïque jour je te vois » Plus adcHraUe éAcor que ta prenÂere feia.

» Le rstyovt argenté de la naissante aurore 3> Est moins vivifiant ^ moin» agréable a Flora , i> Que ton regard ne l'est à ton époin beureux. 3» Être charnaant ^ saîs-^tu ce que peuvent tes yeiia^ » Ta forme, ta beauté, ta grâce enchamereisse? » Sais-tu ce qu en un oœur elle porte d'ivresse? 3> De ce corps façonné par la main des Amoairs . j> N'as-tu jamais au bain admiré les contonrs? » Mo» âme jusqu'aux cicux s est sdMivent élancée; » Plein de toi , j:'ai souvent , de l'œil de^ la pensée , y> Voulu tout comparer daius ce inonde babité : » Je n'ai rien aperçu qui t'égale en beauté.

» Si, distrait un instant de l'objet que j'adore, » Je fixe mes regards sur l'éclatante aurore , ' » Sur les cercles des cieux, sur les imunienses mers, s> Sur ces orbes brûlams cpii traversent les airs, » Malgré l'étonnement qu'éprbuve alors mon* âme, » Ce spectacle n'a rien qui m'émeuve et. mi'enfla^^d-me ; » Je ne sens point en oaoi de secred moovement; » Mon être enfin n;'éprouve aucun grand- diangement. » Ce superbe spectacle , excitant n>a) surprise , ^> M^écbauffe d'un plaisir que mon âme maîtrise. » Que je suis différent alors <|ue je te voi! y> Tout mo«i être se change en approchanc de toi. » Le eie) à mon amcmr Ha moui existence; ' » C'est par toi- que je sens,. c'esD par loi que je pense: » Loin de. toi^ je te eherohe eli tout m'est ecfieux; s> Mais lorsque ta présence. embeUst ces beaux Keux, » Elle y répand l'esprit et d'amour et de joie. » Auas- ennuis devoransmon cœur esihil en prpie,^

' CH/VIKT QUATRIEME. 'tl5

» Du chagrin près de toi perdant le souvenir ^ » Mes yeux n'y sont itKnnlIés que des pleines du àêAv: » Transporté je regarde > et Iransporlé je toucb^^ .^ ^c » Le soir^ lorsque l'bymen me condoit à ta ocmdbe> ï> Ta n«Ye jpudeur irrite eneor tnes feu» : . * <

» La grâce est dans ton ge^te , et le diel àaiià$ tes yehi. » Occupé de toi seule; 6 l'âmé de ma vie^ » Le don de te charmer est 'le seul que j'envioi' » Que servent le saVolr> l'esprit et le tâlem? ' T » T'aimer; le plaire est iom 5 lé resie est un ûéâiitv / D Des sages c^lq^efois f entends la voix suUitn^ » Chanter les dieux ^ le t«q;ips y le chaos et l'abtnl^ ^ ' » Et peindre les beatitiés du naissant uiniVei^s : *

39 Je ne saîs/tnais Fçnnui ké inéle à leur^'cooœi^tdj" >. » Auprès de ta beauté qu> est-ce qtie le géme? " î » Discourant près de^oi Ja Sagesse est foUe. » * t. . l » Tout est créé pour toi : là' rosé en ce jardin . ^

» Croît pdur qu'on la compal^ aux roses de ton' t)eint« )) Près d'elle. le zephir ^ murmurant sa tendrefasêy ïi De son souffle simoureiir ralltime moti ivrbsse. yi L'amour^. les dotix baisers /le cfaaiit dccedoiseadid^ ' %> La vîgne entrelacée aux tronos de ces ormeaux >• )> L'ombre de ces bosquets^ ces fleurs, cette verdtwe^^ . » Et ces lits de gaxon, et toute hx nature ^^

» Me ramèitee à J'objet'dont mion coeni^ est épris; • • j> L'astre doré du jour , l'aslré argenté dds nuits y » Chefs-d'œuvre qoeitréa la parole fécond© y » Montentrils dans les eieux poài^ embellir liemôiilde/ » Non^ mais pour éclairer de leurs douces coi2ik«H*s » Le matin:tes beautés, ellesolr tes faveur». » L'onde qui réfléchit en bel beuteux asile D L'image présentée à^^son miroir mobile ^ » De ses limpides flots n'embrasse ee séjour . » Que pour multiplier l'objert de moti amour. » Mais le soleil déjà' »'élév6 en sa carrière >

tl6 LE BONHEUâ.

p Au puissant Oromaze» an dieu de la lumière,

9 II est temps de payer le tribut de nos vœux.

» C'est lui qui te créa, par lui je suis heureux :

» C'est un dieu de bonté que Netzanîre adore; ^

9 Les plaisirs sont ses dons, et qui jouit l'faoiH>re :

» Au temple de l'Amour il plaça ses autels :

» Oromaze est heureux du bonheur des mortels* »

Élidor, à oes mots, embrasse sa compagne.

Tous deux sont parvenus au pied d'une montagne Que: l'aube matinale éclairait de ses feux.

Par un charme invincUile , attiré vers ces lieœc^ On se «entait forcé d'y dirige sa course.

Du penchant d'un rocher jaillissait une source Pont les eaux , serpentant à travers mille fleurs , De l'astre des saisons tempéraient les ardeurs. Les airs sont parfumés par d'odorantes herbes. Là s'élèvent dans l'air des platanes superbes. Dont les troncs , éclairés des premiers traits du jour, Servent de péristyle au temple de l'Amour.

Du milieu d'un bassin des ondes bouillonnantes Jaillissaient , retombaient en nappes transparentes:; Leur cours se partageait en differens canaux , L'Aurore 9 à son réveil , en nuançait les flots; Ces flots, par cent détours roulant vers la campagne. D'une zone argentée entouraient la montagne.

Plus loin montait dans l'air le temple de FAmour : C'est là que ces époux se rendaient chaque jour. Ils allaient , invoquant le dieu de la lumière, A ses sacrés autels adresser leur prière.

Un cri s'est fait ouir du sein des antres creux; - Des signes efTrayans ont para dans les cieux; Des gouffres du Ténare une vapeur obscure, Dans les airs répandue, a voilé la nature ; La montagne s'agite, et la terre frémit.

C'était rinstant fatal , par le destin prédit , •

CHAUT QUATRIEME. i ly

Où le fier Ariqiaa y dieu d'erreur et de haine ,

Dieu ternUe aux mortes, dewit briser sa diatne.

De l'univers , soumis à sa divinité ,

Le temple de l'Amour était seul excepté.

Sous son portique auguste , à la crainte docile.

L'heureux couple d'amans court chercher un asile.

A peine ils l'ont atteint que leurs yeux étonnés

Se portent vers les lieux qu'ils ont abandonnés.*

Quel spectacle effrayant ! l'astre de la lumière

Pâlk^ suspend sa course, et recule en arrière.

Les cieux ne brillent plus que du feu des éclairs ;

Un bruissement sourd parcourt les vastes mers;

L'air ^uterrain mugit , s'échauffe y se dilate ; ^

Avec un bruit affreux la montagne s'éclate, >

Et laisse apercevoir, dans son flanc calciné, >

Le féroce Ariman sur un roc enchaîné.

Son corps est engourdi , son âme saHs pensée '

Du sommeil du trépas paraissait oppressée, -

Lorsqu'un coup de tonnerre ébranle et fend les cieux.

A ce coup Ariman s'éveille, opvre les yeux.

Son état un moment l'humilîç et l'étonné;

Mais sa. force renait : il a ceint la couronne,

Le roc s'est abimé, ses fers se sont brisés^

Il lance autour de lui des regsirds i^brasésr

Qui répandent partout la crainte et les alarmes;

Et sa vue aux dieux bons arrache quelques larmes.

cc^ Cieux, élémens, dit-«il^ et vous, orbes brûlans, » Qui fécondez la terre et ijaesurez les ans , 2» Ariman est vainqueur; adorez votre mattre. p Qqe l'univers enfin apprenne à me connaître. > V Le sceptre d'Oromaze a passé dans nia main. ' D Terre, aujourd'hui reçois ton nouveau souverain. • 9 Vous, monts que les forêts couronnent de verdure ^ 3> Grottes que rafraidjit une onde vive et pure,- 7^ Bocages, tQujou]::s ^erds qu'éclaire un^demirJQur^

lia tJE tOVnEVK.

» Templ^»ipar'le plaisir consacrât à Famour,

)) Jar^R dt^licieuïy EilfiD quç ï&ti renomme :^

» Ornement de la terre: et délices de l'hoqime,

» Disparaissez.: les maiix, les pleurs de TuniveiT»,

» Vont nie "venger du dieu dp»t j'ai porté les fers. :

7) MorleU f e'esl aujourd'hui que mon règne commence.

:» Foudrédique vos éclats annonce»! ma présence :

» Cieux y soyez attentifs k mes commandemens :

» Vous, mugissantes mers, et vous, feux dévoraos^

» Tour à. tour submerges et consumez la terre.

» Éléfaena , entre vous je viens semer la guerre,

)) Je te çemmaBde, o Mort, de çlécockef' tes traits.

» Que tou^ soit confondu. Je veux que désormais t

3) La physique, en fouillant la profondeur des mines ,

y> Ne découvre partout qu'un amas de ruines ,

» Et lise avec effroi dans les bancs souterrains

» L'histoire de la terre et.celle des humains^

y> Mortels, vous ramperez sur les débris du monde:

» Dans sa destruction que l'enfer me seconde.

» Oromaze n'est plus : j'a\ vaincu mon rival.

» Que l'univers physique et l'univers moral

» Eprouvei;it à la fois les coups dé ma vengeance.

» Homme, que le malheur préside à ta naissance ;

» Que la faim-, que la soif assiègent ton berceau :

» Je charge la douleur de cr^nser ton toinbeau.

y> De tes divers besoins chaque jour la viet'une,

» Qu'ils portent dans ton cœur la semence du crime.

» Mon pouvoir bannira la justice et Thonneur; . ^

» Je mettrai sur le trône et le vice et l'erreur*

1) Leurs efforts réunis, opprimant Finnooence^

>j Contre elle enhardirent Faudace et la licence.

n Le cruel despotisme , armé contre les lœs^

\a dépeupler la terre , et massacrer les rois.

}) Que l'homme dégradé se eouthe à Teaclavage: ''

>» De 1^ rai[son eni Ini j'é4ou%rai l'usage.

CHA?fT QUATHlilIE. . ijg

3» Si son esprit est vain , je saurai 1 abaisser. 2> Qu'abruti par la <:;rainte , il n'ose pius penser : » Que la nuit de l'esprit succède à la lumière. ' n Homme crédule «t vil^ couvre-toi de poussière; » De toi-même ennemi , vis dans ^affliction; » Reçois pour ton tyran la superstition.^ j> A son sceptre d'airain je soumets la nature : 9 L'esprit sera nourri d'erreur et d'imposture ; 3> Le rebelle à ses lois^ traîné dans les cachots j :o Reconnaîtra son règne à des crimes nouveaux. » Par sa stupide foi que tout mortel m'honore. 9 Prêtres, baignez de saiïg l'autel où l'on m'adore. » Trop indulgent y sans doute , Oromaze autrefois » N'iitiposait aux humains que leurs désirs pour lois; » On adorait ce dieu sans crainte et sans alarmes : » Mon culte, plus sévère, est le culte des larmes. » Que l'univers, créé par Ce dieu bienfaisant, » A mon ordre en ce jour rentre dans le néant. »

U s'élève à ces mots aux régions tonnantes.

Les airs sont comprimés sous ses atles pesantes; Il plane sur les vents qui lui servent d'appui : * • L'impitojable Mort s'avance devant lui.

Ariman a dé]k , d'une main meurtrière , Sous la terre allumé le soufre incendiaire ; Les cieux autour de lui sont sillonnés d'éclairs; - Et, des monts dont le pied sert de voûte aux enfers, Et dont le fr^nt altier ne présente à la vue Que des rochers de glace élancés dans la nue. On a vu Vélever , avec un bruit afireux , Des tourbillons de cendre et des torrens de feux. De l'aride équateur jusques au pôle arctique La flamme avec fureur s'étend , se communique. Le terrain soulevé se rompt avec effort.

L'Adas brûle au midi; l'Hécla s'allume au nord , Et ses feux, réfléchis au loin sur le rivage,

I30 UE BOTTHEtrB.

Versent un jour affreux sur ce diniat sauvage. Les rocs avec fracas roulans dans le^ .vallons Font mugir les échos et frissonner les monts. Ce bruit affi'eux se mêle aux éclats du tonnerre : II gronde dans les cieux^ il roule sur la terre. Jusqu'en ses fondemens le monde est ébranlé; Des crêpes de la nuit le soleil s'est voilé ; Les vents sont déchaînés, les vagues sont émues; Les flots amoncelés s'élèvent jusqu'aux nues : La terre à tous, les yeux offre une mer sans ports ; Le féroce océan à surmonté ses bords; Il bouillonne y frémit, sort des grottes profonde* Où jadis Oromaze a renfermé ses ondes ; .

Et ses eaUx se mêlant avec les eaux des cieux. Tout est détruit, tout meurt. En vain le malheureux Cherche encore un asile en sa fuite incertaine , Sur le sommet du mpnt, sur la cime du chêne; L'océan l'y poursuit : la mort avec les flots Monte, approche; il expire englouti sous les eaux«

La mer est cependant en son lit rappelée ; *

Le tonnerre se tait, l'onde s'est écoulée.

Quel spectacle d'horreur ! ces cités, autrefois Aimables par les arts, heureuses par les lois ^ N'offrent de tous côtés à la vue interdite Qu'un aride désert que la terreur habite.

Âriman sent déjà qu'il manque à son courix)ux Un nouvel univers pour y lancer ses couds.

Entre les élémens sa voix suspend la guerre ; Son ot'dre tout-puissant a repeuplé la terre ; Et trop .sûr de trouver soùs des cieux plus sereins De nouveaux malheureux dans de nouveaux humains j» De la sphère ébranlée il raffermit la base.

Les époux prosternés aux autels d'Oromaze ^ Quel dieu s'arme pour nous ? s'écriait Élidor ; L'univers est détrpit, et nous vivons encorj

CHANT QtrÂT£ti:M£. JI

Noos Tim»/ nous aimons : 6 puissance câesie, Tu me conserves tout , NeCzanire me reste. *"* Tout entier k Tamonr, dans ce palais de fleurs Dont l'art et les plaisirs ont méfê les coulears*, IToublie et les mortels , et lenrs maax , et moi-même. Il n'est-pmnt de douleur près de Fobjet qu'on aime. Je mêle tour à tour sur ces lits odorans Les voluptés de 1 ame aux voluptés des sens.

Jure-moi , quand la mort , à la suite de Tfige j 6'approcbaait à pas lents de ce paisiUe ombrage , Dans la tombe avec toi viendra m'ensevelir.

Qu'elle me trouvera dans les bras du plaisir. De cet espoir à doux ton amour est le gage :

L'amour est des morteb le plus bd apanage ; C'est l'ivresse des seps , le plus beau don des cieux p Le seul bien qui nous soit commun avec les dieux : Goùtons4e. Tu le sais , lui répond Neteanire ^ Pour toi , jusqu'à ce jour, f ai vécu , je respire. L'univers ne m'est rien. Hélas ! pour mon bonheur. Je n'ai rien désiré qu'un désert et ton cœur. Mmi âme , pour toi seul à l'amour accessible , Au malheur des humains n'en est que plus sensible. Il semble que l'amour dont mon cœur est ému Exalte encore en moi l'amour de la vertu.

Tu vois de toutes parts la terre ravagée :

Ab ! mon cher Élidor , elle n'est point vengée. Du dieu que nous servons renversant les auteb , ^ Ariman à son joug a soumis lèis mortels.

Sa rage, en cet instant , qui paratt adoucie, Pour les rendre au malheur les rappelle à la vie. Des vices qu'il inspire il a fiitt leiirs bourreaux ; Il veut que chacun sait l'artisan de ses maux : Pour les multiplier, il laisse à l'ignorance Le soin de féconder leur (bneste semence* Du pouvcHr d'Ariman affi*anchis les humains :

133 ' LJB BONBEUR*

Que leurs incKgnes fers soient brises par les nmns ! Il faut par ta présence adourâr leurs misères, . Secourir le» mortels : ces mortels sont nos fi-ènes. Sois pour eux sur la terne un dieu eonsolatear. Pour t éloigner de moi s'il en cQÛite à ton eosur. Crois qu'il en coûte au mien; et sois sàr que d avance J'éprouve en ce moment fous les maux de l'absence. Mais n'importe ; je veux qu'en mon cœur agité L'amour cpielques instans cède à l'humanité.

Ton époux à ces traits reconnaît Netzanire i Non , )e n'en doute plus, c'est le ciel qui t'inspire : U me parle; et je vais, h ton commandement.

Jusque sur ses autels défier Ariman.

Dans ses mains, si je puis, j'éteindrai le tonnerre. Je vais me dévouer au bonheur de la terre.

Tu le veux; ton désir est ma suprême loi.

Puissé-je revenir plus digne encor de toi I

Il la quitte à ces mots. L'humanité le guide : Il traverse à grands pas une campagne aride ; Il y cherche des yeux ces vergers et ces chamf»s Qu'embaumaient les parfiims d'un éternel printemps , Où Flore captivait le dieu léger qu'elle aime. Où , sans art et sans soins , la terre d'elle-même Et colorait les fleurs, et mûrissait les fruits. Qui^ls objets différens frappent ses yeux surpris ! U voit , la bêche en main , le Travail et la Peine , Dégouttans de sueur, ensemencer la plaine; La Peste , la Famine et les Chagrins cruels A différentes morts condamner les mortels ; L'astre éclatant du jour, parcourant l'écliptique , Lancer sur l'univers ime lumière oblique ; Y faire succéder, sous des ôeux sans chaleur, Les hivers aux printemps, et les frimas aux fleurs.

Élidor cependant avance : il veut s'instruire , Et des lois et des mœurs qu' Ariman doit prescrire

Aui^ noi^mm Uabi^ns d'un nouvisl univers.

D'un.terffftîn sabloi^Q^ux traversani les déserts. Il dirige ses pas vers ua bois de platanes»

Au pied dune montagne il a vu des cabanes :

11 s'approche ; il entend des torrens qui^ par bonds^ Du sommet des roehers tombaient dans* les vallons. L'astre bnllant des cieni^ , du haut de sa carrière ^ Sur ce mont darde eii vain une pâle lumière ; Des ehenes monstrueux » mona^rques des forètS|, Absorber\t ses rayons dans leur feuillage épais* De stériles rochers xm voijt de longues chaînes Mêler leur pime aride à la .cime des ohênes.

Des lieux qu'un jour obscur copsacre à la terreur La .vaste solitude augmente enoor rfeorreur. Là ,' guidé par Fespoir de secourir ses frères , De pleurer avec eux, d'adoucir leurs misères ^ Élidor a gjravi fur des monts sourcilleux Dont le sommet se perd dans un ciel orageux.

Sur leur croupe esearpée il voit un précipice , Abîme caverneux creusé par l'Avarice , Qui y la pioche en main , y suit un filou d'or. Elle n'arrêta point ses yeux sur Élidor.

Tandis qu'à s'égarait dans cette solitude , Un spectre s'offre à lui ; c'était l'Inquiétude , Monstre qui, de ses mains sans eesse doebiré. Doit son être aux lourxaenya dont il est dévoré. Le Trouble , l'œil hagard , le suit ou le devance* Élidor ignorait sa fune&te existence.

Il voit des opulens que ce monstre poursuit , El sur leur triste sort son âme s'attendrit.

Cependant it atteint le sommet des anontagnes. Quel spectacle d'horreur 1 II Yoit dans les campagnes Des guerriers rassemblés sous différons drapeaux' S'attaquer, ^e défendre, et mourir en béroft. De carnage. et xle saog ils on} courert la plaine. ^^

ia4' ^B BONHEUR. \

Dieux ! s'écrie Élidor , qttdie gloire inhumaide ' Appelle ces gaerriers dans les champs de la mort? Y vont*ils arracher le .faible au joug du fort? Non : ils ont combattu pour décider peut^re De deux tjrrans cniek lequel sera leur maître.

S'il est^ dit Élidor y des mortels vertueux , Us vivent ignorés dans les temples des dieux i . ' Pour trouver ]e bonheur , visitons ces asiles; C'est là que les humains coulent des jours tranquilletù Âh ! puisse- je y revoir la Justice > la Paix> 5 Du reste de la terre exilés à jamais !

Élidor sent en lui renaître l'espérance, v ^ Desceni^ dans la plaine, auprès d'un temple immense , Qu'y voit-il Z Habité par des dieux eourroucés, - , Les murs en sont construits d ossemens entassés. Il entend retentir les voûtes souterraines * Du sifflement des fouets , du froissement des chaînes, Des coupssourds des bourretax , des cris de leur fureur Mêlés aux cri^ aigus 'poussés par la douleur. Eh quoi! dit-il, eh quoi! la foudre vengeresse Épargne encor l'autel de la scélératesse ?* Et depuis quand les dieux , ennemis des bumaips , Trempent-ils dans le sang leurs bienfaisantes mâiiis? Quel sénat assemblé sous ceue voûte obscure ? Qui s'asseoit sur l'autel? Que vois^je? l'jjtol^osture ! C'est le superbe Éblis , gnand^poêtre d'Âriman , f Qui , pontife et monarqtje ,. y règne inisolemment. 1

Une jeui^e Indieifne en ces lieux amenée, ^Doit être en cet instant aux flammes condamnée. Mais tu la vois paraître. Il faut, lui dit Éblis ^ ]Ëncenser s^ujourd'hui^le dieu de mon pays.

Que je l'encense, ou non, que t'im'portë ? dit^lie^ J'ai, jusqu'à ce moment," à là vertu fidèle, Adoré , comme Èbhs , un être bienfaisimt , Dans un lieu, sous un nom peut-être difierept.

C8AKT QtTATMEME. tikS

SI le dieu que tu sers protège l'innocence^ C'est le ôrime qui petit allumer sa vengetnce-

Ce dieu, dont rindulgènce égale le pouvoir.

Demande seulement ce qu'on croit lui devoir.

Ton dieu peut tout ; eh bien! qu'il se fasse connaître :

Mon cœur est dans ses mains, lui seul en est lé maître.

A son ordre puissant tout flécliit et se tait.

Je crois quand il le Veut, et non quâtid il me platt.

J'ai ferm^, diras-tu,. mes yeux à la lumière :

Que ton Dieu vienne donc dessiller ma paupière-

Tu le sais ; la croyance est , dans tons les in«tans.

L'œuvre de*«a bonté, non celui des tourmens.

Je te connais, Éblis : mon œil enfin démêle

L'intérêt qui te meut à travers ton feux zèle.

La ierre est contre toi prête à se révolter :

Pour te rassujettir, tu veux l'épouvanter;

Tu veux être puissant, et l'être par le crime;

De ton ambition tu me fais la victime.

Sans un arrêt du ciel , ne crois pas que ma main Osât, reprend Éblis, verser le sang humain :

Contre toi de mon dieu la colère est armée..

Sur cet affreux bûcher si je suis consumée , C'est par l'ordre d'Éblis, non par celui des dieux. Que ton culte soit saint; tu le dis, je le veux; Mais de ce culte enfibti quelque soit l'excellence , Réponds : ton Dieu peut-il. punir comme œie offense Le forfait innocent de l'avoir méconnu?

Je m'en rapporte à toi : me cond^nmerais-tu^ Si, reléguée encore en de vastes contrées De ces funestes lieux par des mers séparées.

J'avais» prêtant l'oreille à des bruits imposte tirs> Méconnu ton pouvoir , ton nom et tes grandeurs ? Tu frémis : ce soupçon te paraît une injlire. Si je suis ianoceate aux yenx de l'imposture ,

Iâ6 LE BONfiEtni.

, Si j'obtiens griee efîfitk d'an monstre td que toi , Qu aurais-je à tcdoru^ei* àe noire <>0!mmun roî? Il punit les forfait» » piirdonixe à l'ignot-ancé; Et^ s il n a point d'égal, ea sagesse , en puissante. Ce Diea sans doute est bon : c'est ton impiété Qui prête k ee Dieu saîàt ton inhumariité.

Viens- tu jusqu'en ces lieux inraver l'Être suprâme ? * Tu respire» encore y et j*'en tends ce blasphème I Ariman m'apparaii; Dieu terrible et js^oui^ " Tu vas le reconnaître à ses rapides coups; .

Que ne peut mesurer ni le temps ni respebe^ Il parle : et son» sa main tout tombe, tdiu s'entasse. Meurs ; et que le bàcber dont ^'allume les feux: Épouvante à jamais toat naortel oi^ueilleux Qui f rebelle à mon coke, et sous le nom de sage. Consulte sa raison, ose en vanter l'usagei ? '

Eh quoil dît Élidor, l'orgueilleux, imposteur '

Prétend associer le ciel à sa fureur !

Sa main: yerse le sang ; et c'est Dieu qui l'inspire ! Ah ! fuyons ces atnth qne je ne puis détruire! Quelque sage, peut^^re^ en ces lieux retiré y M'enseignerai le temple aux vertus eonaacré ; M'apprendra si ce monde est créé pour la guerre |' Si la force est enfin le seul dieu de la terrel . Élidor jette au loin un rapide regard i Use caverne s'ouvre ; il en sort na vieillard. Hélas ! ce n'est donc plus qu'en un antre sauvage , Qu'on peut, dit Élôdory trouver enfin nn sage !. Le crime a-t-il palrtout élevé ses autels? ^ Le sage , détenu Fennemi des mortels, De leur iniquité sei^ait-il k victime ?

Parlez; : loin des humains qui vous bannit ?... Le crime. Mon fils, dUttlkt vieilftafdy )'ai vécu, j'ai régné: Comme toi , fai ru l'homme an vice abandeMie.

CHAUT QIJAtRlBME. 127

Je voulais ^on banhenr : j'essayiai de le rendre Plus verinem y pkrs juste ; et je devais m'attendre Que les dieux m'aidennfent dans mes nobles projets. Chaque jour^ détrompé par mon peu de succès, J'éprouvai descbagrini sum mélange de joie.

Las d'un trône où j'étais à mes soucis en proie y Je n'ai plus mesuré Teitlpiriè et son orgueil Que par l'espace étroit qu'il faut pour un cercueil. Le reste est imnile, ef Fav^eugle fortune N'offre que des grMdeurs dont Féckit importtiné : Je m'en suis dégoûté. De tse sî^Ie pervers J'ai fui ; j'ai recherché le repM dés d^rts.

Oromaxe ésf-41 dcm<ïf oub]^ sur ht terre?

Oui y reprend le vieillard; l'injustice, la guerre. Oppriment \é& hunoain^ Tu tois sur les autels Régner insolemment les plus grand» criminels. La vertu s'en exile. Il fut jadis un âge Où le ciel avec joie en recevait l'bottimag^e'. Le prêtre est oorrompa : dans s» perversité Il n'admet poor vertu que la crédulité; Il proscrit Injustice; et la ^re îgnetancé Fait plier à son joug l'^^vengle obéissance.

La sombre hypocrisie exige dés humains , Non lejïulte dlo cœur, mais Foffrande des mains. Les dieux, en l'épargnant, détiennent ses complices; Et l'autel cha«|â;e jour est soui#é par ses vices. Je t'en ai dit assea ; crois-mof dond, il faut (ait Les malheureux humains qu'on ne peut secotlrir. O vieillard vertueux , puissiez-tous, loin du mx)nde. Oublier tous lés maux dont Arimail l'inonde f

Il s'éloigne à ces mots , et veXûxxtne au déjotti* Où l'amour inquiet attendait s6ri retour.

Ariman a vaincu ; la terré' est sôil' em^ite : Et je reviens, dit-il; ma cfeèf c^'Netîanire ,

ia8 LE BONHEtJA.

Oublier , si je puis , le spectacle effrayant * Des mortels opprimés sous le joug d'Arîman.

Ce spectacle à mes yeux se présente sans cesse. Tout^ même dans tes bras, m'acoable de tristesse* Quel déluge de maui inonde l'univers I.

Ariman a partout transporté les enfers.

J'ai vu l'homme encenser et couronner le vice ; J'ai vu le vrai talent courbé sous l'injustice, Au rôle de flatteur s'abaisser sans effort; Le vertueux forcé de ramper sous le fort; Des rois ambitieux , se disputant la terre.

Dans le champ des combats se lancer le tonnerre : J'ai vu l'Intolérance, au pied des saints autels, En invoquant les dieux, égorger les mortels; Et le sage, à genoux devant l'erreur altière. En recevoir des lois , et n'oser s'y soustraire. Oromaze l'entend, et des voûtes des cieux.

Descend enveloppé d'un tourbillon de feux.

C'est à l'espoir, dit-il, à ranimer ton zèle. Non , la nuit de l'erreur ne peut être éternelle : Sois assuré que l'homme ', ô sensible Élidœ* , A son premier état peut s'élever encor.

Si le bien est du vrai toujours inséparable., La perte de ce bien n'est point irréparable.

Un siècle de lumière, un jour, doit ramener Ce siècle de bonheur qui semble s'éloigner.

Au milieu des besoins dont le cri t'importune , Dont Ariilian a fait la pomme d'infortune.

Vois du sein de la nuit qui paraît s'épaissir. Sortir le germe heureux d'un bonheur à venir : Vois ces besoins, moteurs de l'active industrie. Des humains éclairés embellissant la vie, Les arracher un jour à l!assoupissement Où l«s ensevelit le pouvoir d' Ariman.

Du jonr des dénies je vois poindre FaUrore;

E% ^ de sdn midi ce joHr^st loin encore,'

De rameur de vos maHiEAies- barbares projets

Ne pourrtmt.de ce jowr suspendre les progrès» ^ '^ '

Heureui sans doute alors antant qu'il le peut étre^ '

L'baœine atli>a mérité de* m'àvoir pour seul maître. '

Trop superbe Arimâuv <^ i ton règne est pA^ . • * " . I

Je vois déjà ^ je vois ton trône renversé. • » * >» «^ « » ♦ /

Tu portais jusqu'aux cieux ton orgueilleuse tête :

Tremble; mon œil sur toi voit fondre la tempête.

Privé de ton pouvoir, banni de l'univers,»

Ce bras vengeur te suit jusqu'au fond des enfers.

Tu tombes , dévoré d^s flammes du tonnerre ;

Le m^l s'anéantit ^ le ciel est sur la terre. '

Monarques, qui tenez dans vos puissantes mains Les rênes de l'état et le sort des humains.

De votre autorité quelle sera la base? / '

Complices d'Ariman ou les fils d'Oromaze ^ Vous pouvez, (Kl chéris^ ou craints dans totre cour, Régner par la terreur, ou régner par l'amour; Vous pouvez (ce^récit adû vous en instruire) Par vos soins vigilans étendre en votre empire Le jour des vérités ou la nuit de l'erreuv, £t suspendre ou hâter le siècle du bonheur : ' C'est à vous de choisir ce que vou^ voulez être. Et lequel de ces dieux vous adoptez pour maître.

O toi dont le suffrage et les divins regards. En enflammant l'artiste, eussent créé les arts; Toi qui sais , enchaînant les plaisirs sur tes traces. Aux lauriers de Minerve unir les fleurs des Grâces ; O fille de Vénus, arbitre des talens; J'ai chanté le bonheur^; anime tfies accens.

Tu peux tout : à ta voix, immortelle Aspasie. L'amour seul don&era des ailes au génie.

TôME III. 9

l3o LE BONHEIIK. ÇUkJi'S Q17A.TKIEME.

Tu commaqde» aq nom des pl^i$ir9 le9 plus dow t Te plaire est le ^ul pri^, dont moQ.,ccpup soit jaloux. *

Sexe cb$in^ant;i c'est vous i|ui jtdU mt la terre Armiez pour les çQpibats les çn^s d« h guerre : Vous pouvez plus enqop pour les ftls d'ApoUoii ; ' Vous donnez des plaisirs ; la gloire est un yain notti. Par de noi^yeai:|x bienfaits mente?; nos hommages Vous fîtes les h^rps; &itea eacor les sages*

FIN nu ^9i^vp. iiu 3oirH;«oit.

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Il • . ^^<

AVERTISSEMENT

L*ép!tre sur l'Orgueil et la Paresse de VEspHt et celle sur l'Amour de l'Etude , que nous joignons ici aux essais poétiqueft dUeWétius , n'ont encore paru dans aucune édition des œuvres dece philosophe. Cest à M. François de Neufchâteau qu'ont doit la' connaissance de la première de ces pièces , qu'il a publiée enTan viii , dans le Consen^ateur , tome II , page 261 : la ^onde a été insérée dans le Magasin encyclopédique, année i8i4 j et le manuscrit, qui ,nous a été communiqué, est déposé à la Kbliothéque royale.'

Helvétius ne s'occupa de poésie que dans sa )eunesse ; il copiait ses épîtres sur un des côtés du papier; et laissait une page blanche pour que Voltaire pât écrire ses observations k côté des vers mêmes. C'est ainsi qu'il soumit à son maître trois leçons successives de son Épttre sur l'Orgueil.

Nous ne croyons pas faire tort à la mémoire d'un grand homme en reproduisant ces essais , qi^e lui-même a jogés informes, puisqu'il n'en a conservé qu'un très -petit nombre de vers qu'il a placés dans son poëme du Bonheur. Nous pouvons , sans nuire à sa gloire , copier les vers faibles que son illustre ami lui conseillait de corriger, et qu'il a changés quelquefois avec 1» plus grand succès. On aime à suivre les progrès de son style , à connaître l'une après l'autre les diverses manières dont il fit ces changemens , à relire les avis que donnait au génie naissant un autre génie consommé dans l'art si difficile d'être éloquent en vers.

Nous avons placé en notes (i) les remarques critiques et souvent vives de Toltaire , qui rendent ces morceaux précieux : on y retrouve son esprit, sa touche, sa vivacité. Ce genre de correspondance entre deux hommes si fameux est fait pour piquer vivement la curiosité, et présente un modèle de critique qui peut être médité avec fruit par h» gens de lettres.

(i) Ayant sous les yeux le manuscrit de l'ëpitre sur l'Amour de FÉtiide, BOUS av<ms conservé dans les notes l'orthographe que Voltaire avait adoptée. 11 est singulier de le voir ôter l'e au yot beau , doubler Vr <!*«« araignée , et finir 1m mots Uà^ amiy ennui, par unjr.

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SUR

L'ORGUEIL ET LA PAtlESSE DE L'ESPRIT,

La première leçon donnait à cette épître un titre trop développé. Helvétius y annonçait qu'il se proposait dé prouvler a que tout est rapport ; que les » philosophes se sont perdus dans le Vague des idées » absolues ; qu'ils eussent mieux . fait de travailler » au bien de la société ; que Locke nous a ouvert la » route de la vérité, qui est celle du bonheur. »

Yoici la note que Yoltaire adressait à ce sujet à son jeune élève : . ' - '

« Ce titre est un peu long et ne parait pas extré- » mement clair. Lé mot dUdées absolues ne donne . » pas une idée bien nette. D'ailleurs , en général , » la chose n'est pas vraie.

» Il y a un temps absolu, un espace absolu y etc. » Locke lès considère comme tels , et vous êtes ici » partisan de Locke. •

» Locke n'iest point regardé comme un philosophe » moral, qui ait abandonné l'étude des clioses ab- » straites pour envisager seulement la vertu* .

» La route de la v:érité n'est pas toujours celle du » bonheur. On peut être ïrèâ-malheureux , et savoir » mesurer des courbes ; on peut être très-rheureux , »et ignorant. » •

En conséquence de cet avis judicieux, Helvétius

rendit son titre plus simple. Il mit d'abord << que

. )» c'est par les effets qu'oti doit remonter aux causes ,

» en physique, métaphysique et morale. » Mais il reconnut qu'il fallait encore abréger davantage , et il donna enfin 'à Tépître ce dernier titre clair et simple : Sfir V Orgueil et la Paresse de V Esprit

Les^six premiers vers paraissaient à Voltaire un peu embrouillés ; il dit à cette occasion : « Mettez les B six premiers vers en prose, et demandez à quel- » qu'un s'il entendra cette prose : la poésie demande » la même clarté au moins. »

De la droite raison les rapports sont les guides (i). Ils ont fondé les mers (a), ils ont percé les cieux. Les plus vastes esprits, sans leur secoi}rs heureux, - Sont, entre les écueils, des vaisseaux sans boussoles. De là ces dogmes vains, si savamment frivoles. De ces célèbres fous ingénieux romans (5).

Mon œil, s'écriait l'un , perce au^lelà deâ temps (4) '

(i) Dlrîez-vous » dans un discours :* Les rapports sont les guides de la raison? Vous diriez : Ce n'est que par comparaison que Fesprit p«ut juger ; c'est en examinant les rapports des choses que Ton par- Tient à les connaître. Mais Jes rapports en général , et les rapports qui sont les guides y font un sens confus. Ce qu'o% examine peut-il être un guide?

(2) Des rapports qui ont fondé des mers !

(3) Ceci me paraît bien écrit.

(4) Quoi! tout d'un coup, passer de qette exposition qu* il faut examiner les rapports, aux systèmes sur la formation' de l'univers! H faudrait vingt liaisons pour amener cela ; c'est un saut épouvan- |d[>lel voilà le principe de continuité bien violé.

N'est-il pas tout naturel de commencer voire ouvrage par dire en beaux vers qu'il y a des choses-qui ne sont pas à la portée de l'hoiq^e? Ce tour vous menait tout droit à ces différons systèmes sur la création , sans parler des rapports , qui n'ont aucun rapport à ces belles rêveries des philosophes.

SUR l'orgueil et là a^ARtssE DE l'e«prit. 1 35

E4outez-moi^ je Vais, sagement uméraire, Be la création dévoilep le myslere.

Helvétius disait ensuite , èh |)ârlant dm système inventé par les inâge$ : '

Un BîeUf tel autrqfoi» qu'une araignée immenfiei

Dévida l'Univers de sa propre substance^

Alluma les soleils, fila Yl^v et 'les cieUi^,

Prit sa placé au^milieu de<^ orbes de fèuxp eto* (t).

Les Mages,. dit Burûcit, lourdes visiohni)ir^ Dont le faible Persan adopte les chimères (a). .^

Ain$i sous de grands mots la superbe Sagesse,

A §e& propres regards dérobant sa faiblesse ^

Et ayant son orgueil de dogmes imposteurs^

Disputa si long-temps pour le choix de» erreurs (3).

Ainsi l'orgueil s'égare en de vagues pensées :

Ainsi notre univers, par ses mains insensées

Tant de fois tour à tour détruit, rédifié,

West encore qu'un tétnple à*l'erreiir dédié (4). '

Heureux si l'homme encor, myoins souple à l'imposiuré,

Maitre de s'égarer au champ de la nature^ * -

. (i) Les Iddi«ii£f*ônf invénlé la coraparaisoii de Taraignée) intàs, outre qu^ne araigiiée immense fait en vers uti fort vilaîn tableau, comment' est-ce qu'utie araignée -qui dévide peut aliumlr un soleil ? Quand on. s^^sWvit k une métaphore, ij faut la suivre. Jamais araignée n^alhimil rieu : elle file et tapisse 5 eUe ne dévide |)as même.

(a) Ofi croit que des mages vous allez passer aux Égyptien», aux drecs, etc. ; vous sautez à Burnet^ le saut est périlleitk.

L^ reste du système ridièule. de Burnet me parait bien exprimé. •

(5) Très-beau, et Timitation de Corneille en cet endroit est un coup dç maître.

(4) Mb parait excelléiit.

J 36 , spÎthe ^ :^ '

Par-delà ses confins n'<etit.pui5é ses erreurs (i)I

Un autre peint de, Dieu les attributs, l'essence, . . . Remet tout s^u destin, dit son pouvoir, son nom, Croit donner une idée et ne forme qu'un son (a).

Sans les rappk^rts, enfin (3),* la* raison qui s'égare* Prend souvent pour idée un- son tain et bizarre (4); • Et ce ne fut jamais que dans' l'obscurité Que FEi'rèur s'écria : je sui* la Vérité. •• * 1

' . • . Pourquoi donc le malheur • • •

Est-il chez les humains le seul législateur (5)? Pourquoi créer le nom de vertus absolues (6)? '

Locke (7) étudia l'hommei II le -prend- au berceau ^

(i) Ce puiié ne me perait pas, propre j j^aimerais mieux cherché. C9 qui précède est beau. * '

(2) Ce dernier vers est très-beau ; mais plrencz garde quM 9ppArtient à'toHS les rêveurs dont il est question^ Il faut, ^our qu'une idée soit parfaitement belle, qu^elle soit tellement à sa place iju^elle ne puisse pas être ailleurs.

(3) Il sembla par ces rapports enfin que vous ayez parlé une bcure des rapports ; mais vous n'en* avez pas dit iin seul mot. Je vois "bien qu*en faisant votre épîtrQ^ vous pensiez que tous ces pbilosopb^f prétendus n^avaient point examiné les rapports et la chaîne des choses de ce monde, qu'ils n'avaient point raisonné par analyse, que ce défaut étail la source de leurs erreurs. Mais coiameiit le lectear devinera»t-il que ce soit là votre -pensée ?

(4) Ce »on vain et bizarre n'a nulle analogie & TciiScupité , et cela forme des métaphores incohérentes. Cest le défaut de la plupart des poètes anglaii. Jamais les Romains n'y ont, tombé. Jamais ni Boîleau ni Racine ne seront permis ce^amas d'idées incompatibles.

(5) Ce n'est point le malheur qui est le législateur des httitfaiiis, c'est l'amour-propre.' On dit bien que le malheur instruit , mais 'alors il est précepteiDr , et non législateur.

(6) f^erius absolues ne s'entend point dn tout. Tout cet 'endroit manque encore dt! liaison et de clarté ; et , fans ces deuic qualités né^ cessaires, il n'y a jamais de beauté. * '.

(7) L'endroit de Locke est bien. Aussi les idées en sont»eiles liées, les mots sont propres , et cela serait beau en prose.

SUR L'ORGUEIL ET^LA PÀRISSE DE l'eSPRIT. ïZj Uphsèrié en ses jtrogfès^ le suit jusqu'au tombeau, Cherche par quel agent nos âmes sont guidées; Si les sens he sont point les germes des idées. Le ii\ensonge jamais , sous l'appui d'un grand nom. Ne put en imposer aux yeux de sa raison.

Mallebranche (i), plein d'esprit et de subtilité, Partout étincelant de brillantes chimères , Croit en vain échapper à ses regards sévères; Dans ses détoui^ obscurs , Locke le joint, le suit; Il raisonne ; il combat ; le système est détraif .

Locke vit les eflfets de l'orgueil impuissant , ,

Rendit rhomme moins vain, et l'hoinme en fut plus grand(2)<

Du chemin des erreurs Locke nous arracha.

Dans le sentier du vrai devant nous il marcha (5). D'un bras il apaisa l'orgueil du platonisme; • * • De l'autre il rétrécit le champ du pyrrhonisme (4)-

IP XEC.ON.

Helvétiua corrigea son épître ; il la commença ainsi:

Quel funeste pouvoir , quelle invisible chaîne. Loin de là vérité .retient l'hoirie et Fencliaîne? ' Est-il esclave^né des mensonges divers? ^

(i) L endroit de Mallebranche , ble«, écrite pafcequ^il est sagement écrit. •

(2) Ce n^est pas grande merveille que Thomme moins vain soit plus ' grand, cela ne rend pas lamelle devise r^e Locke : Scientiam minuit u^ certiorem faceret ; il diminua la, science pour augmenter la certitude. * '

(3) Ce vers est beau. . * •

(4) Voila deux vers admirables et. que je retiendrai par cœur toute ie. Je vous, demande même lar permission dele9«citer dans une

nouvelle éditîoiv des Élémens de JVewton , à laquelle j'ajoute un petit traité de ce que pensait Newton en métapfiysique.' Ces deu;^ vers-là valent mieux qu'une épître de Boileau.

■ ma vie

l38 EFÎTRE -

Non^ sans doute , et lui^-nuéme il peat baser ses ftrsj

Il pent^ sourd à Terreur, écouter la sagpease.

S'il connait ses tyrans, l'Oi^eîl et la Pareise (i)»

Zoroastre prétend (2) dévoiler les secrets Au sein de la Nature enfoncés a jamais.

Le premier , en Egypte , il attesta les mages Que Dieu lui révélait la science des sages»

Amant du merveilleux, faible, ignorant, crédule^ Le mage cri^t long-temps ce conte ridicule; Et Zoroastre.ainsi , par Forgqeil inspiré , Égara tout un peuple après s'être égaré (3).

Je ne viens point tracer à la raisoH humaîiie La suite des erreurs où son orgueil Tentraine ; Biais lui mcHitrer encor qu'en des siècles savans.^

Bnmet substitua sa fable à ces romans.

(4) Heureux si l'homme çncor, moins souple à l'Imposlur^ Maitre de s'égarer au champ de la Nature , Par-delà tous les cieux n'eût, pgursuivi l'Erreur! Mais d'un fougueux esprit qui peut calmer l'ardeur;

Qui peut le isetenir dans les bornes prescrites?

(i) Ce commencement me paraît hiex^ ^ il est clair , îl est exprimé comme il faut. Peut-être le dernier vers est-il un peu brusque.

(3) Je n'aime point Zoroattre an présent.* Il mr semble, que ce prétendgïe convient qu'à un auteur qu'on lit tous les jours.

lyftilleiirs Zoroas|re n'est pas «connu en Egypte, mais en Asie. Il n'attesta pas les mages, il les fonda.

* (5) Ces qoAtre vers sont beanx ; mais je dois vous redire que le saut d« 2^oroastre , fondateur d'une religion e^d1lne philosophie , h Bnmet dont on se moque, est un saut périlleux , et c'est aller d'un

océan dans un crachat. *

Bumet parle du déluge, etc. On se soucie fort peu de tout cela. J'aimerais bien mieux mettre en beaux vers le sentiment de tous les philosophes grecs sur l'^temtlé de la matière , et dire quelque cho«r Âlr'Epicure.

(4) Les six vers suivans sont très-beaux.

SUR L ORGUEIL ET LA PARESSE DE L'ESPRIT, i 30

L'univers est borné , l'Orgueil est sans limite^. • Que n'ose point l'Orgueil? il passe jusqu'à Dieu. L'un dit qu'il est partout sans être en aucun lieu , Dan^ un long argument quià l'éeole il propose ^ Prétend que rien n'est Dieu, mais qu'il est chaque cI>ose; Et le pédant ainsi, tyran, de la raison, * Croit donner une idée et ne forme qu'un son (i).

Helvétius fait ensuite le portrait de la Paresse :

JElle seule (la Paresse) s'admire en sa propre ignorance ,

Par-un faux ridicule avilit la science (2),

Et parée au-dehors d'yn dédain* affecté,

Dans son dépit jaloux prêche 1 oisiveté.

Loin des travaux, dit^lle, fiu sein de la mollesse ,

Vivez et soyez tous ignorans par sagesse.

Votre esprit n'est point fait pour pénétrer, pour voir j -

C'est assez s'il apprend qu'iUne peut rien savoir. .

Saclions que , s'il nous ùlxa consentir d'ignorer Les secrets où l'esprit ne saurait pénétrer j Que (5) la fifature aussi^ trop semblahle à Protée, N'ouvrit jamais son sein qu'aux yeux d'un Aristée.

(1) A merveilfe!

(2) Ces deux vers soot à la Molière , les deux si|ivans àia Boileau^ les quatre derniers à 1^ Helvétius /et .très-beaux.

(5) Il y a là deux que {Jour un. Preness garde aux que et aux qui. Ces maudits qui énervent tout. D'ailleurs Protée et' Aristée viennent là trop abrupto. Cela serait. bon si catte secondé partie de la période avait quelque rapport avec la première. On. pourrait dire : Sachons que , si la nature est un Protée qui se cache aux paresseux , elle se * «découvre aux Arîst^es. Sans cette attention à toutes vos périodes, vous n'écrirez jamais clairement : et sans la clarté , il n'y a jamais de beauté. Souvenez-vous du vers de Despré^ux ;

Ma pensée au grand jour toujours s'offre et s^expose.

Vol tains , à la lin de l'épttre, i^oute pour dernière note : Cette fli\ tourne trop courte est trop négligée. £a remaniant cet ouvrage ^ vous pouvez le rendre excellent.

l4o EPITRE

IIP. LEÇON.

Que] funeste pouvoir, quelle invisible cbainei

Loin de la vérité, retient rbomme ou Fen traîne?

Esclave infprtuné de& mensonges divers,

Doit-il subir leur joug, peut-il briser leurs fers(i)?

Peut-il, sourdra l'Erreur, écouter Ja Sagesse?

Oui , s'il fuit deux tyrans : l'Orgueil et la Paresse.

L'un, Icarç insensé , veut s'élever aux ciëux ,

S'asseoir, loin des morlels, sur le trône des dieux ^

D'où l'univers entier se découvre à sa vue.

Il le veut, il s'élance , ^bt se perd dans la nue (2).*

L'autre, tyran moins fier, sybarite bébété,

Conduit par l'Ignorance à Flmbécillite ,

He désire, ne veut, n'agit qu'avec faiblesse.

Si d'un pas chancelant il jnarche à la Sagesse ,

Trop lâche, il se rebute a son premier eflfort; . .

Au sein des voluptés il tombe et se rendort (3).

De l'univers captif si l'Erreur est la reine.

Jadis ces deux tyrans en ont forgé la chaÎQp.

C'est par le fol orgueil qu'autrefois emportés , De sublimes esprits amans des vérités.

Nés pour vaincre l'Erreur, pour éclairer le monde. Le couvrirent «ncor d'une nuit plus profonde- Un Persan le premier prétendit dans les cieint Avoir enfin ravi tous les secrets des dieux (4). Le premier en Asie il assembla des mages.

Enseigna follement' la science des sages; Raconta quel pouvoir préside aux élémens , Quel bras leur imprima les premi^s mouvemens.

(i) Très-bien.

Ca) Bien ce» six vers.

(5) Les deux vers auxquels ,voU8 avez substitué ces deux- ci étaient bien , et ^eux-ci sont mieux.

(4) Bien.

STO l'orgueil et la paresse de l esprit. 1 4 1

Le grand Dieu, disait-il y sur son atle rapide^

Fendait superbeme&t les vastes mers du vide;

Une fleur y flot lait de toute éte^Piité;

Dieu l'aperçoit , eh fait une divinité :

Elle a pour nom Brama, la bonté pour essence; *

L'ordre et le mouvement sont fils de sa puissance.

Dù sédiment des eaux sa main pétrit la tenre (2). Les nuages épais, ces prisons du «onnerre , Sur les ailes des vents js'élèveUt dans les airs. Le brûlant équateur ceint le vaste univers (3).

Vénus du premier joijr -ouvre alors la barrière , Les soleils allumes commencent leur carrière , Donnent aux vastes cieux leur forme et leurs couleui*s^ Aux forêts- la verdure, aux campagnes les fleurs (4)* -

Amant du merveilleux, faible^ ignorant, crédule^ Le msrge crut long-temps ce conte ridicule; Et Zoroastre ainsi, par TOi^ueil' inspiré, Égara tout un peuple apré» s'être égaré (5).

(i) Ici étaient des vers. sur lesquels Voltaire disait : « Je retranche* » rais ces quatre vers \ on ne se soucie pas de savoir à fond le sys- 9 tème de Zoroastre , qui peut-être n'est rien de tout cela.

» Loin dVpuiser une matière j

}> Il B^en^ faut prendre que la flear.

» n ne faut peindre que ce qui mérite de Fétre , et quœ desperat » tractaianitescere posse relinquii. »

(a) Bon.

(3) Vers admirable. Je vous dirai en passant que le roi de Prusse en fut extasié j je ne vous dis pas cela pour vous faire honneur , mais pour lui en faire beaucoup. *

Ce vers , il est vrai , appartient à tous les systèmes ,' maison peut très-bien lui conserver ici sa place en disant que c'est un effet du système devZoroastre -, et si ce vers convient à tous les systèmes , ne convient-il pjis aussi à celui-ci ?

(4) Beau.

$)Beau,

Ce fut en ce moment que laveugle Système Sur fion front attacha 9on premier ^îadème (1); Qu'il se fit nommer rqî de ceat peuples divers , Et qu'il osa donner des dieux à l'univers.

De la Perse depuis chasse par la Mollesse, Il traversa les nuers , s'établit dans la Grèce* Un sage, à son abord, brigua le fol honneur D'enrichir son pays d'une nouvelle erreur.

Hésiode conta qu'autrefois^ la Nuit sombre Couvrit FÉrèbe entier des voiles de «on ombre ; * Dans les stériles flancs du chaos ténébreux Perça l'œuf d'où sortit l'Amour, maitrei des dieux.

Thétis creuse le lit des ondes mugissantes ^ Et Tithée au-dessus des vagues écumantes Lève |in superbe front couronné par les airs : Le flambeau de l'Amour anime l'univers^ .

Ainsi donc un esprit plein d'ime vaine ivresse Donne à l'orgueil le nom de sublime sagesse; Ainsi les nations, jouets des imposteurs^ Se disputenjt encor sur le choix des erreurs. Applaudissent toujours aux plus folles pensées ; Ainsi notre univers, par des mains insensées Tant de fois tour à tour détruit , rédifié , Ne fut jamais qu'un temple à TErrenr dédié (3). Heureux si quelquefois , rebelle à llmposture , Maître de s'égarer au champ de la Nature, L'homme aunielà des fAeax eàt poursuivi l'Erreur I Mais d'un superbe esprit qui modéra Tardeur ?

' (i)Ce1â est nouveau et très-noble.

(a) Ici étaient encore plusieurs vers sur lesquek Voltaire disait : « rôtei*ais tout cela. Plus vous resserr«n» votre ouvrée , plus il anc» 3» de force »

^3; Très-beau.

SUR L ORGUEIL ET LA PARESSÉ DE l'eSPRIT. i^Z

Qui put Je retenir dans les bornes prescrites ? L'univers est bornë> l'Orgueil est sans limites (i) : Aux régions de l'âme il a dëjii percé ; Sur l'aile de l'Oi^eil Platon s'est ëlan^cé ; Du ppuvoir de penser il prive la matière (a). Notre âme, enseignart-il , n'est point une lumièi^ Qui naît f qui s'affaiblit , qui crott avec le corps ; Mais rame inétendue en meut tous les ressorts : Elle est indivisible , elle est donc immortelle. L'âme fut tour à tour une vive étincelle , Un atome subtil , un soufile aérien : « Chacun en disçQurut , mais aucun n'en sut rien (3). Ainsi toujours le ciel , aux yeux même du sage , Cacha ses vérités dans un sombre nuage.

Enfin l'Orgueil osa s'élever jusqu'à Dieu.

Dieu remplit l'univers et n'est dans aucun lieu; Rien n'est Dieu , me dit l'un ; mais il est chaque chose. A la crédulité«ce faux prophète impose L!indispensable loi d'étouffer la raison , Et de prendre toujours pouridée un vain nom.

Un autre peint son dieu comme une mer immense , Berceau vaste où le môiide a reçu la naissance.

En mensonges ainsi la vanité léconde

Fit ces différens dieux , ces divers plans du monde.

Chaque école autrefois eut sa divinité ,

Et le seul dieu commun était la Vanité.

Quelquefois , en fuyant l'Orgueil et son ivresse , L'homme est pris aux filets que lui tend sa paressii^ La Paresse épaissit dans son lâche repo^

(î) Vers admirable. ' ,

(7) On ne peut mieuv.

C3) Ven très-jol}.

L'ombre dont Flgnorance entoura nos berceaux. Le vrai sur les mortels darde en vain sa lumière ; Le doigt de llndolence a fermé leur paupiçre (z); La Paresse jamais n'est féconde en erreurs ; < • ., . Mais souvent elle est souple au joug des imposteurs.^ L'Orgueil y comme un coursier qui part de la barrière^ Vait, soussonpied rapide^ étinceler la pierre,, • > S'écarte de la borne , et les naseaux ouverts , Le frein entre les dents ^ s'emporte en des déserts. La Paresse I au coatraire y au milieu de L'arène ^ Comme un lâche jccursier, sans force , sans haleine, Marche, tombe, se roule, et, ^ans le, disputer, ' Voit le prii , l'abandonne à qui veut l'emporter* Elle tient à la cour école d'ignorance.

Du trône de l'estime arrache la science , Et, parée au dehors d'un dédain affecté.

Dans 9on dépit jaloux prêche l'oisiveté.

Loin des travaux , dit-elle, au sein de la mollesse. Vivez et soyez tous ignorans par sagesse.

Votre esprit n'est point fait pour pénétrer, pour voir; C'est assez s'il apprend qu'il ne peut rien savoir (a). De ce dogme naquit le subtil pyrrhonisme; Son front est entouré des.b^adeaux du sophisme; . . L'astre du vrai, dit-il, ne peut nous éclairer : Qui s'y veut élever est prêt à s'égarer. ...

Il porte Ja ruine au temple du Système, S'y dresse de ses mains un trophée à lui-même ; Mais ce nouveau Samson tombe et s'ensevelit Sous les vastes débris du temple qii'il détruit (3)» ' Écoutez ce marquis nourri dans la mollesse, Ivre de p^iaraon, de vin et de tendresse,

(0 Vers charmant.

(a) Voilà qui est très-bien { cela est net , précis , et dans )e vrai style de Tépttre.

(3; La moitié de cette page me parait, parfaite.

SUR l'orgueil et la paress!e de l'esprit. )4^

Au sortir d'un souper où le hrûlant désir Vient d'éteindre ses feux sur Tautol du plaisir. Ce galàpt précepteur du peuple du beau monde. Indigne d'admirer les écrivains qu'il frondci Dit aux sots assemblés : Je suis pyrrhonien, Veut follement que rhotnnie ou sache tout ou rien.

Si Socratç autrefois consentit d'ignorer Les secrets qu'un mortel ne saurait pénétrer. Dans leur abtme au moins il tenta de descendre; S'il ne put le sonder, il osa l'entreprendre.

Que Locke soit ton guide, et quVn tes premiers ans^ Il affermisse au moins tes pas enoor tremblans (i). Si Locke n'atteint point au bout de la corrière. Du moins sa main puissante en ouvrît la barrière. A travers les brouillards des superstitions, Lui seul des vérités aperçut les rayons.

D'un bras il abaissa l'orgueil du Platonisme, De l'autre il rétrécit le champ du Pyrrhonisme. Locke enfin évita la paresse et l'orgueil.

Fuyons également et Tun et l'autre édueiK Le vrai n'est point un don, c'est une récompense, C'est un prix du travail perdu par l'indolence I Qu'il est peu de mortels par ce prix excités. Qui descendent encore au puits des vérités (3) I Le Plaisir en défend l'entrée à la jeunesse ; L'Opiniâtreté la cache à la vieillesse (S).

Le prince , le prélat , l'amant , l'ambitieux , Au jour des vérités tous ont fermé les yeux.

* Et le ciel cependant (4) pour s'avancer vers elles ,

(i) Page encore excellente.

(3) Je ne sais si puits nVst pas un peu trop commun ^ du reste cela est excellent.

(3) On ne peut mieux.

(4) Je voudrais ouelque chose de mieux que 0t l§ cUl, Je voudrais aussi finir par quelque vers frappant. Votre ÉpStre eh est pleine.

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