‹ Œuvres complètes d'HelvétiusChapitre 14 sur 74 · CHAI9T TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAI9T TROISIÈME

Ne sont plus éclaires que du feu des À^lairs. L'un peint le fier Renaud ènoliainé par Àrmide; L^autre a ceint d'un serpent le front d'une Euménide. Plus loin je vois le Temps qui, vengeur des héros , Tratne, étouffe l'Envie au pied de leurs tombeaux.

Là y dû sein entr'ouvert d'une vague écumante Vénus sort^ et parait sur l'onde mugissante.

L'Amour nat(t avec elle, et par elle est armé^; Bu feu de ses regards le' monde est animé.

Déjà Pan sur ses monts a saisi l'Oréade , Neptune a sous les eaux entraîné la Naïade^ Ixion dans sa nue a poursuivi Junon , Proserpine aux enfers s'abtme avec Pluton.

Qu'en ces lieux, dis-je alors, j'àime.à voir la peinture Donner des corps aux dieux, une âme à la nature; Des gouffres de l'oubli retii'er les héros, Et par ce noble^espoir en former de nouveaux I Que de plaisirs divers un seul goût fait éclore I

Du' temple du bonheur si je suis loin encore. Du moins à chaque pas que je fais en ces lieux. Je me sens à la fois plus sage et plus heureux. Je dis; et j'éprouvais une joie inconnue.

Quand la Sagesse offrit un héros à ma vue.

Que vois-je? un prince ici!... C'est un roi glorieux Qui, protecteur des arts et célébré par eu\.

Releva leurs autels qu'avait fondés la Grèce. Dieux! qu'il eût été grand, ajouta la Sagesse, Si, Socrate au conse^, comme Alcide aux combats. L'ardeur de conquérir n'eût point armé son bras ! De César trop long-temps s'il suivit les vestiges, Son siècle fut du moins le siècle des prodiges , Quand Louis,. par les arts se laissant enchanter. Embellit i'univers, las de l'épouvanter.

Admire auprès de lui ceux qui durant sa vie . Ont par d'heureux: travaux ijlustré leur patrie, .

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Quand le go&t de* beaui-aris germera dans Ion coeuf, De cetit phisîri) notrtéâuit vais croître ton bonheur. Dëjif rÂrchitectiire ^n main prend Son équéiire ; Elle a levé ses plans. Là> du sein de la terre > Tu vois ces longs leviers au même axe attachâTi Tirer en gémissant ces informes ro<ihets.

Sous les coups du ciseau le marbre se façonne. Perrault d>urbe h voûte, arroncïit la colrfhné|, Élève ^ assemble , unit^ et présente aux régate ^ Un palais 9 le chef-d'œuvre et l'asile des arts. Vois Le Nôtre cintrer ces salons dé verdure , Des palais du printemps varier la parUre;»

Vois les tilleuls en boule et les ifs arrondis; Cybèle sôus tes pi^s déployer ses tapis; Cetit pompes à la fois puiser dans les campagiies Ce fleuve impétueux porté sur les montagnes ^ D'où y se précipitant par de larges isalt^us , L'onde roule en cascade, ou s'élève en jets d'eati.

Muses , que cette enceinte est par vous e^ibellie ! Le Pujet y reçoit le ciseau du génie.

Vois dans ^n atelier le rocher tralnsformé^ Sous les coups du marteau par dègirés animé, Tout à coup disparaître , et n'offrii* à la vue Qu'Adonis expirant, ou Didon éperdue»

Que de tabteaulc divers ont frappé mes regards! Chastes filles du ciel qui présidefe aux ftrts , Muses, quel feu nouveau me pénètre et m'enflamme! Je sens que tous les goûts sont entrés dans mon âme^ Si j'en crois le transport qui fait battre mort cœur, Vos mains m'ouvrent enfin le palais du bonheur. Les goûts que tu fais naître , ô sublimé Sagesse , Comme les passions , ont aussi leur ivrésse : Je sens qu'à ses plaisirs l'homme encor , en ces lieux , Joint le plaisir nouveau de se sentir heureut.

En achevant ces mots sur les pas de m&A guide ,

Entraîné tout à coup d'une course rapide, Dans un séjour rUnt je me vois transporté ^ Et me trouve au palais de la Félicité. Les Arts et les Plaisirs environnaient son trône; Apollon et TAmour soutenaient sa couronne.

Le calme de son âme était peint dans ses yeux ^ Et la joie y brillait toujours des mêmes feux. he Temps ,.me dit alors la divine Sagesse, Dont parmi les humains , la joie ou la tristesse , Tour à tour précipite ou ralentit le cours , Par des plaisirs égaux mesiure ici les jours. Et moi, do vsai bonheur la source intarissable, Qu'à la Félicité le destin immuable Attacha de tous temps par le plus doux lien , J'habite ce palais, et ce trône est le mien.

Elle dit ; etmon cbil , à travers cent nuages, Ne vit plus qu'un^mas de confttses images :

iMlon songe disparut. Je vis qu a chaque instant Les arts consolateurs, plaisir indépendant , ^

Nous ouvraient du bonheur la source incorruptible; Que de goûts dîfférens plus rhotnlné est susceptible , Plus un mortel en peut rassembler dans son cœur, Et plus il réunit de rayons du bonheur; Que l'étude lui fait braver les injustices ; Peut seule, en l'occupant, le défober aux vices; Et dans un cœur en^n qu'ils n'ont point corrompu Achever le bonheur qu'ébauche la vertu.

Du moi|de, dis^je alors, j'évilerai-rivresse. Dans le sentier fleuri que m'iuvre la 'Sagesse ' -

Je veux porter ttiespas , résolu d'y chercher Des plaisirs que le sort ne pourra m'arracher, Trop doux pour use troubler, assez vi& pour me plaire ; Die passer tour à tour du Parnasse à Cy thère ; Et d'être, en mon printemps, attentifs cueillir^" ' Les fruits de k^aisfèn et les 'fleurs du plaisir. ''^

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