PAR SAINT-LAMBERT
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r|tAUDE«AjDRiEir fiELT^TicUt liaqult à l^aris .au moU diS janvier .1715.9 de Xean-Adriea Helvétius et de GaBrielle d^At^man court. La famille des fiehr^tius.* originaire au Palatijoat , y fut persécutée du temp^ de la réforme, et s'établit en Hollande, où plu-sieurs d^entre eux ont possédé des emplois hoi^ râbles. «
Le bisaïeul d'Helvétius ^ premief médecin des armées de la république , mérita qu'elle fît frapper des médailles en l'honneur des services qu'il iui avait rendus.
Le fils de cet homme illustre Vint à Paris .foct jeune. Il y fut connu sous le nom de médecin /{o/^ ianddis , et nous lui devons l'ipécacuanha : il avait appris l'usage de cette racine d'un de ses parées , gouverneur de Batavia; il s'en servit avec beaucoup de succès à Paris et dans nos armées. Louis JCI'^.. dont les grâces étaient si souvent ce que doivent, être les grâces de^ rois, c^est*à-dire des récompenses, lui donna des lettres de noblesse , et la cha^p. d'inspecteur - généra^ des hôpitaux, Il mourut; à Paris ^ïK l^^'J 9 regretté des pauvres études gen^.d^. bien. 1 . i -
Un -dé ses fils, héritier de ses talens, cultiva*
4 ESSAI SUR LA VtC
comme lui , la médeqin^^iveç gloire; Il était jeune encore , lorsqu'il sauvale coi cégaant d'une maladie dangereuse dont ce prince fut attaqué à l'âge de sept ans. Il fut depuis premier médecin de la reine, et mérita la confiance et les bontés de cette princesse. Il fut, à Versailles, l'ami de toutes 1^ maîsotia dont il était le médecin. Il recevait chez lui un grand nombre de pafUTres , et allait voir assidûment ceux que leurs infirmités retenaient chez eux.
Il aimait beaucoup sa femme, qui était belle et attachée à son mari , comme à tous ses devoirs. Ils aimèrent tendrement leur fils , et s*occupèrehf égaletaient de son éducation et du soin de rendre sotiéAfànce heureuse. 11 n'avait pas cinq ans lorsqu'ils le* confièrent à ÎW. tambert, homme sage et sensible, qui lui a survécu et a long-temps pleuré son élève.
Il ïi*Y avait point de tra^flhl que l'envie de plaire à un tel précepteur ne fît entreprendre au disciple. n eut de bonne heure le goût de la lecture. 11 est vrai qu'il n^aima d*abord que les contes de fée$ et des livres où régnait le. merveilleux. Mais il leilr associa bientôt Lafontaîne , et même Despréaux ^ . dont les ouvrages charment les hommei^de goût , mais ne devraient paô charmer Tenfahce. ' '
On venait de mettre le jeune Hfelvétius au col» Mge. Lorsqu'il lut lUiade et Quinte - Curce , ces deux lectures changèrent son caractère : il était fort timide , il devînt audacieux. Son goût pour Tétude fut suspendu pendant quelque temps. Il voulait entrer att service , et ne respiiràit que la guerre. " Ô-aborf le despotisme de ses régehs , leur ton^ lâ^iîàçant , et la contrainte , le révoltèrent ; les occupations miputieuses dont on le surchargeait, le dé^oùtètent : il ne fit que des progrès médiocres.
ET LES OUVRAGES 1>'fi£I.VÉTIUS. i
KsMj parvenu à la rhétorique, )e P. Poré€^,'soii r^geat daxi^ cette classe ^ ^'apei^çut que ce;: écolier était très-sensible aux éloges , et en louant ses pre* mier^ ^((wia , il liii.eb fit faire de plus grands. Les amplification^ étaient à la >mo4e au collège. Le p. Porée trouva dans celles d'Helvétiu^ plus d'idées et d'images que dans celles de ses autres disciple ': decemomenty il lui^donna une éducation particulière.. Il lisait avec lui les meilleurs auteurs anciens et modernes , et lui en faisait rejoiarquer les. beautés et les défauts. Ce père n'écrivait pas avec goût ,
mais il avait d'excellens .pri}icipes 'de, littérature* C'était un bon maître et un méchant ip^dèle. Il ' avait/Surtout le talent de oonoaitre la mesure d'esprit et le caractère de ses élèves , et la FrAUC^ lui doit plus dfun grand homme dont il a devîpé et hâté. le génie. < *
La preiqière jouissance de la gloire en a^igqfijentç l'amour. Le jeune Helvétivs ^comblé d'éloges, dans les exercices; publics de sgn collège, voulut réussir dan^ tout ce qui pouvait être loué. Il avait d'abord détef t^ la danse ^t l'c^sto^im^ :.il jexçells^. depuis d^tns ces deux arts. Il a.mèmeidaçLsé à TOpéra squs le npil) ^l \ç flfiasq^e.de, Javillier (i)> ^t. à. été trè.s-
Son. émulation » qui s'étendait à tout , ne prit jamais le caractère de Teqvie. Il aimait; ses jeunes rivaux; iLa.vait gagné leur confiance. Ils étaient sûrs de sa discrétion dans {les petits complots que la sévérité des maîtres et l,e besoin du plaisir rendent si cofnrounis parn;ii les jeunes gens.
Hâtait iencore an collège, lorsqu'il connut le livre de V entendement humain. Ce livre fit une révolution, dans s^B idées. Il devint un zélé disciple
' (0 Avant Noverre, leatlàttseurs d« lK)péra étaMtit'ilwsfuéi.
(j ESSAI SUR LA VIE
de Locke, mais disciple comme Aristofe Ta été àé Platon ,^n ajoutant des découvertes à celles de son lôaitré. • .
Il porta dans l'étude du dr6it l'esprit philoso* phique que Locke lui avait inspiré. Il cherchait dès lors les rapports des lois avec la ttature et le bonheur des hommes.
Son père , dont la fortune ^it médiocre , et qui à^vait' encouru la disgrâce du cardinal de Fleuri par s'oh' attachement à M. le Duc , le destinait à la finance < comijne à uil état qui pouvait l'enrichir et lui laisser lé temps de feire usage de ses talens. il renvoya chez M. d^At^nancourt , son oncle nteter-^ nel ^' directeur des fermes à Caen. Là , Helvétiuà fht occupé des lettres et de la philosophie , plus que de ki finance; et plus occupé des femmes que des lettres et de la philosophie. Il appritc0|>endant en pfeu <Ie temps , et presque sans y songer,' tout èé que doit savoir un? financier;
1! avait vingt-trois ans, lorsque la. reine (Marie Lèckzinska) , qui aimait M. et M"* Helvétius, obtint |)Our leur filaf lïne place de ferriiter-général II h'êut d'abôi^d t[ue le titré et une demi-plaçe , niaià M. Orri lui donna bientôt là pla'cè' entière. C'était hn don» xier cent mille écus de rentes* Ses parens emprun* tèréùïjéë fonds qu'un fermier-général doit avancer àtl'foi, et ils exigèrent de leur fils qu'il prendrait sur' les pi^bdiiits de sa place les rentes et même 1$ remboursement de ces fonds.
Il avait deux passions qui pouvaient déranger le financier le plus opulent : l'amour des femmes et l'envie de faire du bien. Mais* il avait de l'ordre et de la probité. Au milieu de tant de moyens de jouir, il sut jouir avec sagesse. Il destina d'sfbord
Us 4çu^ tiçr» de sçs r€vçau§ au r^mbpura^ïpent df
KT LES OUVB AOE5 D BEIrVETIUS. 7
ses fonds; le reste fut. consacré aux dépense^ que son. âge et la noblesse de son cœur lui rendaient nécessaires.
Il avait cherché , au sortir de Tenfance, à se lier avec les hommes célèbres danâ les lettres. Marivaux était de ce nombre. Cet homme , qui a mis,dai|& ses. romans tant desprit., de sentiment et de verbiage , était souvent agréable dans la coi\versatioa. Il méritait. des amis par la délicatesse de son àm^eet la pureté de ses mœurs. Helvétius lui^fit uqç pen* sion de deux mille francs. Marivaux^ quoique ^in. excellent homme, avait de l'humeur et devenait, aigre dans Ja dispute. l\ n'était pas celui des amis d'Helvétius pour lequel celui-ci, avait le plus de goût; mais, du moment qu'il lui eut fait une pen* sioB , il fut celui de ses ainis pour lequel il en% le plus d'attentions et d'égards (i)., :i^
Le fils de Saurin , de l'Académie des; .SçieniC^s , n'avait encore donné aucun des ouvragesi qui lui ont fait de la réputation; mais il était connu d^. gens de lettres comme un. esprit étendu, ju^te et profond , qui avait des connaissances variées , 4^ la vertu et du goût. Il n'avait alors ppur subsister qu'une pla^^e qui ne convenait point à son carac* tère. Il reçut d'Helvétius une pension de mille écus , qui lui valut l'indépendance , le loisir de culti" ver les lettres, et le plaisir de sentir et de publier qu'il devait son bonheur à son ami. Ce digne ami , lorsque Saurin voulut se marier, l'obligea d'accepter les fonds de fa pension qu'il lui faisait.
Il cherchait partout le mérite , pour l'aimer et
(r) Dans un« discussion , Marivaux , s'étant emporté, ne ménagea {K>înt son ami j lorsqu^îi fut parti , Helvétius se contenta de dire : Comme je lui aurais répondu, ^i je n^iui fixais pas l'obligation d'aecepier mes bienfaits f
8 cMAïf siTR. i;a vie
le secourir. Quelque soin qu'il ait pris de cacher
its bienfaits, nous pourrions présenter uiie liste
(^hommes connus qu'il a obligés : mails nous croi«
pions manquer à sa mémoire, si nous osions nom-
mtr cedx. ^ui ont eu la faiblesse de rougir de ses
secours*
'FonteneHe était alors à la tête de Tempire des lettres. L'éteudne de ses lumières , sa philosophie saine /la sagesse dé sa conduite, la variété de ses talei|s',l^en]Ouement de son esprit , la facilité de son étf In'iiierce , le rendaient agréable à plusieurs sortes de sociétés.^ Sbh indifférence même était utile à sa eonsidéi^affion. Les ennemis de ses amis, sûrs de n'être pas ses ennemis , le voyaient avec plaisir., tl à^ait de plus le mérite d'un grand âge , et celui d'avoir Vu ce sièôle brillant dont notre siècle aime à s'entretenir. Sa mémoire était remplie d'anecdotes intéressantes, qu'il rendait plus intéressantes encore pailla* manière de les placer. Ses contes et ses plats^t^teries faisaient penser. Les femmes, les hôminês dé la cour, les artistes , les poètes^, les phir losophes aimaient sa conversation.
ttdvétius élisait sa cour à' FonteneHe. 11 allait chez lui comme un disciple qui venait proposer ses doutes avec modestie, C'était avec lui qu'il aimait à parler de Bobbes et de Locke, Ce qu^il apprît surtout deFontenelle, c'est le talent, aujourd'hui trop négltgé , de rendre avec clarté ses idées. ' '
Montesquieu n'était alors que Tautenr des Lettres persanes. Mais dans cet ouvrage , frivole en apparence , et dans la conversation , Helvétius avait aperçu le guide des législateurs, Montesquieu devina aussi quel homme serait un jour son ami. « Je » ne sais \ dîsait-il , si Helvétius connaît sa supérîo-
9 vi\éi màb peur moi je sens que c'est un ho'mmt Ht- au-dessus des autres. 9
La H^nriadû^ poème épique d'un ^enre tout nou^ veau, des tragédies qui balançaient celles de nos grands maitrtô , Thistoii^e de Charles XII , si supé^ rieure à toutes les histoires écrites en France,» des pièces fugitives qui faisaient oublia* cette foule de riens agréables si communs dans le siècle de Louis XIY , une philosophie lumineuse répandue sur plusieurs genres, beauccmp de génie, ^usieurs sortes de mérité, attiraient sur Voltaire lés regards de la Fnance et de l'Europe. Personne n'a plus ex^ cité que lui l'admiration et l'euTie. La partie du pu4 blic qui ne se rend pas l'écho d'hommes de lettres jaloux , les jeunes gens qui , dans - leurs lectures , cherchent de bonne foi^dù plaisir ou des modèles^ étaient ses admirateurs. Le reste à peu près com* posait \e, nombre de ses ennemis. Son amouv pour les lettres , son art de louer dont il n'a fait que trop d'usage , sa politesse , aon envie de plaire , ne pouvaient calmer la raige de l'envie : il^ cdiérehait à s'y dârober dans la retraite de Cirey..Hislvétiuâ alla l'y chercher. Il lui confia ses aecrets les plus di^rs^ e'«st-à-dire , le dessein et les A&a% pmmiers chants de son poème du Bonheur. Il trouva un critique plus.éclairé que tous ceux qu'il avait consultés jusqu'à ce moment, et un ami zélé pour sa gloire. ' On voit , par plusieurs lettres de Voltaire , com* bèen ce grand homme avait été frappé du génie dUelvétius. a Votre première épitre, lui dit-il (i)^ est pleine d'unç hardiesse de raison bien au-dessirs de votre ige, et plus encore de nos Iftches écri«vains qui riment pour leura libisiiq^, qui se resiserrent sous le compas d'un censeur royal en- Ci) Lettn m dtt recueil imprimé dans ce
tO SS5AI SXm LA VIE
if^eux Qu timide : ini3érables oiseaux à qui on rogne les ailes , qui veulent s'élever, et. tombent en se cas- 'saiit les jambes! Vous avez un génie mâle; et j'aime mieux quelques-unes de vos sublimes fautes, qu^ les médiocres beautés dont on veut nous afifadtr. »
Dans d'autres occasions , Voltaire donne à Helvétius des conseils excellens , et que nous rapporter(ms parce qu'ik peuvent être utiles, à quiconque Veut écrire en vers.
« Je vcrus dirai (i), en faveur, des progrès qu'un^ si bel art peut faire entre vo& mains :. Craigne^' { en atteignant le grand , de sauter au gigantesque : n'offrez que des images vraies; servez* vous toujours du mot propre. Voulez-vous une petite règle infaillible ? la voici : Quand une pensée est ju&te et noble, il faut voir si la manière dont vous l'exprimez en vers serait belle en prose ; et si votre vers, dépouillé de la rime et de la césure , vous pa-' rait alors chargé d'un mot superflu, s'il y a dans ia construction le moindre dé&ut, si une conjonction est oubliée , enfin si le mot le plus propre n'est pas mis à sa place, concluez que votre diamant, n'est pas bien enchâssé. Soyez-sûr que des. vers qui auront un de ces défauts ne se feront pas re-* lire; et il n'y a de* bons vers que ceux qu'on relit.. » - Dans une autre lectrv» , Voltaire reprend. HeLvétius^iqui lui avait dit trop de mal sur Boileau. « Je conviens , dit^il (a) , avec vous qu'il n'est. paS' un poète sublime ; mais il a très-l>ien fait ce qu'il vou^ lait faire. Il a mis la raison en vers harmonieux et pleins d'images; il est clair, conséquent, facile r heureux dans ses expressions ; il ne s'élève guère , mais. il ne tombe pas^. e^-4?ailleurs ses sujets ne
(i) Lettre III du recueil imprimé dans ce volume.
W heure \m^4bi4, . . i^ . ;
ET LES-WVRAOEft B HEItVETIUS. ii
cèai p optjbiit pM cette éléyation dont ceux que vous '' traites «ont susceptibles. Vous avez senti votre ta-^' lea-t comme il a senti le sien : vous^tes philoso*pbe^ vous voyez tout en grand; votre pinceau est fort et hardi ; la nature en tout cela vous a mis , je voua le di^^avec la- plus grande sincérité, fort au<*dessii8.:de Despréaux; mais ces talehs-là, quelt que grands qu'ils soient, ne seront rien sans les siens. Je vous prêcherai donc éternellement cet art d'écrire que Despréaux- a si- bien connu et si bien ens^gné,' ce respect «^pour la langue, cette suite d'idées, ces liaisons, cet art aisé avec lequel il conduit son lecteur, ce naturel qui est le fruit du génie. £nvo}^-moi , mon cher ami, quelque chose d'aussi bien travaillé que vous imaginez 'nobles ment» > . - .
Quelques hommes d'esprit , mais dont les idées n'étaiebt p9s fort étendues , disaient souvent à fi^lvétiiis que la. métaphysique, et en général la philosophie, ne pouvait être traitée en vers. Il n'é^ tait pi» fait pour les croire ; mais quelquefois il avait des doutes. Voltaire le rassurait.
c« Soyee^ persuadé , lui. disa}t-il (i) , que la sublime philosophie peut fort bien parler le langage des Vers. Elle est quelquefois poétique dans la prose du P. Mallebisandie. Pourquoi n'aohèveriez-vous pas ce que MaUebranche a ébauché? C'était un poète manqué ; çt vous êtes né poète: »
Yollnire avait raison. Est-ce que Lucrèqe ehe^ les Bomains , et Bope chez les Anglais n'ont pas fait deux poèmes {^osopbiques et pourtant admirar blés ? i
. D.es hôAimes peu éclairés, et quelques amis, |ient-étre jaloux, répétaient à Helvétias qu'il devsiit
(i) Lettre XI du recueil imprimé dans ce Yokuae: ,
son temps à d'autres études qu'à celiez dé lit pôëfti^ et de la philosophie, a Continuez, lui ééri^aU; Vol«* taire (i), 'dé remplir votre âme de toutes les* cou* naissances, dé tous^les arts et dé toutes les vertus. Ne craignesrpas d'honorer le Parnasse de vios talens. Ils vous honoreront sans doute , paroe que vous ne dégligeres^ * jamais vos devoirs. Les fonetions de votre état nie sont- elles pas quelque <hose de bien difficile pour une âme comme la TÀtre ? Cette besogne se fait comrme on règle la dépense de sa maison et le livf e de son mattre*dlholel.<^uoi L pour être fermier-général , on n'aurait pas^^ la liberté de penser? Eh! A:tticus était fermier-géiiéràl; les ehe^ valiers romains étaient fensriers - généraux; Conti^ nues donc, Attîcus. ]>
Atticus continua. Il est d'usage que la coi^pagnîe dés fermés envoie dans tes provinces lés plus jeunes des lermier.4. Ils sont chargés de s'instvqire des dif« lërèntes braitches de^ revenus , de veiUer^ sûr les comÂiis , et de faire éxécntel* les o^dtemnances. Dans bes voyages qu'on appelle- tùumées^i HelvétiiiS'Vi* sita successivement la Champagne ,le^'i}eux Boufi^ gognés et le Bordelais i et nulle partit afese'ftt une loi de donner toujours raison aùic |frépôsés de la ferme , et toujours tort aux: peuples^ II' ne voulait point recévoit i'argeât^ de^ confiscations ; et' sou* ^ent il dédoinmâgea le nyalheureu»c ruiné ftkp les vexations des employés. La fiçrme n'approava pas d*abord tant de gr^andeur d'âme : mais depuiis , Helvétins ne ût de belles actions qii'â ses iàépenk , et les fermiers voulurent bien tolérisr cette eo^duite^
Il eut le courage d'être souvent l'orateur dii peu- •ple auprès de sa compagnie et du miniitret On venait d'ein ployer dans ks salines de Lorraine et de
(]) Lettre I|I du reoudliniprîiiié 4km «t^ndum. > '
ET LES OirviiAÔES d'^EIYÉTIUS. 13
IVdttdi'^Comté , une m^Lchine Skfpelée graduation , qui dimiauait la consommatioa du bois., mats aussi la qualité du selt Helvétius proposa de détruire la machioe;, ou de diminuet le prix du.sel. Il est aisé de juger qu'il oe put rieu obtenir.
Il arrivait à Bordeaux lorsqu'on venait d'y établir ufi( nouveau droit sur les vins , qui désolait la ville et la {Province. Il écrivit à sa compagnie contre le nouveau droit, et fut indigné des réponses qu'il reçut. Il lui échap{>a de dire un jour à plusieurs bourgeois de Bcffdeaux : «t Tadf que vous ne feres que vous plaindre , on ne Vous accordera pas ce que voils demandez. Faites-vous craindre.^ Vous pouvea^ vous assembler au nombre de plus de dix mille. Attaquez nos employés : ils ne sont pas deux cents. Je me mettrai à leur tête , et nous nous dé>fendrons j mais enfin vous nous battrez , et on vous rendra justice. »
Heureusement ce conseil de jeune homme ne fut pas suivi. Mais de retour à Paris ^ Helvétius appuya si bien les plaintes des Bordelais , qu'il obtint la suppression de l'impôt.
Cependant il réprimait l'avidité des subalternes, il indiquait les moyens d'en diminuer le nombre , il proposait de donner plus de valeur aux terres du domaine ; et c'est ainsi qu il se rendait utile à la fois à la ferme et à la nation. Ces services ne l'em-^ péchaient pas d'éprouver quelquefois des dégoûts. Il avait af&ire à de petits esprits , et il leur proposait de grandes vues; à des hommes endurcis par l'âge et par la finance , et il leur parljtit d'humanité. Les malheureux qu'il soulageait , le comnjerce des gens de lettres , ses études et ses maîtresses , lui fai-' toient à peine supporter le$ inconvéniens dé son état. Son père, qui avait fait de lui un fermier-
l4 ÊSSAï Str» LA VÎÈ
général , ne put jamais en faire un financier. Il avaîl remboursé ses fonds; et malgré ses dépenses en plaisirs et en bonnes œuvres , il se trouvait encore des sommes considérables. 11 acheta des terres, et forma le projet de s'y retirer , pour s'y livrer entiè** retnent aux lettres et à la philosophie. Mais il lui fallait une femme qu'il pût aimer , et que la retraite dans laquelle il voulait vivre ne rendrait pas malheureuse.
Chez madame de Graffigni , si connue par le joli roman des Lettres Péruviennes y il vit mademoiselle de Ligneville, et fut frappé de sa beauté et des agrémens de son esprit. Mais avant de songer à l'épouser 9 il voulut la connaître* Il la voyait souvent , sans lui parier de ses desseins, et du goût qu'il avait pour elle:. Enfin, après un an d'observation, il vit que mademoiselle de Ligneville avait l'âme élevée sans orgueil, qu'elle supportait sa mauvaise fortune avec dignité , qu'elle avait du courage, de la bonté et de la simplicité. Il jugea qu'elle partagerait volontiers sa retraite, et lui en fit la proposition qui fut acceptée (i). Mais avant de se marier , il voulut quitter la place de fermier-général.
(i) Madame Helvétîus , née en 17 19, au château de LîgnevîUe , en Lorraine, eut vingt-un frères ou sœurs.
Digue épouse d'un philosophe dont elle parti^eait les vuetf bien-^ taisantes j c'était un besoin pour elle de soulager Findigence, et la fortune n'était à ses yeux qu^un moyen de réparer les torts de la nature. Sa bonté s'étendait même Sur une foule d'animaux , auxbnels elle se plaisait I1 prodiguer des soins journaliers. Comme l'hiver multiplie leurs besoins ainsi que ceux des hommes , sa sollicitude l'arrachait de son lit de grand matin ^ et elle courait donner la pâture à une nuée d'oiseaux que l'habitude ramenait tous les jours sur sa terrasse. {Voye%, dans les Conseils à ma fille ^'le joli conte des Oiseaux dé-madame HeWétius.)
Après avoir perdu son mari , elle fixa sa résidence à Auteuil , 011 un Bom cher à la philosophie et toutes les qualités de l'esprit çt du
tf LES OUVRAGES DlIÊtVipTIUS. i5
fiélvétias, par complaisance pour son père, achelA la charge de maitre-d'hôtel de la reitie. II n'était pas plus fait pour la cour que pour la finance. Il fut très-sensible aux bontés de la reine. Cette prin^^esse aimait les gens d'esprit, et traita bien Helvétius^ 4]ui n'eut pas d'abord autant d'ennemis qu'il en méritait; on lui pardonna long- temps séis lumières et ses vertus. Sa charge n'exigeait pas beaucoup de services, et lui laissait l'emploi de son temps.
Il se maria enfin au mois de juillet 1 75 1 , et partit sur-le-champ pour sa terre de Voré. Il y menait avec lui deux secrétaires , qui lui étaient inutiles depuis qu'il n'était plus fermier - général ; mais il leur était nécessaire. L'un d'eux nommé Baudot^ était chagrin , caustique et inquiet. Sous le prétexte qu'il avait vu Helvétius dans son enfance, il se permettait de le traiter toujours comme un -précepteur brutal traite !|n enfant Un des plaisirs de ce Bauckt était de discuter avec son maître , la conduite , l'esprit , le caractère , les ouvrages de ce maître indulgent La discussiion ne finissait jamais que par la plus violente satire. Helvétius Técoutait avec patience; et quelquefois, en le quittant 9 il disait à madame Helvétius i <c Mais, est-il possible que j'aie tous les dé£auts et tous les torts que me trouve
cceur contînuèreot d'attirer tout ce qu'il y avait en France dliomines célèbres ^ de ce nombre étaient Franklin et Tuifot , ^ui Ton et l'autre lui offirirent leur main :• mais la veuve .d'Helvétius l'avait aimé troj^ passionnément pour> se décider à contracter un second mariage.
Bonaparte , a^rès son retour d'Egypte , lui rendît visite dans sa retraite. Se promenant dans son jardin avec l'ambitieux conquérant ; f^ous ne savez pas , lui dit-elle « combien on peut trouver de bonheur dans trois arpens de terre l
Elle mourut le 12 août, 1800, et laissa deux filles mariées , Fatnée ft M. le comte de Meun, père de M. Je pair de France de ce nom , et la plus jeune 2h M. le comte d^Andlaw.
i6 tss^ki SUR tK vtfr
Baudot? Non aans doute. Mais enfin, j'en ii un peu : et qui est-ce. qui m'en parlerait, si je ne garde pas Baudot ? p
II n'était occupé dans ses terres que de ses ouvrages , du bonheur de ses vassaux , et de celui de madame HeWétius. Il pouvait dire , comme milord Bolingbroke dans une de ses lettres à Swift : « Je n^ai plus que pour ma femme l'amour que j'avais autrefois pour tout son sexe. »
II avait cessé depuis deux ans de travailler à son poème du Bonheur. Cet ouvrage l'avait conduit à des recherches sur l'homme. Dès ses premières méditations, il avait entrevu des vérités nouvelles. Ces vérités devinrent plus claires , et le conduisirent à d'aiitres; et il était livré entièrement à la philoso^ phie, lorsqu'en 1765 il perdit son père. Je n'ajou» terai qu'un mot à ce que j'ai dit de ce médecin illustre. Il conu^aissait parfaitement son fils, c'est^ à-dire, qu'il avait de grandes lumières, et quil était sans préjugés. U vit avec plaisir ce fils sacrifier une grande fortune à l'espérance de la gloire. Helvétius regretta beaucoup un si excellent père. Il refusa de recueillir sa succession , qu'il voulait laisser entiè-^ rement à sa mère. Après de longues contestations, il obtint qu'elle en conserverait la plus grande partie^La mor t de son père était le premier malheur qui jusque alors eût troublé sa vie heureuse, et suspendu ses occupations. Il les reprit dès qu'il en eut la force; et enfin, en 1758, il donna le livre de r Esprit, dont je vais faire l'analyse* .
OET LES OUVRAGES I> HELVETIUS. 1 7
Analyse du Livre de V Esprit.
Helvétius commence par examiner ce qu'on entend par le mot esprit : c'est tantôt la faculté de penser, et tantôt la masse d'idées et de connaisrances rassemblées dans la tête d'un homme.
Ces idées s'acquièrent par l'impression des objets extérieurs sur nos sens; elles se conserVent par la mémoire, qui n'est que la pî^emière impression continuée mais affaiblie. Ce don d'acquérir des idées. par les sens et de les conserver par la mémoire, ne nous donnerait que des connaissances bornées, et nous laisserait sans arts^ sans moeurs et sans police, si la nature nous avait conformés cqpime la plupart des animaux ; c'est à nos mains flexibles que nous devons notre industrie; et sans cette industrie, occupés dans les forets du soin de nous défendre et de disputer notre subsistance , à peine aurions-nous formé quelques sociétés faibles ou barbares.
Les objets dont les sens nous transmettent les idées ont des rapports avec nous et entre eux. L'esprit humain s'élève à la connaissance de ces rapports ; voilà sa puissance et ses bornes. L'aperr cevatice de ces rapports est ce qu'on appelle jugement.
Juger , c'est sentir.
La couleur que je nomme rouge agit s^r mes yeux différemment de la couleur que je nomme jaune. L'idée de cette différence est un jugement; ce jugement est une sensation composée de sensations reçues dans le moment, ou conservées dans la mémoire. Les notions même de force ,;de puissance , de justice , de verti^, etc. , quand ijn les ana-